1 1 1 1 1 1 1 1 1 1

Pierre Feuga avait déjà édité, il y a 16 ans un livre intitulé Pour l’éveil. Le mérite essentiel du propos, loin des procédures techniques, est de libérer le lecteur de tous les à priori que l’on peut avoir sur ce sujet.

« L’éveil c’est d’abord une effervescence, un désir, un élan, une souffrance, une urgence… ». Les projets, les démarches, les efforts, les méthodes, les expériences, réelles ou illusoires, viennent ensuite. Pierre Feuga n’essaie ni de définir l’éveil ni de révéler une quelconque méthode qui y conduirait. Il essaie d’abord de nous faire sentir son parfum indéfinissable, insaisissable. Au passage il égratigne toutes les représentations que l’on peut se faire sur le sujet. Avec naturel il remet à leur juste place nombre de questions qui embarrassent le mental du chercheur et qui le maintiennent dans sa prison (ainsi par exemple de l’aspect subit ou progressif de l’éveil, de l’inutilité de la recherche des incarnations précédentes, de l’absence de nécessité d’avoir une âme, un maître…).
L’auteur, surtout, pointe la nature et l’essence de cette expérience globale qui concerne aussi bien le spirituel, le matériel que le corporel. « L’éveil est le surgissement spontané de notre vraie nature ». Il est sans cause, sans avant, sans après, toujours là… Pierre Feuga met en évidence que c’est justement le fait de « puer le zen » qui nous éloigne de l’attitude spontanée qui nous ferait sortir du cercle vicieux de tous les déterminismes. Il s’attache aussi à montrer que l’essentiel tient à la qualité de l’attention. Il se situe dans une voie – une non voie - essentiellement intuitive qui touche le fond du cœur qui, ici n’a rien à voir avec le siège des sentiments, la pointe de l’intellect ou la physiologie subtile du chakra du cœur. « Le cœur ne se situe nulle part, il est là où vous voudrez, où vous le sentirez, mais c’est de lui que tout part, à lui que tout revient. Cœur obscur, rouge, puissant, infaillible ».
L’expérience de la quête de l’éveil s’accompagne de ressentis subtils et puissants : joie cataclysmique, nécessité absolue d’abandonner tout ce à quoi nous nous cramponnons. Plus, au-delà de ce qui peut sembler à qui lit trop vite, un simple commentaire sur l’éveil, Pierre Feuga glisse tout naturellement sans y paraître, des conseils techniques pour celui qui essaie de cheminer sur cette voie – non voie : ainsi ses propos sur l’expérience de la peur, sur l’attitude face au désir… sont-ils pleins de bon sens et nourris de la doctrine la plus profonde qui soit sur le sujet. Tout cela déroutera les sceptiques, ceux qui s’en tiennent à une approche intellectuelle et qui ne se risquent pas sur cette voie simple et terriblement exigeante où il faut à un moment ou à un autre, reconnaître, par exemple, que l’échec est un allié et qu’il est impossible, heureusement, de progresser car, nous n’avons , en fait, pas le choix….
Seize ans plus tard, Pierre Feuga complète le texte initial avec d’autres chapitres qui traitent du contre-éveil au sens d’éveil en contre-jour. Ces textes encore plus corrosifs balaient les dernières certitudes que l’on pourrait avoir sur l’éveil. L’auteur prend parfois le contre-pied de la pensée « juste » : pour s’éveiller il ne faut pas essayer de s’élever car cela conduit aux enfers, le paradis se trouve dans la descente. « Pauvre idiot ! Tu croyais que le paradis était en haut, que c’était fait pour les aigles et les dragons de feu, qu’il suffit de passer les nuages, et ça y est, l’azur absolu, l’Eveil ! En haut c’est l’enfer, il existe même des voies express, des ascenseurs directs. Ce que tu cherches est en bas, encore en bas, beaucoup plus bas. ». S’il ne s’attache à rien, l’éveil ne renie rien. Rien n’y échappe ni l’absence de conscience politique ni le plaisir de la bêtise du supporter des matchs de foot ! En contre-point de ces propos apparemment provocateurs qui, en fait voilent une opérativité, Pierre Feuga évoque également des expériences où l’on saisit que l’éveil est surtout une intensité, une clarté de conscience, que c’est à la fois la voie la plus facile et la plus difficile qui soit amis hors de qui rien ne se fait.
Un livre donc à conseiller à tous aussi bien à ceux qui « commencent sur le chemin », qu’à ceux qui le suivent depuis un certain temps. Il permettra aux uns et aux autres de saisir l’essentiel de ce qui peut être dit et expérimenté sur un sujet que le mental se plaît, ô combien, à complexifier.