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Bien qu'il soit difficile de dater avec précision l'écriture des textes rassemblés dans ce livre, Charles d'Hoogvorst a réussi à le situer :
" Une chose est certaine maintenant : l'auteur a écrit La Concordance avant 1789
Le manuscrit se compose de deux traités : le premier, Concordance Mytho-Physico-Cabalo-Hermétique, suivie du Traité Préliminaire de Physique. Dans ce dernier, l'auteur fait allusion au " Baquet de Mesmer " ; or Mesmer, né en 1734, mourut en 1815. On peut donc affirmer sans grand risque d'erreur que le Traité Préliminaire n'a en tout cas pas été écrit avant les années 1770-1780. A la page 123 de ce même traité, il est aussi parlé de " Voltaire à 80 ans ", ce qui est un indice de datation aussi. Toutefois, rien n'empêche de penser que la Concordance ait été composée antérieurement au Traité Préliminaire, puisqu'elle figure en premier lieu dans le manuscrit.

D'autre part, l'ouvrage semble avoir été écrit au cours d'une période durant laquelle était vive la querelle autour de la théorie du Phlogistique, ou fluide permettant la combustion. Cette théorie fut inventée par le médecin allemand Georg Ernst Stahl (1660-1734) et combattue par certains chimistes officiels, notamment par Lavoisier, lequel fut guillotiné en 1794. Ajoutons encore que par deux fois, l'auteur se réfère à un autre livre intitulé Traité de la Cabale Hermétique, " qui finit l'ouvrage dont celui-ci n'est que le Préliminaire ". Exista-t-il réellement un troisième traité ? "
On le voit, le mystère demeure sur l'origine de ce texte et sur la personnalité de Fabre du Bosquet dont nous ignorons tout ou presque. Intéressons-nous maintenant au texte lui-même que Charles d'Hoogvorst présente ainsi :
" L'auteur a choisi son titre à dessein : Concordance Mytho-Physico-Cabalo-Hermétique, c'est-à-dire : accord entre la Mythologie, la Science de la Nature (du grec physis), la Cabale et la Philosophie Hermétique. Il s'agit donc de l'accord des Témoignages.
Dom Antoine-Joseph Pernety, après d'autres, avait déjà utilisé cette méthode d'interprétation hermétique de ma Mythologie dans ses Fables Egyptiennes et Grecques.Fabre du Bosquet a-t-il fait partie des Illuminés d'Avignon fondés en 1784 par Pernety, son contemporain ? Il est toutefois étonnant que son nom ne paraisse pas parmi les familiers de l'auteur des Fables, du moins à ma connaissance.
De toute façon, ce petit traité, de moins de 100 pages, nous présente un condensé beaucoup plus structuré, clair et synthétique que les Fables ; l'auteur se limite à l'essentiel, évitant de multiplier les figures mythologiques. "
Voici maintenant un court extrait du texte de Fabre du Bosquet qui vous permettra de comprendre la démarche et son intérêt :
" Le premier embarras qu'éprouvent ceux qui commencent à étudier la Science de la Nature, est celui de trouver la vraie matière ; la seconde difficulté consiste dans les manipulations qui y conviennent ; et la troisième est celle de trouver le feu hermétique ; c'est pour cela qu'Hercule (qui désigne l'artiste) va consulter les Nymphes de Jupiter qui le renvoient à Nérée, le plus ancien des Dieux suivant Orphée, fils de la Terre et de l'Eau, ou de l'Océan et de Thétis. Son nom signifie humide. Homère dans son Iliade, Liv. 18 vers 36, l'appelle le Vieillard ; il est la première matière des Sages qu'ils disent si commune et si méprisée. Hercule fut donc chercher Nérée ; mais il eut d'autant plus de peine à le trouver, et surtout à le distinguer, qu'à chaque instant, celui-ci prenait des formes nouvelles, parce que cette matière étant susceptible de toutes les formes nouvelles, parce que cette matière étant susceptible de toutes les formes n'en a aucune de déterminée ; elle devient huile dans la noix et dans l'olive, vin dans le raisin, amère dans l'absinthe, douce dans le sucre, meurtrière dans la ciguë, bienfaisante dans la sauge, et cætera. Cependant Hercule le chercha avec tant d'opiniâtreté qu'il le trouva enfin couvert de haillons qui le rendent vil aux yeux du vulgaire ; c'est-à-dire qu'il le trouva sous cette forme, qui n'en est point une, en quelque manière et qui ne présente rien de gracieux, ni de spécifié, telle qu'est la première matière de l'úuvre.
Il est donc nécessaire d'avoir recours à Nérée ou au cahos, mais comme ce n'est pas assez de connaître et d'avoir en sa possession la première matière vraie et prochaine de l'úuvre, Nérée à qui Hercule demandait quelque chose de plus l'envoya à Prométhée, qui avait eu le secret de voler le feu de Ciel. "
Cet extrait devrait être suffisant pour que le lecteur intéressé en l'Art saisisse tout l'intérêt de la proposition de Fabre du Bosquet : " Toutes les fictions rapportées dans les ouvrages de Pindare, d'Orphée, d'Homère, des Egyptiens, des Grecs et des Gaulois, ne sont que des allégories prises de la matière, des manipulations, et des effets que produisait l'art Patriarcal, les rapports essentiels qu'on y trouve avec les traités hermétiques des Philosophes plus modernes, en même temps qu'ils servent à en pénétrer les mystères les uns par les autres, ne doivent laisser aucun doute à un homme sans prévention, sur l'existence et sur la possibilité de l'úuvre des sages. "
L'intérêt de Charles d'Hoogvorst, autorité en matière d'Alchimie, pour le travail de Fabre du Bosquet incitera encore davantage le cherchant à étudier avec toute l'attention voulue ce remarquable petit traité.