Le Phénix, symbole de l’Œuvre au rouge 2/13

« Le pélican, symbole de l’Œuvre au blanc et de la Lune (Albedo) marque l’étape avant celle de l’accomplissement du Grand Œuvre, l’œuvre au Rouge, celle du Soleil (Rubedo) représentée par le Phénix » nous-dit Françoise Bonardel en introduction de ce second* volet. En effet, tel cet oiseau fabuleux, l’alchimie semble n’en jamais finir de mourir et de renaître sous des formes nouvelles qui en perpétuent l’esprit. 

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Déconsidéré par le rationalisme des Temps modernes qui n’y voyait qu’une « chimie archaïque », cet art traditionnel a en effet suscité dès la fin du XIX° siècle un regain d’intérêt tant du point de vue scientifique qu’artistique et psychologique. Rappelons que la psychologie (1879) et les sciences humaines en général étaient alors en train de naître. 

Albedo, oeuvre au blanc, et Rubedo, oeuvre au Rouge

L’art d’Hermès est illustré par une iconographie d'une grande richesse : Michael Maier, Dom Pernety

Partiellement réhabilité en tant que phénomène de culture étayé par une riche et mystérieuse iconographie, l’Art d’Hermès connut alors un renouveau qui suscita la désapprobation des alchimistes opératifs considérant qu’il n’y a pas d’alchimie véritable sans travail au fourneau. Qu’est-ce donc en vérité que l’alchimie, si tant est qu’on puisse ramener à l’unité l’ensemble des pratiques, des symboles et des mythes propres à cet étrange univers dont René Alleau disait qu’il est « à la fois subjectif et objectif, imaginaire et réel, spirituel et matériel » (Alchimie) ?

« L’alchimie n’est pas un stade archaïque de l’esprit humain, pas un stade grossier de l’esprit humain mais une tradition immémorielle »

Placée en Occident sous le signe d'Hermès, l’alchimie a emprunté à l’hermétisme antique (Corpus hermeticum) une vision qu’on dirait aujourd’hui « holistique » du cosmos, et une philosophie de la nature respectueuse des trois règnes (minéral, végétal, animal) au regard desquels l’homme est appelé à se comporter en gardien et non en prédateur. 
Mais l’alchimie va plus loin puisqu’elle ambitionne d’accomplir les desseins secrets de la Nature et de parachever la Création, immature ou déchue. Associant travail sur la matière et spéculations d’ordre spirituel, l’alchimie demeure une énigme tant au regard des sciences que des philosophies et religions dont elle constitue souvent le noyau secret. Les alchimistes chrétiens qui voyaient dans le Grand Œuvre un « don de Dieu » assimilaient d’ailleurs le Christ et la Pierre philosophale (Lapis-Christus)… 

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Exposé tiré du séminaire « L’Alchimie : mort et résurrection d’un mythe, d’une philosophie et d’une pratique » qui s'est tenu à Vézelay en décembre 2022.

Liste des films :
Volet 1 : L’Alchimie : mort et résurrection d’un mythe, d’une philosophie et d’une pratique, introduction
Volet 2 : Le phénix symbole de l’Œuvre au rouge
Volet 3 : Les alchimistes sont fils d’Hermès
Volet 4 : Les trois mondes et trois noms d’Hermès
Volet 5 : Le cosmos, une réalité vivante pour les alchimistes
Volet 6 : Hermétisme antique et alchimie occidentale : quelle filiation ?
Volet 7 : De ton poison tu as extrait un baume : symbolique de l’Ouroboros
Volet 8 : Le Rosaire des Philosophes
Volet 9 : L’Œuvre du Soleil
Volet 10 : Psychologie et alchimie : l’individuation jungienne est-elle une transmutation ?
Volet 11 : Quête du Soi et quête de la Pierre Philosophale
Volet 12 : Art et alchimie, un lien entre macrocosme et microcosme
Volet 13 : L’alchimie, un art de cultiver la vie

Merci à la Libraire L'or des Etoiles, Vézelay, pour son accueil et organisation. 

Extrait de la vidéo

Donc nous allons revenir maintenant sur le phénix, nous intéresser de plus près à cet oiseau fabuleux qui est le symbole de l'opération alchimique. Alors vous allez voir pourquoi j'estime nécessaire d'y revenir, pour essayer de comprendre véritablement ce qui se joue à travers la mort et la résurrection du phénix et pourquoi le phénix alchimique n'est pas tout à fait le phénix ordinaire, le phénix qui est déjà extraordinaire en soi, mais le phénix disons païen entre guillemets, c'est à dire celui dont nous parlent les grecs et les romains.

Alors c'est pour ça que j'ai sélectionné deux textes qui se redoublent, qui redoublent un petit peu, qui racontent un peu la même histoire. Le texte d'Hérodote et celui d'Ovide. Dans le texte d'Hérodote, il est question du père du phénix, du père et du fils. En fait il faut comprendre qu'il s'agit tout simplement du phénix ancien qui joue le rôle du père et du phénix nouveau, celui qui est rené, qui joue celui du fils.

Mais il ne s'agit pas d'un père réel et d'un fils réel, c'est une image bien sûr. Alors, lisons ensemble le texte 2 qui nous dit ceci. Ces êtres, il parle d'êtres qui viennent de citer précédemment, ces êtres cependant tirent leur origine d'autres êtres. Il n'en est qu'un, un oiseau qui se régénère et se reproduit lui-même.

Les Assyriens le nomment le phénix. Ce n'est pas de graines et d'herbes qu'il vit, mais des larmes de l'encens et du sucre de l'ammonie. Quand il a achevé les cinq siècles de son existence, aussitôt, sur les branches et la cime d'un palmier que balance le vent, de ses griffes et de son bec que rien ne souilla, il se construit un nid. Après y avoir étendu une couche de cannelle, de brindilles de nard aux douces odeurs, de morceaux de cinam, alors là on pense que c'est la cannelle, mêlé de myres fauves, il s'y place et achève sa vie enveloppée de parfums.

Alors, dit-on, un petit phénix destiné à vivre un nombre égal d'années, renaît du corps de son père. Vous voyez là aussi l'image du père qui revient. Quand avec l'âge il a pris des forces et qu'il est capable de porter un fardeau, il allège du poids de son nid les branches du grand arbre et pieusement, il emporte ce nid qui fut son berceau et la tombe de son père et une fois arrivé à travers les airs légers dans la ville d'Hypérion, il le dépose devant les portes sacrées au temple d'Hypérion.

Alors Hypérion, qui était Hypérion ? Dans la mythologie grecque, Hypérion est le fils d'Ouranos et de Gaïa, la terre, dont le fils du ciel et de la terre, comme par hasard. Fils du ciel et de la terre, c'est un titan et il est lui-même le père du soleil, d'Hélios, et de la lune, Sélénée, et de l'aurore, Éos. C'est-à-dire qu'en fait, même la mythologie grecque rassemble ici des éléments que vont reprendre les alchimistes.

Le soleil, la lune, l'aurore, il y a un certain nombre de traités alchimiques qui vont s'intituler Aurora Consurgence, le lever de l'aurore, et on voit déjà là les germes de ce qui va devenir le mythe du phénix dans la tradition alchimique. Alors qu'est-ce qu'on relève de ce texte ? Que le phénix est un oiseau qui n'apparaît, qui ne devient visible que tous les 500 ans. Je ne vois pas de signification symbolique particulière au fait que ce soit 500 et pas 600.

C'est simplement ce que ça dit, c'est que son apparition, qui va rendre visible sa mort et sa résurrection, est rare. Dans la tradition bouddhique, on dit aussi qu'il y a une fleur, la fleur du miroblanc, qui ne fleurit que chaque fois qu'un Bouddha apparaît dans une ère. C'est-à-dire, là aussi, c'est très rare, parfois 3 ou 4 000 ans. Donc, si vous voulez, l'apparition du phénix, sa mort et sa résurrection, c'est un phénomène d'une rareté extrême, à l'image de ce qu'est va devenir la pierre, l'apparition de la pierre aussi, la pierre philosophale.

C'est un animal, c'est un oiseau qui est symboliquement lié au soleil, et d'ailleurs qui va dédier au fils du soleil et de la lune son nid, qui a été son tombeau et son berceau. Voilà, ça c'est ce qui apparaît. Donc, ce qui apparaît, c'est la forte symbolique solaire, surtout solaire plus encore que lunaire, liée à l'image du phénix. Le fait aussi que sa mort et sa résurrection sont liés à la construction d'un nid d'une forme et d'une qualité particulière.

C'est un nid, je ne dirais pas simplement, il n'est pas confortable, il est odorant. C'est un ensemble de senteurs qui elles aussi évoquent la rareté. Donc nous avons là un oiseau qui symbolise à la fois l'énergie solaire, la force de résurrection liée au soleil et accessoirement à la lune, si on se rapporte à l'origine d'Hypérion, et puis la rareté, la singularité de par son émergence tous les 500 ans.

Alors voilà ce que nous disaient les grecs. Que va devenir le mythe du phénix chez les alchimistes ? Qu'est-ce qu'ils y ajoutent et de quoi s'inspirent-ils ? Alors nous trouvons chez Dom Pernetti, toujours dans le dictionnaire mytho-hermétique, mais aussi un autre ouvrage de Dom Pernetti qui s'intitule Les fables égyptiennes et grecques dévoilées.

A peu près la même époque, milieu du 18e siècle. Voilà ce que dit Dom Pernetti du phénix. Oiseau fabuleux consacré au soleil. Les égyptiens feignent que cet oiseau était rouge, qu'il était unique dans le monde, et que tous les 100 ans, c'est plus 500, il venait dans la ville du soleil, donc Héliopolis en Égypte, où il se fabriquait un tombeau d'aromates, il mettait le feu, il renaissait de ses cendres.

Le phénix n'est autre que le soufre rouge des philosophes. Vous voyez que là on s'achemine vers une interprétation plus spécifiquement alchimique qui met l'accent sur la symbolique solaire, plus encore que chez les grecs, sur les aromates, bien sûr, qui accompagnent cette mort et cette résurrection, et sur le fait que le phénix symbolise le soufre rouge. Autrement dit, il est porteur, cet oiseau,

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