Des révélations sur les origines du Mahâyâna, Grand Véhicule

« L’histoire est façonnée par les vainqueurs » est un adage bien connu, et, malheureusement, bien souvent avéré. Est-ce à dire qu’elle est erronée ? Partielle et partiale répondront certains. Le livre de François-Marie Périer « La porte étroite et le grand véhicule ; des premiers chrétiens aux bodhisattvas », paru en 2017 au Mercure Dauphinois, constitue un séisme dans l’étude de l’histoire des religions. L’auteur y affirme, ni plus ni moins, que le christianisme, naissant, a influencé le bouddhisme, alors en pleine réforme (bouddhisme Mahâyâna, Grand Véhicule) au Ier siècle de notre ère.

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Les travaux de François-Marie Périer se placent à la suite de ceux d’Edward Conze et d’Elaine Pagels, mais aussi sur ses propres recherches, qu’il a effectuées en Inde.

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Bouddhisme Mahâyâna et christianisme : un même fondement idéologique, celui du salut universel, et, une même date de naissance. Coïncidence ? Vraiment ?

On sait qu’Alexandre le Grand est entré au Pakistan et en Inde du nord, (Gandhara et Cachemire), au IVème siècle avant notre ère. La présence de ses compagnons, favorisée sur la durée par la route de la soie a donné lieu à une hybridation culturelle extrêmement féconde dont subsiste, par exemple, l’art gréco-bouddhique. Un art qui s’expose, encore aujourd’hui, avec succès, de Paris à Pékin.

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Mais François Marie-Périer nous emmène bien au-delà des sculptures et des étoffes !

En effet, il nous interpelle avec force et conviction sur cette concomitance troublante, à la fois historique, géographique et religieuse, au Ier siècle de notre ère : avènement du christianisme /réforme du judaïsme, avènement du Mahâyâna /réforme du Hînayâna avec une perspective sotériologique (cf le Salut) de l’humanité entière analogue....

Un entretien assez bouleversant - renversant même ! - illuminé par la présence de Maitreya.... Les figures oubliées sont parfois les plus éternelles.

Extrait de la vidéo

Bonjour à tous, bienvenue sur Baglis TV. Aujourd'hui, nous allons présenter l'ouvrage suivant, La porte étroite et le grand véhicule de François-Marie Perrier, publié par le Mercure Dauphinois. Et dans cet ouvrage, François-Marie Perrier nous propose un voyage en Orient, en Occident, et sa thèse, c'est de dire que le christianisme a influencé le bouddhisme Mahayana, ce qui est une thèse défendue rarement, c'est peut-être même la première fois qu'il y aura un ouvrage qui défend cette thèse, et c'est ce que nous allons aborder avec lui aujourd'hui.

Bonjour François-Marie Perrier. Bonjour. Donc effectivement, c'est assez original comme thèse, parce qu'aujourd'hui le Mahayana, il y a une forme de mystère autour de son émergence. On a peut-être déjà trouvé des chercheurs qui ont défendu l'idée que ce serait le bouddhisme qui aurait défendu le christianisme, mais vous, c'est l'inverse.

Donc peut-être pour commencer, est-ce que vous pouvez nous dire où on en est aujourd'hui pour les recherches au niveau de l'origine du Mahayana ? Qu'est-ce qu'on en sait ? Qu'est-ce qu'on en dit ? La plupart des chercheurs sont d'accord pour dire que le Mahayana est apparu autour de l'an 0, certains dans les premières décennies de l'ère chrétienne, et d'autres légèrement avant Jésus-Christ.

Mais il n'y a, avant Jésus-Christ, aucun soutrat fondamental, tel que Soutrat du Lotus, Soutrat du Cœur, aucune iconographie représentant le Bouddha. Il n'y a pas la présence de Maitreya, ni de Tara, ou la Sagesse suprême, puisque c'est comme ça qu'elle apparaît pour la première fois. Cette idée de salut universel, il n'y a rien qui atteste cela. En revanche, dans les premières décennies de l'ère chrétienne, il y a toute cette floraison de Soutrat, d'iconographie, ce que j'appelle véritablement une révolution dans le bouddhisme Mahayana.

Alors donc aujourd'hui, comment les chercheurs expliquent cette émergence de toutes ces figures ? Est-ce qu'il y a des pistes proposées, ou on dit juste, voilà, c'est comme ça, et on ne sait pas ? Il y a un flou artistique. Certains disent que c'était déjà présent en germe chez certaines sectes du bouddhisme des origines, bon, c'est un terme générique, tels que Sarvastivadin ou l'Ema Sanghika.

Mais en réalité, quand on étudie ces formes de bouddhisme, tous les éléments que je viens de citer ne sont pas présents. Le terme Mahayana peut éventuellement apparaître, mais encore une fois, il n'y a aucune trace écrite de cela, c'est-à-dire qu'on le suppose. Et de la même façon, le terme Bodhisattva ne revêt absolument pas le même sens que dans le Mahayana, c'est-à-dire qu'on parle du Buddha Shakyamuni, de la carrière du Bodhisattva, c'est-à-dire de ses vies antérieures, avant de devenir le Bouddha historique.

Et on ne parle pas de cette multitude de Bodhisattvas que nous avons par la suite dans le grand véhicule. D'accord. Alors qu'est-ce qui vous a amené à supposer que le christianisme avait influencé la naissance du bouddhisme Mahayana ? Alors, c'était au cours du travail de recherche sur toute une constellation d'archétypes et de prophéties communes entre le monde indien, mais même ça va jusqu'au Japon, puisque évidemment le bouddhisme s'est mis au Japon, jusqu'aux terres celtiques, où je me suis intéressé aux textes, aux livres assez récents, c'est-à-dire au début du XXe siècle, pour faire simple, d'un voyage éventuel de Jésus en Inde.

Et sur ce point-là, je pense qu'aujourd'hui il est impossible de dire que le Christ a été en Inde. Il y avait le livre de Nikola Notovitch, la vie secrète de Jésus en Inde et au Cachemire, ou au Ladakh, je ne me rappelle plus le titre exact, ça c'est autour des premières années du XXe siècle. Du coup, je me suis intéressé à cette période supposée de la vie du Christ, et c'est là que je me suis rendu compte que le Mahayana était apparu au Cachemire, dans une ancienne partie du royaume d'Alexandre, les royaumes hindou-grec ou gréco-bouddhiste du Gandhara.

Et là, je me suis aussi souvenu de ce que j'avais trouvé dans un petit livre trouvé à l'Ashram de Sai Baba en 1992, j'avais fait un séjour chez ce grand gourou dans le sud de l'Inde, où j'étais tombé sur un livre intitulé « Christ in Cachemire » de Aziz Kashmiri, et dedans j'avais lu juste un tout petit passage de trois lignes d'un auteur s'appelant Nelson Bruckner, qui disait que selon les bouddhistes de cette région-là, le Christ et Avalokiteshvara étaient la même personne.

Mais je n'ai plus jamais retrouvé de traces concrètes de PDF de cet ouvrage, la citation de Bruckner. Mais par contre, lorsque je me suis mis à étudier l'origine du Mahayana, là je me suis rendu compte qu'effectivement, il était tout à fait contemporain du développement du christianisme au premier siècle après Jésus-Christ, avec des ressemblances bouleversantes entre les deux nouvelles spiritualités qui ont transformé d'un côté le judaïsme et de l'autre côté le bouddhisme des origines, avec l'idée d'un salut apporté à l'ensemble de l'humanité par la compassion, par le sacrifice, etc.

– D'accord, c'est vrai que ce qui est étonnant, vous avez mentionné la région du Gambara, l'extant de Le Grand, donc il y a déjà eu pas mal, enfin pas mal, tout est relatif, mais il y a eu quelques études sur la rencontre entre les grecs et les bouddhistes ou les hindous, mais c'est vrai que le christianisme a été rarement mis en avant, mis à part dans les ouvrages que vous venez de citer, d'ailleurs vous y consacrez un chapitre dans votre ouvrage, mais vous dites qu'en fait ce ne sont pas forcément des pistes très sérieuses, si je ne me trompe pas, donc vous, même si c'était votre point de départ, si je comprends bien dans votre réflexion, c'est pas non plus là-dessus que vous appuyez pour dire que le christianisme aurait effectivement influencé le bouddhisme ?

– Non absolument pas, c'est-à-dire que les ouvrages de Nikola Notovitch ou Swami Abedananda ou bien d'autres, un allemand dont le nom m'échappe, bref, ces ouvrages-là n'apportent pas d'éléments, on va dire, scientifiques, universitaires permettant de soutenir cela, donc ce que je dis en revanche, c'est que les premiers chrétiens sont allés très vite sur la route de la soie, de la même façon qu'ils sont allés très vite vers le sud de l'Inde par la route des épices, aujourd'hui on ne remet pas en question le fait que Thomas ou des disciples dès les premières décennies de l'ère chrétienne sont arrivés au Kerala, où on célèbre encore le rite siro-oriental anharaméen, à Cochin par exemple, donc ça c'est établi.

Et comment se ferait-il que sur cette autoroute des savoirs, des saveurs, du commerce qui était la route de la soie, les premiers chrétiens ne se seraient pas répandus et n'auraient pas rencontré d'autres spiritualités, compte tenu de l'extrême ressemblance que je défends entre le christianisme et le Mariana. Alors quelle méthode vous avez suivie ? Alors ça c'est effectivement très important, c'est très très important, aujourd'hui on est toujours plus dans la recherche universitaire, dans l'hyperspécialisation, et ça c'est une grande erreur, parce que l'être humain est complexe dans le sens d'Edgar Morin, qui d'ailleurs soutient mes recherches et souhaite qu'elles soient diffusées, donc je vous remercie beaucoup d'y participer.

Alors tout d'abord, la preuve irréfutable de la rencontre du monde grec hélénisé depuis Alexandre, on va dire de cette partie de l'Orient, et du monde indien, c'est l'art greco-bouddhiste, avec tous les bouddhistes sattva qui apparaissent à ce moment-là, Maitreya, Avalokiteshvara, la sagesse suprême, un peu plus tard, au cours des siècles.

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