De l’intelligence des plantes

L’homme moderne, obsédé par la course de son progrès, s’est coupé de ses propres racines et traditions.

Au cours de cette fuite en avant, mue par on ne sait quelle "main invisible" maniant simultanément la carotte et le bâton : la pensée symbolique, analogique et contemplative s’est tue au profit d’un mental analytique, scientiste et arrogant.

Le cerveau droit - qui observe et réunit – s’est estompé face au cerveau gauche - qui dissèque et commente.

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Selon nous : toute vérité, toute voie et toute vie (clin d’œil à Jean 14-6 mais aussi au Tao) est le résultat de cet incessant va et vient entre ces deux hémisphères et d’une manière générale entre deux pôles distincts.

Wikipédia, site que d’habitude nous apprécions, nous a très surpris dans la définition qu’il propose du mot "intelligence". Sa définition associe en effet ce terme au mental, à la sphère conceptuelle ou à la rationalité. Pire, elle oppose l’intelligence à l’intuition ! Dans un tel contexte:

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comment diantre oser parler d’ "intelligence végétale" ?

C’est pourtant ce que va nous proposer Stéphane Douady (directeur de recherche au CNRS). Ce premier volet est le liminaire à un deuxième abordant l’alchimie végétale, volet qui réunira un alchimiste à un distillateur.

Outre leur faculté de mémoire, vision, sensitivité, souhaitez-vous comprendre comment les plantes parviennent-elles à "instaurer un dialogue" entre la lumière céleste d’en haut et l’obscurité d’un très bas où elles plongent leurs racines ?

Un rôle de médiation et ce notamment "avec des informations fournies par des champignons souterrains dont l’étendue peut dépasser dix kilomètres !" comme nous l’indique Stéphane Douady.

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Zeus et Hadès harmonieusement réunis ?

Une entité psychopompe permet aux humains de franchir certains seuils, certaines étapes qui normalement leur demeureraient totalement inconnus. Grâce à elles, et notamment à leur connaissance de ces mondes pluriels, ces passages sont rendus intelligibles et accésibles pour certains hommes.

Les chamans, qui assurent ce rôle d’intercesseur, de guide, se servent notamment de cette "intelligence" contenue dans la plante pour assurer leur fonction de messager.

De quelle intelligence s’agit-il ?

Eléments de réponses de ce scientifique ouvert : Stéphane Douady, interrogé ici par Emmanuel Chevilliat, depuis son laboratoire.

Extrait de la vidéo

On comprend très bien qu'un animal, quand on lui fait mal, il réagisse, il y a des réflexes, etc. Parce qu'il y a tant de réactions à notre échelle et on pense que les plantes ne réagissent pas. C'est difficile à imaginer que c'est le cas dans les plantes parce qu'il n'y a pas de cerveau, il n'y a pas de système nerveux central qui crée de l'information. Pourtant, il y a des transferts d'informations, il y a des réactions collectives.

Donc, d'une certaine manière, on peut parler d'intelligence dans le sens où la plante s'adapte véritablement à son environnement et essaie de le modifier. Alors, on a toujours l'impression que les plantes, elles sont verticales, les branches sont horizontales, les feuilles sont plates, horizontales. Tout ça, ça a l'air normal et en fait, ce n'est absolument pas normal. On tourne la plante et on regarde comment elle réagit.

Et là, on se rend compte qu'effectivement, le fait d'être droit, c'est quelque chose d'actif. Ce n'est pas quelque chose, elle a poussé, elle a poussé tout droit. En fait, elle est tout le temps en train de se contrôler et de vérifier qu'elle est verticale. Et quand on la tourne, ce qui se passe, c'est qu'effectivement, il y a différentes parties dans tout le long de la plante qui sentent que la gravité est vers le bas, la gravité est par là et donc elle n'est plus dans le sens de la tige et la tige va essayer de se redresser.

Ce qu'on a découvert, c'est que si on fait un petit modèle simple, chaque partie réagit localement. Par exemple, elle se redresse. Mais ici, je me redresse, ici je me redresse et à la fin, cette partie-là, elle se retrouve courbée. Et donc, en même temps qu'elle se redresse, il faut qu'elle se décourbe.

Dès qu'elle est verticale, ici, elle a tendance à réduire sa courbure. Non seulement, elle a envie d'être verticale, mais elle a envie d'être droite. Et ça, ce que ça souligne, c'est que la plante est capable de sentir sa propre forme. Quand on parle de la feuille qui est complètement courbée, le pétiole est courbé avec les feuilles qui sont pliées, qui sont courbées aussi et qu'à la fin, on est droit, la question, c'est comment est-ce qu'elle est capable de se déplier, décourber pour finalement arriver droit ?

Qu'est-ce qui lui donne cette information-là ? En réalité, c'est très proche de l'homme. C'est-à-dire que si je reste comme ça immobile, au bout d'un certain temps, je ne sais plus quelle position j'ai. On connaît la position en fait par le mouvement, par la différence.

Là, j'essaie qu'à ce moment-là, mon bicep, s'il est plus ou moins tendu, ça me donne à peu près la position. Et la plante, en fait, c'est pareil. Quand elle se développe, ce qu'on a trouvé, c'est qu'elle fait plein de mouvements. Donc là, elle se retourne, elle fait ça et pendant la nuit, elle bouge, par exemple, typiquement.

Et ces mouvements-là, en fait, doivent lui donner une sorte d'information sur sa propre forme. La plupart des plantes sont vertes parce que dans la lumière qui est blanche, il y a toutes les couleurs. Et la chlorophylle, en fait, qu'on voit verte, absorbe le rouge. Elle enlève une partie du rouge à la lumière blanche et elle remet le reste, elle diffuse le reste qui est vert.

Si on mettait deux plantes côte-à-côte, elles poussent plus vite qu'une plante tout seule en hauteur. La plante, elle reçoit la lumière qui est diffusée de partout. Et donc, quand elle vient, quand elle est blanche, elle peut être utilisée pour faire de la photosynthèse. Mais quand il y a une autre plante à côté, la lumière qui est diffusée est verte et justement, elle correspond à de la blanche moins de la rouge.

Elle voit vraiment le vert d'une autre plante à côté. S'il y a une plante qui est attaquée par un herbivore ou un insecte, en fait, il y a des processus de cicatrisation, mais aussi, elle émet des processus chimiques. Il y a des influx nerveux dans la plante et ce produit-là, il informe toute la plante attention, il y a des prédateurs, pour synthétiser des molécules toxiques pour eux. Les plantes, elles ont aussi beaucoup d'interactions via les racines et notamment, elles sont en symbiose avec des bactéries des fois.

Il y a une interaction très forte entre les champignons et les plantes et les plantes donnent justement du sucre aux champignons et les champignons, eux, vont plus loin que les racines et ils vont chercher l'eau et les minéraux pour la plante. Donc, il y a une sorte de racine étendue. Et le champignon, lui, il peut être énorme. Je pense qu'en fait, les champignons, c'est justement l'un des organismes les plus grands qu'on a montrés sur Terre.

Il y a des champignons qui font, dans le mycélium, donc dans les racines sous-Terre, font plus de 10 kilomètres ou même 10 fois 10 fois 10 kilomètres, au moins, ça fait grand. Ils connectent dans une forêt, les arbres entre eux, ce qui fait qu'un arbre interagit avec son champignon, mais le champignon interagit avec l'arbre d'à côté, ce qui fait que via le champignon, les arbres se communiquent. Ils ont pris un arbre et ils l'ont complètement recouvert de plastique noir, c'est une photosynthèse, et au bout d'un certain temps, normalement, s'il était isolé, l'arbre devrait être en mauvais état.

Ils ont enlevé le plastique et l'arbre était en parfait état. Pourquoi ? Parce que lui, il était en carence, mais il a été nourri à ce moment-là, via les champignons, par les autres arbres autour. Du coup, dans une forêt, on voit qu'on a des individus différents qui sont les arbres, mais en réalité, ils sont quasiment interconnectés, on n'a qu'un seul gros individu.

On a une sensibilité qui est extrêmement fine à cause des poils, sur tout le reste de la peau. Mais on ne s'en sert pas beaucoup. Et les plantes, en fait, ont beaucoup de poils aussi, c'est-à-dire souvent, quand elles sondent, celle-là est assez glabre, mais en fait, sur le dessous, c'est un peu blanchâtre parce qu'il y a des poils. Et les poils, c'est pas assez comme les nôtres, ils sont très mous et déformables.

Il suffit qu'on ait en dessous une cellule qui sent la déformation pour qu'elle transmette un signal chimique, souvent, ou électrique. C'est des phallus flytrap, c'est une grande feuille qui s'ouvre en deux, comme ça, avec des poils au bout, et quand il y a une mouche qui arrive à l'intérieur, clac, ça se referme très vite. Alors ça se referme suffisamment vite même pour capturer la mouche, ce qui est assez dur.

Et ce qui est beau, c'est que les poils sont tellement sensibles que, par exemple, s'il y avait un petit peu de vent, etc., ils pourraient déclencher le signal. Ça coûte beaucoup d'énergie à la feuille de se refermer et puis après de se rouvrir surtout. Donc là, il y a un signal qui est même un signal double, c'est-à-dire qu'il faut qu'il y ait un poil qui se déclenche et un deuxième poil qui se déclenche assez proche pour qu'à ce moment-là, la plante, c'est OK, je suis sûr qu'il y a quelqu'un, et clac, elle se referme.

Les plantes, on a souvent, sur une feuille, on a une surface qui est un peu lisse, qui est vernissée, pour que justement la lumière rentre bien à l'intérieur dans la partie où il y a la chlorophylle. Et de l'autre côté, c'est plus rugueux et il y a les poils et en fait, il y a des petites ouvertures pour que la plante respire. Et entre les deux, il y a une partie qui est un peu une partie spongieuse comme dans les poumons, en fait.

C'est-à-dire qu'il y a une partie qui, tout d'un coup, s'est développée pour faire plein de trous. Et du coup, c'est comme ça qu'elles sont capables d'absorber des gaz et des molécules et de réagir à ça. Donc, il peut y avoir des cas de plantes qui, effectivement, rendissent à l'odeur. On appelle ça du chémotactisme.

C'est-à-dire qu'elles se déplacent en fonction d'une molécule chimique parmi les climats. L'organisme vivant, c'est quand même un organisme, dans le cas des plantes, qui est assez riche. Et donc, il a typiquement une part de richesse qui peut avoir différents états. Par exemple, justement, les plantes sensitives, donc là, celle-là, elle ne bouge pas.

Si j'en prends une autre, je la secoue comme ça, elle va fermer ses feuilles. Soit comme ça, soit dans l'autre sens. Ça, ça veut dire qu'elle réagit à l'extérieur. Et donc, elle peut être, dans les mêmes conditions, je ne bouge plus, elle peut être les feuilles fermées ou les feuilles ouvertes.

Et ça, si on a différents états, en fait, c'est la base de la mémoire. C'est-à-dire qu'on a différentes solutions possibles et l'état dans lequel on est, ça nous indique quel chemin on a pris. Donc, si on secoue une plante tout le temps, au début, elle va se fermer. Après, elle va commencer déjà à rigidifier ses tiges pour résister à l'inversion mécanique.

Et elle va ne plus se fermer parce que ça lui coûte beaucoup d'énergie. Par contre, si on refait une sollicitation différente, elle va se refermer et ainsi de suite. Donc, il y a une adaptation de la plante à son environnement. Et donc, d'une certaine manière, si elle est adaptée à l'environnement, c'est qu'elle s'en souvient.

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