L’astrologie en Mésopotamie : les hommes et les dieux
Nous entamons ici, en compagnie de Denis Labouré, une trilogie consacrée à l’histoire de l’astrologie. Une série qui nous emmènera successivement sur les rives de la Mésopotamie (ce volet premier), de l’Egypte alexandrine (volet 2) puis de l’Inde (volet 3). Ce découpage, contrairement à ce qu’il pourrait laisser suggérer, suit une évolution chronologique et non géographique : l’histoire de l’astrologie, comme celle de l’architecture ou de la musique, se calque sur l’évolution de la pensée humaine, et, au fil des siècles, des données ont pu s’ajouter, se perdre, ou bien se créer...
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Revenir aux sources, à "l’état d’esprit derrière l’histoire", tel est le voyage auquel Denis Labouré nous invite.


N'en déplaise aux catholiques et protestants : les Rois mages étaient bel et bien astrologues !
Denis Labouré situe son étude entre -2.000 et -400 av. J.-C., ce qui correspond à la grande époque de Babylone, à la fin de l’époque sumérienne et avant l’essor de l’Egypte alexandrine. Une période au cours de laquelle Babylone a poursuivi, non seulement le développement de l’écriture cunéiforme, mais aussi classifié les observations célestes.
Savez-vous que si le cercle se décompose en 360 degrés, l’année en douze mois et le mois en trente jours, c’est grâce aux observations des astrologues de cette époque ?
Une époque où "astronomie et astrologie" ne formaient qu’une seule et même science (sacrée) et où guerriers, marchands, agriculteurs et rois, anticipaient les influences astrales afin de prendre les bonnes décisions, au bon moment.


Destinée ou fatalité ?
Denis Labouré évoquera la proto-représentation des douze signes du zodiaque, il décrira aussi la naissance d’une astrologie qui commence à s'éloigner du giron exclusif du collectif pour s'intéresser à l'astrologie individuelle.
Pour les anthropologues étudiant la conscience, sans doute trouveront-ils là les prémisses d’une émancipation de type prométhéen (Prométhée est le titan qui vola le feu aux Dieux pour le donner aux hommes). Puisqu’en travaillant son thème de naissance individuelle, l’homme est clairement invité à s’affranchir de ses programmations limitatives (fatalité) pour embrasser tout le champ de ses potentialités (destinée)…
"Initiation", avez-vous dit "initiation", Monsieur Labouré ? Comme c’est bizarre*...
* clin d’œil à la pièce de Jules Romain Knock, interprétée par Louis Jouvet, 1923. Une allusion qui n’a rien d'anecdotique puisque dans cette pièce, il y est question, toute-à-la-fois, de médecine, de superstitions et de Nosferatu !
Extrait de la vidéo
Connais-toi toi-même et tu connaîtras l'univers et les dieux. Cette devise bien connue, inscrite sur le fronton du temple de Delphes et reprise par Socrate, nous allons peut-être aujourd'hui la prendre à l'envers. Ou plus exactement, nous allons chercher à comprendre en quoi l'histoire de la lecture du ciel a son importance, non seulement pour nous comprendre, nous connaître nous-mêmes, au collectif, je dirais, en tant que civilisation humaine, mais aussi individuellement en tant qu'être humain.
Cette émission est la première d'une trilogie avec Denis Labouré, astrologue et historien de l'astrologie. Bonjour Denis. Bonjour. Au départ vous étiez spécialisé dans l'enseignement des enfants handicapés mentaux.
Ce fut mon premier métier. Et puis il y a 30 ans vous avez quitté l'éducation nationale pour ouvrir un cabinet d'astrologue et puis entre temps, je synthétise, parce que vous avez fait beaucoup de choses, vous avez fondé une école, vous oeuvrez aussi dans le domaine de l'édition et puis en ce moment vous êtes en master 2 de théologie. J'ai envie aussi de faire un petit clin d'œil qui contribue à symboliser qui vous êtes.
Vous avez passé un baccalauréat canonique à l'université pontificale Saint-Thomas d'Aquin de Rome. Alors à travers votre parcours, on pressent que ce qui vous anime allie univers, universalité, les astres, les divinités, en tout cas un lien fort avec les grandes traditions spirituelles, décryptage, pédagogie et histoire. Nous allons faire ensemble trois émissions sur l'histoire de l'astrologie par zone géographique.
Tout d'abord en Mésopotamie-Babylone, qui est la genèse du Zodiaque, puis en Égypte, on fera aussi quelques incartades en Grèce, et puis enfin en Inde. Alors la première question que j'ai envie de vous poser, c'est un pourquoi c'est important pour vous de connaître l'histoire de l'astrologie et pourquoi avoir choisi de structurer ces émissions par zone géographique ? Je pense que pour réellement comprendre l'astrologie, mais comme pour comprendre la musique ou l'architecture, il est bon de reconstituer le fil de la pensée, l'évolution de la pensée au fil des siècles.
Tout simplement parce que au fil des siècles un certain nombre de données ont pu être perdues, ont pu être modifiées, transformées. Il y a également eu de la création, mais il faut absolument revenir aux bases. Je vous donne un exemple très très simple. Quand vous regardez le cycle de la balance tel qu'il est utilisé par les astrologues, donc un demi-cercle avec une petite ligne horizontale et une autre ligne horizontale dessous, les astrologues s'imaginent souvent, en tout cas le public, que ça représente une ancienne balance.
Et pas du tout, à l'origine c'est un hiéroglyphe égyptien qui représente un soleil, demi-soleil se levant entre deux collines. Et quand on parvient comme ça à revenir aux sources, des finesses, des subtilités enrichissent non seulement le savoir de l'astrologue, mais la pratique également de l'astrologue. D'accord, vous m'aviez parlé aussi de l'état d'esprit qui était derrière l'histoire, comment ça s'est créé.
On va y venir. Je reviens à ma question, pourquoi c'est important de connaître cette histoire au-delà du symbole, au-delà de la finesse ? Qu'est-ce qu'on va apprendre sur nous, sur l'astrologie en connaissant l'histoire et peut-être son modelage à travers l'histoire ? Ce qu'on va en apprendre, en premier lieu, c'est qu'à une époque, l'époque actuelle où dans l'Europe nord-occidentale, le monde est désenchanté, où nous sommes face à une nature qui est simplement devenue un jeu de forces physiques, mais où tout l'enchantement a disparu, nous allons retrouver une époque où le ciel et le monde et l'univers avaient un sens, étaient porteurs d'un sens.
Et tout le problème des astrologues a toujours été non pas de découvrir quelles étaient les influences célestes physiques des astres sur l'homme, mais ce que le ciel voulait nous dire. Quand on parle d'astrologie, de astrone en grec, les astres, les points lumineux du ciel et logos, le discours, c'est le message des astres, c'est-à-dire que le ciel, l'univers est signifiant. Quand vous observez un tableau de Van Gogh et que vous êtes un spécialiste, même si c'est un bouquet de fleurs qui est représenté, vous apprenez quelque chose sur Van Gogh à travers le bouquet de fleurs.
Je pense que c'est là le fond même du travail de l'astrologue depuis l'origine, c'est-à-dire au vu du ciel, passer au-delà et comprendre quelque chose du sens dont il est le véhicule, dont il est porteur. D'accord, alors je reviens à ma deuxième question. Pourquoi est-ce que cette trilogie, vous avez choisi de la structurer par grandes zones géographiques ? C'est une commodité plutôt d'ailleurs chronologique que véritablement géographique.
Il se trouve que ça concorde à peu près, c'est-à-dire que les racines de notre astrologie se trouvent effectivement en Mésopotamie et de la Mésopotamie, elle rayonne vers l'Egypte d'Alexandrine et donc dans le monde qui parle grec à ce moment-là. Et de l'autre côté, déjà avec les Perses et puis déjà au VIe siècle avant Jésus-Christ, les premiers textes commencent à passer en Inde, qui va développer sa propre astrologie à sa manière.
Mais nous avons donc grosso modo entre 2000 avant Jésus-Christ et 400 avant Jésus-Christ, Babylone. Nous avons ensuite en gros de 400 avant Jésus-Christ, on va dire à 200 après l'Egypte Alexandrine. Et autour du premier-deuxième siècle, une astrologie telle que nous la connaissons se développe en Inde à partir d'outils astronomiques qui déjà étaient passés en Inde quelques siècles plus tôt. Donc ça correspond presque à une chronologie, même s'il y a bien sûr ensuite des interactions permanentes.
Pour cette émission, on va faire un focus sur Babylone, la Mésopotamie, peut-être même avec quelques incartades préalables sur Sumer. Et naturellement, la question qui peut se poser, c'est comment est-ce qu'on en est venu à faire un lien entre les astres et ce qui advient sur terre, tant au niveau collectif qu'au niveau individuel, même si c'est peut-être venu un peu plus tard pour le niveau individuel.
Comment s'est fait ce décodage ? Alors, nous reviendrons effectivement sur le niveau individuel, où les premiers thèmes documentés pour des individus sont de 410 avant Jésus-Christ. Et effectivement, il y a de nombreux siècles déjà que l'astrologie existe. Il y a plusieurs étapes.
La première étape, il faut bien se mettre dans la peau d'un homme de cette époque. Quand je dis de cette époque, nous sommes autour de 2000 ans avant Jésus-Christ, c'est-à-dire que nous sommes à une époque, c'est la fin de l'époque sumérienne, c'est le début de la période babylonienne. De Sumer, nous n'avons pas grand-chose,