Introduction à la mythologie contemporaine
Qu'est-ce qu'un mythe? Pourquoi et comment se manifeste-t-il? Quelle peut être son utilité pour l'homme moderne? Pour Philippe Moingeon, qui explore les relations de la tradition et de la modernité, l'utilisation de formes symboliques permet au mythe de constituer un remarquable outil d'accès à la connaissance.
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En effet, le motif primordial du héros reste remarquablement actuel, tout d'abord parce qu'il répond à l'interrogation métaphysique de l'homme en quête d'absolu, ensuite parce qu'il invite à l'aventure celui qui aspire à transformer le monde. Porteur de croyances collectives profondément ancrées dans la psyché humaine, le mythe donne du sens. Par conséquent, il détient le pouvoir de réenchanter le monde de celui voué à prendre son destin en main et devenir le héros de sa vie..
Extrait de la vidéo
Qu'est-ce qu'un mythe ?
Qu'est-ce qu'un mythe ?
Vaste question.
Et quand on me la pose, j'aime bien en fait commencer par dire ce que le mythe n'est pas, pour moi.
Ce que le mythe n'est pas, c'est une histoire fausse ou invraisemblable.
En fait, c'est bien sûr le sens qu'on attribue de façon commune au mythe.
On évoque des histoires qui n'ont aucun lien avec la réalité ou avec le quotidien.
C'est d'ailleurs un peu le sens aussi de mythologiser des personnes vivantes.
De dire que tel sportif ou telle vedette de cinéma est un mythe, un mythe vivant, ça veut dire que sa réalité est tellement éthérée, tellement supérieure au commun des mortels, que finalement elle en est disconnectée.
Et en fait, je trouve que ce cadre remarquable dans ces définitions, c'est qu'elles sont suffisamment fausses pour qu'on puisse prendre comme définition du mythe remarquablement l'inverse.
C'est-à-dire que pour moi, le mythe est un langage porteur de sens.
C'est un langage, d'abord, qui est collectif, c'est une croyance partagée, ça vient du grec mutos, le récit.
Et c'est donc un discours auquel un groupe d'hommes adhère.
Et ce langage, il est porteur de sens, il est porteur de vérité sur l'être humain et sur le monde.
Et toute l'histoire, pour bien sûr aller puiser le sens au-delà d'un discours qui paraît un petit peu abracadabrant, toute l'histoire consiste à interpréter le récit mythologique.
Alors il faut savoir que le mythe, traditionnellement, c'est un récit épique, c'est-à-dire qu'il y a des aventures, il y a des guerres, il y a des combats, des meurtres, des mariages, etc.
Il y a un foisonnement d'actions.
Parfois, c'est écrit en langage poétique.
Mais dans tous les cas, l'élément sémantique de base du mythe, c'est le symbole.
C'est-à-dire qu'il y a des images symboliques qui sont mises en scène dans le discours.
Et tout l'art d'interprétation du mythe consiste en fait à trouver le sens sous le symbole.
Alors pour compléter cette définition du mythe, on peut aussi s'interroger sur les différences éventuelles entre un conte, une légende, un mythe.
Alors il y a eu beaucoup de choses qui ont été écrites à ce niveau-là.
Il y a des gens qui pensent que ce qui importe, c'est que le sujet soit fictionnel ou non.
Il y a aussi une différence éventuelle de relation au temps.
Avec l'idée que, par exemple, le conte ou la légende ne sont pas inscrits dans le temps.
Alors que pour ce qui est du mythe, son actualité est constante.
C'est-à-dire qu'il est aussi vrai lorsqu'il a été écrit il y a 500 ans qu'aujourd'hui.
Pour moi, ce sont des discriminations d'ordre sémantique.
Et très franchement, je pense qu'il y a un continuum entre le conte, la légende et le mythe.
Par exemple, on parle de la légende du roi Arthur comme on parle du mythe du roi Arthur.
En franc-maçonnerie, on parle de la légende d'Iram comme on parle du mythe d'Iram.
Et donc, très clairement, ce qui me concerne, je ne fais pas de distinguo majeur, notamment entre la légende et entre le mythe.
Bien, donc si on admet que le mythe est un langage porteur de sens, comment se manifeste-t-il ?
Alors, il se manifeste en fait de différentes façons.
C'est un récit. Il peut être donc dit. Il peut être aussi écrit.
Mais il y a bien d'autres manifestations des mythes.
Et moi, il y en a une que j'aime particulièrement qui est celle du moment mythologique.
Je pense que là, il faut qu'on prenne une petite anecdote.
Je vais vous raconter une petite histoire qui est une histoire vraie.
Et tout ceci se passe en fait dans l'aéroport d'Atlanta.
Un jour, j'étais en train de me déplacer là-bas.
Et en arrivant au niveau du terminal international, je vois une petite vitrine dans laquelle il y avait tout un tas d'objets ayant appartenu à un jeune pasteur noir.
Donc il y avait tout un tas en fait d'objets qui évoquaient cette période qu'on a appelée le Civil Rights Movement, c'est-à-dire à peu près au milieu du XXe siècle, un mouvement de protestation des Noirs contre la discrimination sociale dont ils étaient victimes.
Et ce qui est tout à fait intéressant ici, c'est qu'à côté de cet habit de pasteur, il y a une lettre, une lettre manuscrite.
L'histoire étant la suivante, on a demandé à ce jeune pasteur noir, en raison de son éducation et aussi probablement parce que c'était un individu carismatique, de prendre la tête de ce mouvement de protestation.
Dans cette lettre, ce jeune pasteur écrit « Je ne suis pas préparé à ce rôle symbolique que l'histoire me met sur les épaules ».
Et il ajoute en anglais « But there is no way out, mais je ne peux pas y échapper ».
Et donc il accepte la mission et il signe Martin Luther King.
Et pour moi, c'est typiquement le moment mythologique incarné.
On a de façon concrète l'incarnation d'un homme tout à fait comme les autres, à qui bien sûr le destin offre la possibilité d'une aventure héroïque extraordinaire et qui entend l'appel de cette aventure, tout en réalisant que la chose ne sera pas facile.
Et je trouve que c'est absolument formidable parce qu'on voit bien sûr dans cette lettre concrétisée un moment extrêmement important dans la vie d'un homme qui va en fait complètement déterminer son destin.
On sait qu'ensuite Martin Luther King deviendra l'homme qui défend l'opprimé quelle qu'en soit la raison.
On sait également qu'il sera pris Nobel de la paix à l'âge de 33 ans.
Malheureusement, il sera aussi assassiné pour toutes ces raisons.
Mais dans tous les cas, aujourd'hui, le peuple américain lui rend hommage.
Cette anecdote, pour moi, d'un côté bien sûr, illustre un peu comment se manifeste le mythe pour tout un chacun.
C'est-à-dire que ça peut être un moment de grâce qu'il nous faut reconnaître et qu'il nous faut un petit peu capturer parce que ça peut vraiment changer tout simplement le destin de la vie humaine.
Et notamment, on a ici mis en scène un motif mythologique de base qui est le mythe du héros.
C'est-à-dire que nous avons tous l'opportunité, probablement de façon récurrente au cours de notre existence, de devenir des héros.
Et simplement, la question qui se pose, c'est entendons-nous l'appel de l'aventure ?
Sommes-nous prêts à quitter notre quotidien pour rentrer finalement dans les forêts obscures, subir des épreuves, mais sortir grandis de cette aventure héroïque ?
Donc, encore une fois, le mythe peut être un langage écrit ou un langage parlé.
Il peut être aussi un moment de grâce.
Donc, on a mentionné l'appel de l'aventure de Martin Luther King.
Autre moment mythologique peut évoquer ici l'attentat du World Trade Center le 11 septembre 2001 où l'on voit devant les caméras de télévision les avions des terroristes d'Al-Qaïda se fracasser contre des tours jumelles.
Ce moment-là est un moment bien sûr tragique ici, mais il est porteur d'une irréversibilité de l'histoire.
Donc, il mythologise notre société.
Il est d'ailleurs porteur d'enjeux en termes de croyances qui sont aujourd'hui encore l'objet de multiples débats.
Je voudrais également évoquer une autre manifestation du mythe.
C'est le rite, le rituel.