Notre entretien se propose de combler cette lacune, assez incompréhensible par ailleurs, et va tenter une analyse critique, objective de ce penseur à travers son ouvrage paru en Italie au sortir de la seconde guerre mondiale : L’Homme au milieu des ruines. Nous nous risquerons même à en extraire certaines idées, les sortir de leur contexte historique, et à les transposer dans la période contemporaine. Cela afin de sonder la prégnance, sur certains points uniquement, de la pensée d’Evola aujourd’hui.

« Il faut lire Evola, car on n’y trouve pas ce qu’on lui reproche...»

Si, comme beaucoup d’entre nous, vous êtes effondrés par la déliquescence de « l’idéologie dominante », l’omniprésence obscène de cet « Argent Roi », « la dictature des puissances technocratiques » et « la perte de substance des peuples » ; cet entretien, apolitique et non prosélyte, vous fournira sans doute un certain nombre de clés de compréhension quant à la mesure de la « décadence » de notre civilisation. Décadence dont Evola se fit un scrutateur attentif dans cet ouvrage apocalyptique.

Précisons d’emblée que la feuille de route est d’ordre purement philosophique, métaphysique, loin des gesticulations qui « excitent et passionnent les masses ». Phénomènes hypnotiques constatés et dénoncés avec virulence par Evola, qui, notamment via la politique et l'économie, brouillent tous les repères sur un plan collectif et qui, ramenés à un niveau individuel, « nous détournent de notre axe fondamental et nous fait passer à côté de l’essence même de notre existence… ». 
Bienvenu dans la pensée héroïque de cet auteur, visiblement mis à l’index dans cette époque, et ce pays, la France, marquée par un rejet de la métaphysique et de toute forme de transcendance.

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Evola est un penseur de l’antiquité romaine, né à la mauvaise époque.

Nous sommes en 1953. Julius Evola, alors âgé de 55 ans, vient d’être acquitté par les tribunaux italiens de tous les soupçons qui pesaient sur lui. L’aura dont il est entouré, principalement dans les milieux d’extrême droite depuis le succès de son ouvrage « Révolte contre le Monde moderne », paru en 1934, demeure intacte.

Electron libre dans cette quête viscérale du sacré et de la transcendance, païen revendiqué, aristocrate, élitiste, anti-démocratique, Julius Evola fut un européen convaincu avant l’heure. Son positionnement atypique, car à la fois antirévolutionnaire et anticatholique (!), critiquant ouvertement les totalitarismes et toute espèce de massification des sociétés, synonyme pour lui de « désagrégation de l’individu, d’infantilisation », le maintint, par chance pour lui, à une relative distance* des régimes totalitaires de son époque : fascisme italien et national-socialisme allemand.

Sa critique virulente et sans appel de la modernité, de son libéralisme hédoniste, et de ses préoccupations matérialistes de « petits-bourgeois » qu’il vomit par-dessus tout (et dont se repaissent les populismes d’aujourd’hui et d’hier) lui confèrent une place à part, et de premier rang, dans les philosophes antimodernes.

Souhaitez-vous découvrir, à la suite de Jean-Marc Vivenza, la vision héroïque de ce penseur « mis à l’index » dans sa globalité par cette pensée mainstream / maelstrom qui manque profondément de nuance et de discernement. Ainsi, peut-être, parviendrez-vous à « rester debout », vaillamment, dans ce champ de ruines et de désolation...

* ses tentatives, nombreuses et appuyées, pour s’en rapprocher demeurent une tache indélébile dans son parcours.