Franc-maçonnerie et Martinisme au XXIe siècle, mariage ou divorce ?
Roger Dachez a évoqué dans un exposé précédent un flirt de la belle époque entre Martinisme et Franc-Maçonnerie. Quand est-il au aujourd’hui ?
Ce flirt s’est-il transformé en une belle et durable histoire d’amour ou bien au contraire les chemins se sont-ils détournés ?
Après un bref rappel des nombreuses scissions qui sont intervenues dans le Martinisme entre le 19ème siècle et le 20ème siècle, Roger Dachez tente de répondre à cette question en examinant successivement trois points :
abonnez-vous pour un accès à tout le catalogue !
- Les origines et fondements de la pensée martiniste et ceux de la Franc-maçonnerie, sont-ils compatibles, voire identiques ?
- Les modalités : ces groupes fonctionnent-ils de la même manière ?
- Le contenu : en quoi consiste la doctrine saint-martinienne, martinéziste ou willermozienne et quelles sont leurs pierres d’achoppement avec la Franc-maçonnerie ?


Cet exposé nous révèle ainsi que ces deux voies sont différentes sur de nombreux points mais ne sont pas incompatibles.
Toutes deux procèdent, certes, à une initiation de l’homme mais diffèrent tant sur leurs origines, que sur leur contenu, ainsi que dans leurs modalités…
Souhaitez-vous vous familiariser avec ces distinctions ?
Roger Dachez, médecin et habitué à disséquer les cadavres se livrent ici, selon ses propres termes et avec le talent que nous lui connaissons, à une « vivisection » du Martinisme : mouvement peu connu mais bien vivant !
Un exposé de 49 minutes filmé lors d’un colloque organisé par la Librairie de la Table d'Hermes.
Extrait de la vidéo
D'abord, je ne sais pas très bien pourquoi on m'a demandé de parler de ça, parce que mes petits camarades auraient été tout aussi compétents que moi pour en parler.
Mais je dois dire que, comme on dit dans les assemblées savantes, je parle sous leur contrôle, et puis il y a beaucoup de choses qui sont en train de se passer.
Alors on a intitulé ça « Franc-maçonnerie et martinisme au XXIe siècle ». C'est-à-dire qu'il n'y a pas d'histoire, il n'y a pas d'histoires, il n'y a pas d'histoires, il n'y a pas d'histoires, il n'y a pas d'histoires, il n'y a pas d'histoires, il n'y a pas d'histoires, Alors on a intitulé ça « Franc-maçonnerie et martinisme au XXIe siècle. Mariage ou divorce ? ».
Le révérend Pervard me faisait observer tout à l'heure que c'était la suite logique du flirt, encore que, après tout, le mariage n'aboutisse pas nécessairement au divorce.
Donc à cette question, j'apporterai une réponse à la fin. Ce sera mon mot de la fin « mariage ou divorce ».
Tout d'abord, je voudrais rappeler, dans la continuité de ce que j'ai évoqué ce matin, c'est-à-dire les relations entre la Franc-maçonnerie et le martinisme au sens moderne, du mot « martiniste » au moment de la fondation de l'ordre martiniste, rappeler à grands traits – c'est nécessaire pour parler de ce sujet avec un peu de clarté – ce qui s'est passé dans l'ordre martiniste, et il va très bientôt falloir dire dans les ordres martinistes depuis cette époque. C'est le premier point.
Et puis ensuite, une fois que nous avons toutes ces notions-là, on pourra essayer d'envisager cette question à trois points de vue que je vous propose.
Premièrement, c'est la question des origines et des fondements. Est-ce que ce sont les mêmes ou pas, entre la maçonnerie et le martinisme ?
Deuxièmement, la question de ce que j'appellerais les modalités. Est-ce que cela fonctionne de la même manière ?
Et puis troisièmement, et peut-être surtout, la question du contenu. Et une fois qu'on aura essayé de disséquer, après plus d'un siècle d'existence du martinisme organisé...
Une fois qu'on aura disséqué... Moi, dans le monde médical, c'est ma spécialité. Je dissèque. Mais je dissèque généralement les morts.
Les vivants, c'est très rare. Et le martinisme n'est pas mort. Il est bien vivant. Donc ce sera une vivisection, si j'ose dire.
Au terme donc de cette analyse, on pourra peut-être s'efforcer de répondre à la question qui a été posée.
Alors tout aurait pu rester simple si l'ordre martiniste, fondé dans les conditions que j'ai rappelées, pour les raisons que j'ai tentées d'évoquer, tout aurait pu être simple si l'ordre martiniste était resté unique. Vous vous souvenez – je l'ai mentionné – que Papus avait finalement donné l'instruction qu'au cas de son décès qu'il prévoyait, pas tellement parce qu'il était médium mais parce qu'il était médecin et qu'il savait qu'en 1915, quand on attrape la tuberculose, il y a de fortes chances qu'on n'en ressorte pas. Il avait donc indiqué qu'au cas de son décès, il souhaitait la dissolution de l'ordre martiniste et son remplacement éventuel par autre chose, un ordre dont on ne sait à peu près rien, de ce qu'il aurait pu être et qui, de toute façon, n'a pas été. Mais bien entendu, les organisations vivent indépendamment de ceux qui les ont fondées.
De sorte que Papus mourant pendant la tourmente de la Première Guerre, le martinisme était interrompu de facto parce que tout le monde était au front, si j'ose dire. Mais la paix est revenue en 1918. On avait oublié l'injonction de Papus. Le martinisme existait. Le martinisme a continué.
Il a fallu penser à la question de la succession. Et celui qui a succédé à Papus, j'allais dire assez naturellement, quand on regarde ce qui s'est passé depuis l'immédiate avant-guerre, c'est ce fameux Charles Détré, dont le nom de plume était Téder et dont j'ai parlé tout à l'heure.
Détré-Téder avait en effet publié au nom de l'ordre martiniste mais pas forcément avec l'approbation absolue de Papus, même si cette approbation figure sur la version qui a été heureusement rééditée à plusieurs reprises au cours des années récentes.
Donc Détré-Téder avait publié en 1913 un rituel de l'ordre martiniste qui tranche très nettement, très nettement sur les rituels originels de la période – on peut estimer – de 1888-1891 et que l'on possède, bien sûr. Le rituel est très différent. Et on sait aujourd'hui pourquoi.
Je l'ai rappelé ce matin parce qu'en fait, ce rituel n'était que la traduction d'un rituel américain compilé par Edward Blitz aux États-Unis dans le courant des années 1890. C'est assez naturel parce qu'il se trouve que Charles Détré, qui a résidé la plupart de sa vie en Angleterre, était traducteur professionnel. Donc son métier, c'était de traduire les textes anglais en français. Et il a découvert un texte extrêmement élaboré, parce que le rituel originel de Papus en version manuscrite, ça tient sur une douzaine de pages, avec les commentaires et quelques indications générales.
Le rituel de Téder, c'est un livre de 150 pages, un rive imprimé très bien fait, avec beaucoup d'indications rituelles très élaborées.
Mais ce qui frappe d'emblée, c'est que c'est un rituel très maçonnisé, c'est-à-dire que de plus en plus, le martinisme sous cette forme se rapproche de la maçonnerie, encore une fois du point de vue des techniques rituelles, si j'ose dire. Ça ressemble à une loge, beaucoup plus que dans le premier martinisme.
Ça ressemble à un système de haut grade. Et encore une fois, je ne fais que reprendre ce que je disais ce matin en finissant, le martinisme ainsi conçu à la fin du XIXe siècle en Amérique, comme c'est assez naturel pour des maçons américains, pouvait apparaître comme un ordre paramaçonnique dont le prérequis est d'être maître maçon. Et puis après ça, vous pouvez faire plein d'autres choses. Le problème a été celui de l'acclimatation de ce système en France. Le rituel est publié en 1913. La guerre éclate en 1914. Il y a toute apparence qu'il n'a jamais été utilisé avant la Première Guerre mondiale. Et lorsqu'en 1918, la paix revient et que Téder devient grand maître de l'ordre martiniste, finalement, c'est peut-être à ce moment-là qu'il tente de faire mettre en œuvre et en usage et en pratique le rituel qu'il a publié 5 ans plus tôt.
Et clairement, cela suscite quantité de difficultés. On va très loin, d'ailleurs, dans la maçonnisation, parce que non seulement on exige désormais des qualifications de grade pour atteindre les différents grades de l'ordre martiniste, on exige des qualifications de grade maçonnique préalablement, mais surtout l'organisation en loge devient très proche de l'organisation maçonnique.
Et c'est ce qui fait qu'en 1920, donc presque immédiatement, parce qu'on n'imagine pas que les loges martinistes ont commencé à refonctionner le 12 novembre 1918, il a bien fallu probablement attendre quelques mois. Et très vite, en 1920, une première scission apparaît.