Situation d'Ibn'Arabî au sein de la pensée musulmane

Denis Gril revient ici sur la Situation d'Ibn'Arabî au sein de la pensée musulmane. Ibn'Arabî insiste sur le caractère providentiel de son don d'écriture si prolixe. Pour l'auteur, l'oeuvre du maître est dépositaire d'une connaissance initiatique, ésotérique. Il s'agit d'une science des secrets qui ne peut être que "reçue". Ainsi l'oeuvre d'Ibn'Arabî est le résultat d'un parcours de vie et de son ouverture spirituelle. Elle est un mélange de la tradition soufie et d'un apport personnel qui font de sa doctrine de l'être et de sa cosmogonie une véritable science révélée d'une grande dimension en rapport avec les savoirs antérieurs.

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"Il faut lire, méditer Ibn'Arabî" nous dit l'auteur. La lecture de ces Futûhât est un apprentisage vivant, un processus de découverte de l'Esprit et de la présence divine, voire de méditation.
Son actualité peut nous permettre aujourd'hui de comprendre l'islam spirituel..  Exposé d'une durée de 46  minutes.ima ibn arabi futuhat relevations mecqueima ibn arabi futuhat relevations mecque

Extrait de la vidéo

Je dirais qu'il y a plusieurs manières d'appréhender l'œuvre d'Ibn Arabi, selon un peu la disposition d'esprit avec laquelle on l'aborde, et d'une certaine manière, cette différente façon d'aborder son œuvre fait partie aussi un peu de l'histoire de son œuvre, de son histoire récente en tout cas, mais j'essaierai donc d'arriver jusqu'à là. Dans ses différentes approches, on peut lui distinguer deux grandes tendances, l'une pour laquelle Ibn Arabi est avant tout un auteur inspiré, il ne cesse d'insister lui-même sur le caractère inspiré de son œuvre, il dit par exemple qu'il ne fait que tenir le qadam, ce n'est pas lui qui est le véritable auteur de ce qu'il écrit, donc il insiste sur ce caractère providentiel en ce qui concerne son œuvre et surtout sur son inspiration, qu'on peut qualifier de différentes manières, qui relève de celles que reçoivent les saints, et pour qui cette manière d'aborder l'œuvre d'Ibn Arabi fait qu'Ibn Arabi, de ce point de vue-là, exprime au fond le plus profond de la spiritualité musulmane dans sa dimension métaphysique, dans sa dimension initiatique, et tout un ensemble de connaissances ésotériques.

Pour ses lecteurs, qu'ils soient d'Orient ou d'Occident, l'inscription d'Ibn Arabi dans un contexte historique et dans l'évolution de la pensée et de la spiritualité musulmane apporte assez peu. Ibn Arabi est lu comme une autorité majeure, dont les enseignements pratiques et doctrinaux forment un tout et se suffisent à eux-mêmes, et effectivement, on peut très bien lire Ibn Arabi ainsi, c'est une nourriture suffisamment riche et pleine et totale, je dirais même, puisqu'elle embrasse tous les aspects de l'Islam, il y a donc de quoi, disons, retenir, enfin, admettre parfaitement cette attitude, qui considère Ibn Arabi comme il se définit lui-même, ceux qui projettent et en même temps reçoivent, donc, insistant sur ce caractère, disons, d'inspiration.

Cette attitude, c'est-à-dire de profond respect à l'égard de son œuvre, n'est en fait pas, en réalité, incompatible avec une autre vision, pour laquelle, aussi exceptionnelle que soit son œuvre, elle n'en est pas le moins le résultat d'une maturation, d'une maturation historique qui a ses antécédents et ses continuations. Elle est aussi le résultat d'un parcours de vie, bon, la vie a déjà été abordée, mais donc, comme on l'a dit, qui lui donne accès par le fathre, par l'ouverture spirituelle, le fathre qui se prolonge sous forme d'écriture dans les photohates, dans ses ouvertures, révélations, illumination, inspiration, mais quoi, ce que l'on voudra, donc, qui donne tout d'un coup aspect aux déréalités supérieures et créaturelles, à la fois aussi, si bien que son cheminement spirituel est plutôt une redescente qu'une ascension, contrairement à l'idée qu'on se peut faire en général, et de ce qu'est en général, effectivement, le soudouk, la voie initiatique en islam.

Si je dévoile quelque chose, c'est justement pour, non pas pour reprendre l'élément de sa vie, mais il est frappant que son premier maître, Ahmed El Houryabi, par exemple, son premier maître lui a enseigné l'immersion, on peut dire, dans la présence divine et dans le renoncement à tout sauf à Dieu, mais ce n'est que avec son deuxième maître, Soufel Koumi, qu'il entend pour la première fois parler de Tasawwuf, et bien qu'il était déjà prédisposé à recevoir, qu'il avait déjà reçu toute cette inspiration, il n'avait jamais, entendu parler de ce que nous appelons nous le soufisme.

Et donc, pour lui, la littérature du Tasawwuf a été une découverte, post-illumination, je dirais. Et c'est avec ce maître qu'il lit, donc pour la première fois, la Risala Khoshairia, une référence majeure du soufisme. Et de même, la formation, si vous voulez, dans la formation de l'Ibn Arabi dans toutes les autres sciences traditionnelles de l'Islam, va de même. En Andalouse, il a connu tout un ensemble de maîtres, dont certains, mais pas tous, certains étaient des gens très simples, d'autres des savants, et tout particulièrement des traditionnistes, des muhaddiths, donc des transmetteurs du hadith, et il n'a cessé d'ailleurs tout au long de sa vie de recueillir le hadith du prophète.

Et son attachement à la sauna prophétique tient d'une part à son lien privilégié, bien sûr, avec le prophète. Il se désigne lui-même de manière assez évidente, même si ça a été objet de débat, comme le sot de la sainteté muhammédienne, et ça tient aussi à sa propre doctrine, je dirais, en matière de jurisprudence, de fiqh, car l'Ibn Arabi est un faqih aussi, ce n'est pas qu'un soufi, il est aussi, et il a sa propre doctrine en matière de jurisprudence, qui doit en partie à l'influence par maître interposé d'Ibn Hazm, ce grand théologien et traditionniste, et même littérateur andalou.

Ibn Arabi lui vaut une grande vénération pour, non pas son aspect critique, mais au contraire, son attachement très strict à la sauna en matière de jurisprudence. Et il cite même dans les photorades, d'ailleurs, un extrait du Kitab al-Muhallab al-Afar, le livre d'Ibn Hazm en matière de jurisprudence. Ibn Arabi aussi avait composé un recueil de hadiths, au moins pour les premiers chapitres de fiqh, de toutes formes, où il n'était pas question de fiqh d'en parler, mais de hadiths.

Les hadiths al-arqam, c'est les hadiths qui définissent les statuts juridiques, dont il existe encore un volume autographe. Il est aussi d'ailleurs sur ce plan, j'insiste un peu sur l'aspect du fiqh, parce que, finalement, ce n'est pas la manière dont on voit en général Ibn Arabi. Or, c'est très important, je pense, pour comprendre la fonction et l'influence qu'il a pu avoir par la suite sur un très grand nombre de relâmas en Islam.

Un autre de ses ouvrages, le Kitab al-Mubashirat, l'annonce des bonnes nouvelles, où il relate ses rêves, les visions qu'il a eues des prophètes en rêve, concernent pour la plupart des questions de jurisprudence. Il interroge les prophètes sur telle et telle question de fiqh. Question, est-ce que Ibn Arabi, pour couvrir un peu le champ des sciences traditionnelles d'Islam, est-ce qu'Ibn Arabi a étudié la théologie spéculative, l'ilm al-kalam ?

Étude systématique, ce n'est pas très évident, mais en tout cas, c'est sûr qu'il le connaît très bien. Et qu'il renvoie souvent dos à dos les mortasilites et les asharites, ou donne parfois la préférence à l'opinion des uns par rapport aux autres, sans jamais, comme pour le fiqh d'ailleurs, s'enfermer dans une école particulière. La connaissance qu'Ibn Arabi, par ailleurs, a pu avoir de la philosophie, de la falsafa, cette philosophie d'inspiration grecque au départ, et plus généralement, la hikmah, cette sagesse véhicule, philosophie, mais aussi véhicule de tout un ensemble de connaissances cosmologiques, toute sa relation avec la philosophie, mais en général, reste un problème.

Il est sûr, on ne peut ne pas constater, qu'Ibn Arabi est celui qui a introduit dans la littérature de Tasawwuf

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