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Jacques Brosse, disciple de Taisen Deshimaru qui lui a transmis la tradition zen Sôto, le zen abrupt de l’Eveil subit, nous offre la transmission de treize sesshin. Sesshin signifie « concentration du coeur-esprit ». L’enseignement est transmis exclusivement par voie orale aux pratiquants rassemblés en sesshin. L’instructeur y expose un élément doctrinal, c’est le teishô. Suit un échange avec les pratiquants sous forme de questions-réponses, c’est le mondô.
Ce livre apportera surtout aux pratiquants d’une voie d’éveil, quelle qu’en soit le courant puisque l’essentiel est partout identique. Il intéressera bien sûr tout un chacun.
Jacques Brosse précise les cinq catégories du zen, distinctions particulièrement importantes applicables à tout le monde de l’initiation :
« Le Bompu-zen (du japonais bompu, l’homme ordinaire, c’est-à-dire non éveillé). Ce zazen-là ne se soucie ni de spiritualité ni de religion, il n’est même pas du tout bouddhiste. Zazen n’est plus qu’une technique reposant sur la posture et la respiration, dont le seul but est de retrouver l’équilibre physiologique et psychique. Il n’est pas question ici de l’Esprit mais du mental. C’est de ce zen-là que l’on parle dans le monde, dans les médias et même dans la publicité.
Deuxième catégorie, le Gedo-zen (du japonais gedo, voie extérieure). Ce zazen-là est assurément plus spiritualiste et même religieux, mais il est encore étranger au bouddhisme. Il s’agit par exemple de la méditation du yoga, du taoïsme, mais aussi de certaines formes de méditation chrétienne et de ce que l’on appelle, à mon sens, un peu abusivement le zen chrétien. (…) Il s’agit donc de développer jiriki, mot japonais qui désigne le pouvoir psychique personnel, l’énergie dynamique résultant de la concentration mentale et capable de réagir spontanément aux événements les plus imprévus. Jiriki est ce que l’on appelle la maîtrise de soi. Mais Jiriki ne peut en aucune façon nous libérer de notre conception illusoire du monde, et moins encore nous permettre d’atteindre la Prajnâpâramita (…)
La troisième est le Shôjô-zen (de shôjô, le Petit Véhicule, le Hinayâna, en japonais). Ce zen-là vise à parvenir à l’état de mushinjô ( de mu, « pas de », shin, « esprit » et jô, « fixer »). Il s’agit donc de l’esprit qui s’est détaché de ses obsessions habituelles, qui s’est retranché du monde des passions, qui s’est donc purifié. Cette démarche implique la résorption des sens, l’atteinte de la vacuité et l’extinction de toute conscience personnelle. (…)
La quatrième catégorie est le Daijô-zen ( de daijô, en japonais le Grand Véhicule, le Mahâyana). Daijô-zen a en principe pour objectif de parvenir au kenshô, mot qui en japonais désigne la « vision de l’essence », c’est-à-dire la perception de notre nature de Bouddha, ce qui est, mais qui n’est que, l’annonce d el’Eveil, sa promesse, une ouverture vers, qu’il ne faut pas confondre avec l’Eveil lui-même. (…)
La cinquième et dernière catégorie, Saijôjô-zen ( de saijôjô, en japonais : le plus sublime des Véhicules suprêmes), ce qui semble bien grandiloquent, mais est en fait très simple, puisque c’est shikantaza, être seulement assis sans rien faire, sans rien chercher, sans rien attendre, sans rien espérer. C’est le zazen de l’Eveil silencieux, celui de Shâkyamuni, et de Dôgen Zenji. Shikantaza, c’est pratiquer zazen, sans autre but que zazen lui-même, se laisser faire par lui. Ce n’est plus vous qui faites zazen, c’est zazen qui vous fait, qui vous remodèle. »
Pour Jacques Brosse, les deux premières catégories sont des contrefaçons, la dernière est celle de l’Eveil silencieux, de la « silencieuse coïncidence ». Il rappelle avec justesse que « Le zen est par essence révolutionnaire et c’est en tant que tel qu’il peut nous être utile. Le zen est universel, ni asiatique, ni européen. Il est sauvage, on ne l’apprivoise pas. »