Cordes-sur-Ciel et les églises gnostiques
Paul Sanda, poète et éditeur surréaliste, chevalier dans l’Ordre des palmes académiques, est également évêque gnostique dans plusieurs successions apostoliques. Citoyen cordais populaire et haut en couleurs, il nous présente ici le gnosticisme chrétien en général, en perspective d’un bouillonnement gnostique tout à fait endémique à Cordes-sur-Ciel (Tarn).
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Cordes-sur-Ciel est une bastide fondée en 1222 par le comte Raymond VII de Toulouse. Place stratégique dans la lutte entre les Occitans et les rois de France, elle compta jusqu’à ving-pour-cent de cathares avant leur extermination et le "nettoyage" du tristement célèbre Bernardo Guy.
Il reste aujourd’hui de ces époques 130 maisons romanes et 120 maisons gothiques marquant la préservation exceptionnelle de ce qui s’avère aujourd’hui l’un des plus beaux villages d’Europe… ainsi qu’un patrimoine spirituel très vivant, maintenant la tradition des cathares comme d’autres branches de la Gnose chrétienne.


Les Eglises gnostiques modernes, toutes issues, dans leur diversité, de successions apostoliques (évêques) légitimes, connaissent une efflorescence particulière à Cordes, où est situé le patriarcat historique de plusieurs d’entre-elles.
La Gnose chrétienne et la diversité de ses pratiques soulève des questions fondamentales pour la compréhension du christianisme d'aujourd’hui :
Existe-t-il une légitimité chrétienne en-dehors du dogme catholique romain ?
Le christianisme existe-t-il par delà le seul concept classique de "religion" ?
La Gnose chrétienne se veut un point de rencontre, au centre de la croix, entre d’une part l’horizontalité et la verticalité, et d’autre part les traditions mystiques issues des civilisations anciennes.
Les "paroisses gnostiques", qui excluent tout pouvoir temporel, situent leur travail comme une pratique non intellectuelle au centre de cette croix : le creuset où pousse la Rose.
Le travail de ces Eglises, et leur renaissance actuelle, annonce-t-il un renouveau dans la pensée chrétienne au XXIe siècle ?
Extrait de la vidéo
C'est une bastide du sud de l'Albigeois et qui a été fondée en 1222 par le comte de Toulouse, Raymond VII. Une ancienne bastide forte, place forte du combat de l'Occitanie contre le roi de France a été rasée à l'époque par Simon de Montfort, Saint-Marcel, à voile d'oiseau, 5 km, disons 10-15 km. Quand il y a eu une reconquête, Reconquista Occitane, le comte Raymond VII, le fils du comte de Toulouse Raymond VI, on s'est dit qu'il fallait rebâtir une place forte ici et donc elle a été bâtie en 1222 pour reconquérir un peu du territoire.
Alors Corde, c'est une cité forte, c'est un des plus beaux villages d'Europe, il y a un patrimoine énorme, on dit qu'il y a à peu près 130 maisons médiévales entièrement conservées et 120 maisons gothiques entièrement conservées. Bon, les chiffres sont à peu près ceux-là. Ça fait donc un ensemble architectural formidable qui donne une force. C'est un village de pierre perché qui ressemble un peu au Mont-Saint-Michel, en moins catholique parce qu'il n'est pas surmonté du Nabatial comme au Mont-Saint-Michel mais il est surmonté d'une tour de guée puisque nous sommes en pays cathare.
Au lieu d'être entouré de la mer, on est entouré de la terre mais on est quand même environ 100 mètres au-dessus du bas de la colline. Donc c'est vraiment un village perché, une bastide forte. Il faut savoir qu'ici au Moyen-Âge, il y a eu 5000 soldats mercenaires du roi d'Aragon qui étaient alloués au Contrémont pour défendre cette cité. 5000 soldats, donc ça donne une idée quand même de l'importance de l'endroit.
Il n'y a pas de château à cordes, c'est vraiment une forteresse toute entière, grande, qui est un village aujourd'hui peuplé de 1000 habitants. Cet endroit n'a jamais été réputé vraiment templier parce qu'il y avait une très grande commanderie pas loin, à Vaour, à quelques kilomètres d'ici. Donc voilà, c'était plutôt une cité cathare. Dès le début, il y avait environ quelque chose comme 10%, peut-être 20% de cathare dans en cordes, ce qui est assez énorme.
Donc il y a tout un tas d'histoires. Par exemple, il y a un puits au sommet de la ville qui fait 113,47 mètres. 113,47 mètres, c'est exactement la longueur de la cathédrale d'Albi, d'ailleurs, au centimètre près. Et là, c'est en verticalité.
Et les Cordais y ont jeté trois envoyés de l'Inquisition, ce qui a peut-être incité Inquisition à revenir plus en force. Et vous savez que Cordes a donc été converti par Bernard d'Auguis, le fameux inquisiteur, rendu célèbre peut-être par le film de Jean-Jacques Annaud. Cette cité est née au XIIIe siècle, en 1222. Elle s'inscrit dans un lieu qui était avant celtique.
Il y a eu des celtes dans la région et ensuite, bien sûr, des visigots. Pour le catharisme, depuis les Bogomils bulgares jusqu'en Espagne et tout le sud, a reçu les idées cathares sur les traces des visigots qui les précédaient. Je dis ça pour parler du fondement de la cité. Nous sommes ici à Cordes parce que nous devons annuellement, nous commémorons un massacre cathare qui eut lieu à Béziers en 1209, en juillet 1209, 21 juillet exactement.
Et depuis le 8e centenaire, c'est-à-dire en 2009, nous avons décidé de commémorer assez fréquemment, souvent, en tout cas au moins annuellement une fois, ce massacre, c'est-à-dire l'éradication de toute une cité pour cause de défense du catharisme. Pourquoi ? Parce que les cathares sont une branche des gnostiques, une branche tout à fait singulière, il est vrai. Les églises gnostiques ou la pensée gnostique se caractérisent par une diversité.
C'est-à-dire, contrairement à d'autres manières d'appréhender la circulation énergétique dans l'univers, les gnostiques ne cherchent pas la densité unique par une inféodation de toutes les idées dans le même sens, mais au contraire, cherchent à trouver une coincidencia oppositorum entre les opposés, c'est-à-dire une coïncidence intérieure entre la multiple diversité. C'est pour ça que les églises gnostiques peuvent tout à fait intégrer dans leur ritualisation des textes jugés comme apocryphes par d'autres, qui sont contradictoires avec des écrits canoniques par exemple.
Au contraire, les gnostiques trouvent que la vérité ou la gnose ne peut se trouver que dans la possibilité d'explorer toutes les pièces du puzzle, y compris si elles sont contradictoires, parce que c'est dans la contradiction qu'on va finir par trouver l'intériorité, c'est-à-dire un point sublime qui fait grandir, ça s'appelle la connaissance. Gnosis, la connaissance. Donc nous sommes là pour travailler à cette coïncidence.
Les églises gnostiques qui sont en intercommunion et qui travaillent ici dans le patriarcat historique de Corde, donc je vais venir après à pourquoi patriarcat historique, toutes ces églises ne travaillent pas ici sur une intellectualisation quelconque du phénomène de gnose ou de sa conceptualisation intellectuelle, mais cherchent à trouver intérieurement ce que signifie la naissance de la gnose en nous, c'est-à-dire finalement la gnose c'est quelque chose qui circule depuis la nuit des temps, on va dire dans la conception gnostique depuis Adam et Ève si vous voulez, depuis la chute, même avant, depuis la chute dans la matière d'une parcelle du divin, et cette gnose n'a pas à être conceptualisée.
Pour les églises gnostiques, c'est pour ça qu'elles s'appellent églises, c'est-à-dire nous travaillons sur quelque chose qui est de l'ordre du spirituel, du mystique si vous voulez, et certainement pas sur l'intellectualité. Donc le fait ce n'est pas de définir ou de donner une définition de la gnose, chacun pourra trouver la définition qui lui parle le plus en allant explorer multiples ouvrages diagnostiques ou pas d'ailleurs, parce que la gnose c'est surtout aussi s'intéresser à ce qui n'est pas elle, je parle en termes intellectuels, et donc par contre ce qui nous intéresse ici c'est de faire un travail sacerdotal, sacerdotal c'est-à-dire par le travail d'église, par la succession du prêtre, premier prêtre Melchisedec, nous tous, d'arriver à atteindre intérieurement cette coïncidence des opposés qui est une connaissance si ce n'est immanente, si ce n'est transcendante, en tout cas transcendante et immanente en même temps, c'est ça le point sublime.
Nous les gnostiques, notre point de vue est de dire que le point sublime, c'est-à-dire un état coïncident entre les opposés et si vous voulez une présence intérieure très forte comme si Dieu était en nous ou était rentré en nous et que nous trouvions suspendu entre un zénite et un nadir, suspendu spirituellement entre deux mondes avec la possibilité alchimiquement de construire un corps de gloire et de passer de l'autre côté du visible.
Ce point sublime peut être construit pour les gnostiques de beaucoup de manières différentes,