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Nous sommes désormais habitués à la qualité des travaux du Directeur du CESNUR, l’un des tous meilleurs spécialistes mondiaux des religions et nouvelles religions.

Ce travail publié une première fois en Italie en 1994 puis réédité en l’an 2000 portait sur la période 1962-1992. Il est évidemment toujours très actuel même s’il a été augmenté d’une introduction à l’édition française qui analyse le déclin du mouvement Nouvel Âge annoncé dès la première édition par Massimo Introvigne et qui s’est vu confirmé par la suite dans les faits.
Ce livre se distingue des autres travaux, généralement publiés par le CESNUR. En effet, les travaux du CESNUR sont connus pour leur approche strictement historique et sociologique, approche qui n’autorise pas les jugements de valeur. Cette position scientifique fut régulièrement reprochée au CESNUR et à son Directeur par les « mouvements anti-sectes » qui auraient souhaité entendre les condamnations de tel ou tel mouvement. Au contraire, ce livre rassemble les cours donnés par Massimo Introvigne à l’Université Regina Apostolorum de Rome qui lui avait demandé de présenter « un point de vue personnel et critique, en tant que catholique sur le New Age (…). Ce livre n’est donc pas seulement une analyse historique ou sociologique du New Age (même si cette analyse constitue la base du travail), c’est aussi une critique à la lumière de la doctrine catholique et des documents du magistère romain. »
Ainsi, ce livre présente un double intérêt, il offre au lecteur une vision synthétique historico-sociologique du mouvement Nouvel Âge et une information de premier choix sur la réception par le catholicisme d’une tendance qui l’aura profondément inquiéter.
Massimo Introvigne rappelle que sa thèse, justement, voit dans le mouvement Nouvel Âge autre chose qu’un mouvement : « La thèse de Storia del New Age 1962-1992, c’est que le New Age n’est pas un mouvement : on ne s’y inscrit pas, on n’y est pas baptisé, on n’y tombe pas sur une structure hiérarchique, il n’y a pas de chefs reconnus par tout le monde, le New Age n’a pas non plus – en bonne logique- un credo commun ou des doctrines communes, même s’il existe des thèmes doctrinaux qui traversent tous les courants.
Il s’agit plutôt d’une structure « en réseaux » : fluide, changeante, née pour relier une série de réalités indépendantes les unes des autres, lesquelles ont à la fois quelque chose en commun et beaucoup de différences. »
Massimo Introvigne avait annoncé le déclin du Nouvel Âge. Il pense aujourd’hui que le Nouvel Âge est en « crise », contrairement à la nouvelle religiosité de type néo-gnostique ou l’ésotérisme qui se portent bien, crise qui conduit à un déclin rapide. Massimo Introvigne envisage quatre issues possibles de la « crise » : la redécouverte par certains déçus du Nouvel Âge des itinéraires religieux plus classiques, un désespoir à tendance suicidaire, la cristallisation en mouvements organisés et hiérarchisés, le remplacement par, ou le glissement vers, un nouveau phénomène appelé Next Age. Le Next Age se caractérise par « le passage du New Age de la troisième à la première personne du singulier. Pour le Next Age, la planète Terre, dans son ensemble, entrera (ou est déjà entrée) bientôt dans une ère de conscience supérieure, de félicité et de bien-être. Après la déception, le Next Age admet que pour la planète Terre, peut-être, ou pour la société dans son ensemble, aucune transformation joyeuse n’est en vue. Les choses pourraient même empirer. Mais l’individu, lui, peut entrer dans son New Age personnel et parvenir à un état supérieur de prospérité, de santé, de satisfaction ( y compris sur le plan sexuel, qui est souvent très important dans le Next Age). Il se peut que la société aille vers la catastrophe : mais la personne qui a accès à certaines techniques entrera de toute façon dans son âge d’or à elle, tout à fait personnel et privé. »
Massimo Introvigne offre un travail rigoureux : origines et définitions – histoire par courants et tendances ( les spiritualités alternatives, les thérapies alternatives et les organisations sociales alternatives) – l’émergence d’une vision du monde – un panorama contemporain (mythes, archétypes, porte-parole et personnalités.
La dernière partie de l’ouvrage est consacrée au New Age et à la foi catholique, problématique complexe tant les relations entre l’Eglise Catholique, les atres églises chrétiennes et le New Age furent variées.
Massimo Introvigne identifie quatre réactions catholiques majoritaires : les compagnons de route catholiques du Nouvel Âge, ceux qui sont influencés, ceux qui sont sceptiques et ceux qui sont inquiets. Il s’intéresse ensuite aux charmes et aux dangers du Nouvel Âge. Le Nouvel Âge lui apparaît comme la quatrième étape d’un processus d’éloignement progressif de la vérité catholique : « Oui au sacré, non à la religion ».
L’intérêt du livre est grand. En effet, Massimo Introvigne, loin de sous-estimer la portée du Nouvel Âge étudie son rôle historique entre modernité et postmodernité :
« 1- Le New Age n’est pas seulement une mode passagère, mais un phénomène important, avec un rôle historique bien précis.
2- Le New Age se résume dans la formule « oui au sacré, non à la religion », et propose surtout un style de rapports entre l’homme et le sacré autre que la religion telle qu’elle est généralement comprise.
3- Le New Age ne concerne pas seulement le rapport au sacré, mais a aussi des implications de nature sociale et politique.
4- Le New Age propose une critique de l’étape antérieure – la troisième - du processus d’éloignement de la vérité catholique – surtout dans ses moments idéologiques – qui ne manque pas d’aspects véridiques et qui explique pour une large part la fascination qu’il exerce.
5- Mais la critique du matérialisme et du positivisme est menée en fonction du passage à une phase ultérieure du processus d’éloignement de la vérité catholique.
6- L’activité des catholiques – dont certains théologiens – qui opèrent comme « compagnons de route » du New Age, correspond à une nouvelle étape - la quatrième – du « progressisme », une étape plus insidieuse que les précédentes.
7- Le New Age représente sans aucun doute un danger pour la foi catholique. »
La position de Massimo Introvigne est particulièrement intéressante, elle témoigne de l’inquiétude des institutions catholiques qui fondent historiquement une grande part des institutions sociales et politiques européennes, face à une transformation profonde des mentalités occidentales face au religieux.