Ombre et lumière de Saturne, à la fois prédateur et structurant

Le couple Cronos-Saturne est bien souvent perçu négativement ; on l’associe à la séparation, l’empêchement, la souffrance morale et la culpabilité. Ce versant « ombre » est certes avéré mais il ne doit pas faire oublier son versant lumière : il est structurant et offre le cadre que les thérapeutes nomment « la fonction contenante ». Accueillir, comprendre et transformer nos affects, affirmer notre singularité, tel est aussi ce qu’il se passe « dans le ventre de Cronos ».

Pour visionner ce film ajoutez le au panier ou
abonnez-vous pour un accès à tout le catalogue !
44:39
À partir de 12 € / mois
VOD / 15€

Car contrairement aux toiles dramatiques bien connues de Goya ou Rubens, qui montrent Cronos en train de dévorer ses enfants : Cronos ne dévore pas ses enfants, il les engloutit dans son ventre, et ils y restent en bonne santé. Il les régurgite par la suite : ils sont alors devenus adultes et souverains.

Eric Berrut plonge aux origines de la symbolique de cet archétype pour en dresser un manuel pratique d’explorations psychique et astrologique.

Il reviendra notamment sur la symbolique de la castration, qui n’a dans son approche rien de mutilant, mais au contraire « qui est source d’autonomie », cela en analogie avec le latin castrum, « délimiter, forteresse ».

Eric Berrut analysera aussi l’importance de la place de Cronos comme « petit dernier » au sein de la fratrie des douze titans issus de l’union de Gaïa et Ouranos. Avec sa lunette de psychanalyste, qui privilégie le sens projectif au sens narratif, il examinera la relation de Cronos avec ses enfants, et plus généralement avec la question du Devenir.

Ce Temps qui glisse à travers nos doigts de simples humains… Un principe de réalité, de sagesse et d’humilité qui n'est pas toujours au rendez-vous, car comme nous le rappelle Eric Berrut en conclusion : « si Ouranos était l’unique, Saturne, lui, ne développe pas de phantasmes de grandiosité ! »…

---------------------------------------

* Noms des entretiens :

L’Iliade, un hymne au débordement des affects
L'Odyssée, un voyage intérieur

Ombre et lumière de Saturne, à la fois prédateur et structurant (Saturne 1/2)
Cronos-Saturne et la révélation de la paternité (Saturne 2/2)

L’archétype de la Mère en regard de Neptune et Pluton
Neptune, la force de nos émotions profondes et nostalgie de notre origine océanique
Pluton, guide d'introspection et de métamorphose

La Lune Noire et le choix de la Lune Noire vraie
La Lune Noire : identifier la dynamique profonde du désir

Extrait de la vidéo

Bonjour, on se retrouve une nouvelle fois avec Eric Berru, après avoir abordé les questions de l'Iliade et de l'Odyssée pendant deux entretiens, on se retrouve aujourd'hui pour aborder la question de Saturne, qu'on développera en deux vidéos, on va commencer tout de suite, Eric bonjour, bonjour Charlie, alors tu nous amènes un livre qui n'est pas vraiment dans tes habitudes puisque pour une fois tu nous offres un véritable manuel d'astrologie dans lequel tu développes Saturne en cygne sans en oublier aucun, donc comme à l'habitude on va pouvoir explorer Saturne sous l'angle mythologique, psychanalytique, astrologique évidemment, on va aborder plusieurs facettes de la figure de Saturne, l'aspect structurant, l'aspect limitant, l'aspect du développement psychique, mais peut-être qu'avant de se lancer il faudrait qu'on pose les bases et qu'on aborde la question de Uranus, la castration de Saturne, faire un petit rappel mythologique pour nos auditeurs.

Peut-être préciser ma démarche et préciser la manière avec laquelle en tant qu'astrologue, psychanalyste, je me réfère à la mythologie, la mythologie a été une passion qu'ont encouragé à l'époque Freud et Jung. Freud a beaucoup encouragé Jung à poursuivre ses recherches dans le domaine de la mythologie, il l'a encouragé avec une idée derrière la tête, il espérait que Jung parvienne aux mêmes conclusions que lui.

Et puis en fait les chemins se sont éloignés là où ils s'étaient rencontrés. Alors que Freud cherchait dans la mythologie une confirmation de la théorie, Jung petit à petit, les mois et les années passant, a été amené à renverser l'équation, à renverser l'équation en voyant dans les récits mythologiques une matière qui lui faisait repenser la théorie et repenser l'axime. Pour Jung, les figures mythologiques appartiennent à la structure de l'inconscient.

Elles, les figures mythologiques, constituent une trame de notre vie psychique. Et à la suite de Jung, je procède en fait de la même manière pour l'astrologie, c'est-à-dire je questionne la mythologie, je relis les textes mythologiques, je les relis, je les relis encore, j'essaye de les interpréter pour en fait nous aider, comme Jung à sa manière, pour nous aider à repenser en particulier la signification des planètes.

Et donc dans ce livre, ma démarche est donc celle-ci, comme par ailleurs, mais je me suis peut-être encore plus appliqué dans ce livre, à penser Saturne à partir du rôle et de la fonction qu'il joue dans la mythologie, et à partir de là, d'appliquer ce que l'on en découvre en l'interprétant. Saturne dans un signe, Saturne en transit dans une maison, Saturne en aspect avec les luminaires ou avec une planète.

Voilà. Et donc comme tu le disais, si l'on veut aller aux origines de Saturne, c'est-à-dire quand Saturne apparaît dans la mythologie, il faut retourner presque au commencement. Et au commencement, sans rentrer vraiment dans les détails parce que ça serait beaucoup trop complexe, mais au commencement, il y a Gaïa, la terre-mer, et Ouranos, qu'elle a enfontée par son propre pouvoir, et il y a en fait la dyade entre la terre-mer et Ouranos, le ciel étoilé.

Le ciel étoilé fait descendre sa semence dans les fentes de Gaïa, et Gaïa commence à enfonter la création. Apparaissent la végétation, les arbres, les montagnes, les mers, etc. Et puis Gaïa est enceinte des frères et sœurs de Cronos, c'est-à-dire les titans et les titanides. Ils sont doux, mais seulement Ouranos est très déçu de cette création.

En réalité, il la trouve monstrueuse. On aura peut-être l'occasion d'y revenir. J'ai développé cela dans mon livre consacré à Ouranos, justement. Et donc Gaïa est grosse, de douze titans et titanides qu'elle ne peut pas enfonter, et donc elle veut mettre fin à cette effusion créatrice.

Et elle fabrique une faux, une serpe, un instrument tranchant, un instrument de séparation qu'elle présente à ses enfants, qui sont dans son ventre. Et à découvrir la faux à l'assiette tranchant, tous sont terrorisés, précise Hésiode, sauf Cronos, qui est devenu assez courageux, précise-t-il. Et Cronos va se saisir de cette faux, la faux de Saturne, de cet instrument de séparation, et il va trancher le phallus d'Ouranos qui, en fait, pénètre les flancs de Gaïa, et il va ainsi séparer le ciel et la terre et mettre fin au règne de la terre-mer et de son fils amant Ouranos.

Ça c'est l'acte fondateur de l'histoire de Cronos, et c'est après le détrônement de la terre-mer et du ciel étoilé qu'il va devenir lui-même le maître des dieux à la deuxième génération divine. Ça c'est le récit mythologique de façon assez squelettique. Il me semble que le phallus ouranien sera jeté à la mer, qu'il en émergera Aphrodite. Peut-être qu'on pourrait continuer un petit peu sur ce point-là, qui me semble important.

Alors, peut-être qu'avant cela, il faut nous arrêter sur la signification de la castration, sur la signification. Castration qu'il faut ici entendre comme séparation, comme différenciation. Il faut nous demander d'abord sur quoi débouche cette castration. Ce geste étant opéré, Cronos sort du ventre de la terre-mer et ses frères et sœurs aussi.

Donc on entend que la fusion avec la terre-mer qui était représentée par l'égrinte entre Gaïa et Ouranos est parvenue à son terme, et que Cronos et ses frères et sœurs viennent au monde littéralement. Qu'est-ce qu'il faut entendre par là ? Et c'est très important en astrologie. Ma formulation en général est à peu près celle-ci.

Cronos est devenu maître des dieux parce que chez lui le désir de l'autonomie, le désir de se tenir debout par lui-même a été plus fort que le besoin d'être enveloppé,

Haut