La genèse sumérienne

L’auteur  aborde ici l’un des plus vieux mythe de l’humanité, la genèse sumérienne, âgée de plus de quarante-et-un siècle et se base pour cela sur les travaux de Dina Katz (« Enki and Ninhursaga, part one : the story of Dilmun », Bibliotheca orientalis n°5-6, 2007).

Dans cette légende, le Dieu Enki va apporter fertilité et fécondité sur l’île de Dilmun, où règne Ninhursaga. Mais Enki, malgré son statut divin, est un antihéros : passant outre l’interdit de Ninhursaga, il va s’adonner à l’inceste puis devenir « enceint » de lui-même et accouchera de huit enfants. Son schéma de réalisation lui permettra cependant (hexagramme 7 du Yi King) de donner naissance au futur roi de Dilmun.

Un court exposé (10 minutes) qui s’inscrit dans le prolongement de la conférence « Vers une tradition universelle ? Le scénario ».

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La genèse sumérienneLa genèse sumérienne

Extrait de la vidéo

Le texte de l'humanité est peut-être le plus vieux mythe écrit de l'humanité puisque, selon des spécialistes, il aurait existé sous une version écrite il y a 41 siècles, et je crois me souvenir que la version la plus ancienne que l'on détienne a 38 siècles.

Il s'agit de la genèse sumérienne qui, selon certains auteurs, serait un prédécesseur de la genèse hébraïque. Je n'ai personnellement aucun avis là-dessus. J'ai d'ailleurs pas tendance à penser en termes d'antériorité et de filiation, mais plutôt en termes d'analogie.

L'antériorité, c'est le problème de l'historien. Je ne suis pas historien.

La genèse sumérienne, donc. Et nous allons voir comment, dans cette genèse sumérienne, se retrouve un schéma, un scénario composé de huit symboles successifs, scénarios que l'on retrouve également dans plus d'une douzaine de mythes et de légendes sur toute la planète, des mythes et des légendes dont certains pourraient remonter à 7000 ans.

Le texte de référence, le texte dont je pars pour parler de la genèse sumérienne, c'est un texte, une publication universitaire, dont l'auteur s'appelle Dina Katz, qui est un texte en anglais, dont le titre se traduirait par Enki et Ninur Saga.

Enki et Ninur Saga, c'est deux personnages dont on a parlé. Première partie, l'histoire de Dilmun. C'est publié chez Bibliotheca Orientalis, septembre-décembre 2007.

Alors, la première étape du scénario des mythes et des légendes dont nous parlons décrit toujours une situation stérile, au départ, qui est due à un envahissement par des eaux inférieures.

Des eaux inférieures, c'est des eaux salées, c'est l'eau de mer. Si elle envahit la situation, elle la rend stérile, comme de l'eau de mer stériliserait votre potager si vous en mettiez dedans.

Et puis ensuite, ces eaux inférieures laissent la place à une eau douce et donc à une eau qui, elle, rend le sol fécond. On passe de la stérilité à la fécondité.

Au début du récit, de ce très vieux récit qui aurait 41 siècles, l'île de Dilmun, ce n'est pas sur une île, l'île de Dilmun est stérile parce que de l'eau saumâtre a envahi les puits.

Vous imaginez un puits plein d'eau saumâtre, vous avez exactement le même schéma symbolique que le premier symbole de cette histoire qui est une coupe qui contenait des eaux inférieures.

Donc c'est un désert, cette île de Dilmun, et le dieu Enki, c'est un dieu qui vit sur cette île, apporte de l'eau avec son pénis.

Symbole typique, le pénis qui ne sert pas seulement à uriner, qui est typiquement un symbole de fécondation de la terre.

Et cette eau va remplacer l'eau salée et elle va rendre la terre fertile.

Voilà donc comment la première étape de ce scénario se traduit parfaitement par le tout début de cette histoire.

Alors la suite du scénario, c'est la maîtrise du désir, symbolisé par un feu inférieur qui arrive à s'élever, c'est le désir tourné vers des réalités supérieures, c'est la maîtrise du désir ou des passions.

Eh bien, à la suite, ce dieu Enki s'accouple avec la déesse Ninursaga, et puis ensuite il s'accouple avec sa fille, et puis il s'accouple avec la fille de sa fille, et la fille de la fille de sa fille, etc.

Trois générations successives de sa descendance.

Il ne contrôle pas son désir, c'est un dieu qui saute sur toutes les jeunes filles qu'il croise, si bien que Ninursaga va devoir poser un interdit, lui interdire cette relation incestueuse.

On a donc là l'expression du désir irréfréné et de la maîtrise ou de la contention de ce désir.

L'étape suivante dans le scénario universel prédit, entre autres, l'entrée dans un jardin.

Eh bien, malgré l'interdit qu'il a reçu, Enki va trouver le moyen d'approcher la quatrième génération de sa propre descendance dans un jardin, et en se faisant passer pour le jardinier.

Alors, je saute la quatrième étape parce qu'elle n'est pas suggérée ici, il n'y a pas de symbole qui suggère que cette étape soit présente.

Et nous passons à la cinquième étape.

Dans le scénario universel des mythes et des légendes, la cinquième étape parle de l'union entre le mâle et la femelle, de la gestation qui en résulte et de la préparation d'un accouchement.

Qu'est-ce qui se passe à ce moment-là dans la genèse sumérienne ?

Le dieu Enki parvient donc à avoir une relation sexuelle avec Utu, qui est sa propre descendance de quatrième génération.

Et, par maladresse, on ne sait pas, il répand son sperme sur la jeune fille.

Alors Ninursaga, la déesse, va intervenir. Elle va nettoyer Utu et elle va rejeter ce sperme sur la terre.

Et de ce sperme vont pousser, vont naître, huit plantes.

Enki veut connaître ces plantes.

Or, le texte nous dit que, normalement, c'est à Ninursaga de connaître ces plantes, ce n'est pas son rôle à lui.

Pour les connaître, il les mange.

Alors, cette étape est souvent associée également à l'alimentation spirituelle ou matérielle, ce qui est la même chose.

Alors, qu'est-ce qui se passe ? Il mange ces plantes, donc il mange le produit de son sperme.

Et ce dieu maladroit devient enceint. Je mets au masculin un terme qui n'existe qu'au féminin.

Il devient enceint de lui-même.

Mais, comme il n'a pas d'organe femelle pour accoucher, il se retrouve dans d'atroces souffrances.

Voilà comment cette étape exprime très très bien la cinquième étape du scénario universel qui prédit, effectivement, l'union du mâle et de la femelle, la gestation et la préparation d'un accouchement.

Sauf que là, c'est à l'envers.

C'est-à-dire que Enki se comporte un peu comme ce qu'on appelle un décepteur.

C'est l'anti-héros, c'est celui qui échoue dans l'épreuve.

La sixième étape, c'est une étape qui raconte une naissance, tout à fait logiquement, et qui parle d'une épreuve pour arriver à la lumière.

C'est l'épreuve de l'accouchement, c'est le passage du col de l'utérus.

Et bien, qu'est-ce qui se passe à ce moment-là ?

La déesse Ninursaga aura pitié de Enki et elle lui offre son propre organe femelle pour qu'il puisse accoucher.

Et Enki va effectivement accoucher.

Comme il y avait huit plantes, il va accoucher de huit enfants à travers huit épreuves.

La septième étape, qui sera la dernière dans ce cas-là, c'est la réalisation.

C'est l'accession à un état royal.

Et bien, en toute logique, le dernier des descendants de Enki, le dernier-né de cet accouchement, qui s'appellera Ensag, ce jeune garçon deviendra le roi de Dilmun.

Alors que Enki, lui, ne régnait pas sur Dilmun, c'était Ninursaga qui régnait sur cette île, son huitième fils, lui, va devenir le roi.

Autrement dit, il y a bien eu une étape de réalisation, c'est-à-dire d'accès à la royauté, au règne, à la capacité de régner sur son territoire.

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