Itsuo Tsuda, philosophe du Ki
"La respiration, d'après mon expérience, est le fondement même de l'aïkido. Par respiration, je ne parle pas d'une simple opération biochimique. La respiration c'est à la fois vitalité, action, amour, communion, mouvement. La respiration c'est l'alternance de KA, inspiration et MI, expiration. KA MI c'est Dieu. Dieu, c'est la respiration suprême. C'est une révélation que m'a donnée Me Ueshiba de concevoir Dieu de cette façon, de pouvoir "réaliser Dieu" par la respiration…" nous-dit Itsuo Tsuda
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Qui était Maitre Itsuo Tsuda, philosophe du Ki, esprit indépendant et libre penseur?
Né en 1914 dans une famille de samouraïs devenus capitaines d’industrie, Itsuo se révolte à l’âge de seize ans contre le destin tout tracé auquel son père voulait le soumettre. Il quitte sa famille et vagabonde à la recherche de la liberté. Ses premiers pas le conduisèrent vers le Théâtre Nô.
Vers trente ans, il commence l’apprentissage du Seïtaï avec Maître Noguchi. Une formation qui dure une vingtaine d’années. Il a quarante-cinq ans quand il rencontre Maître Ueshiba, le fondateur de l’Aïkido, dont il sera l’élève jusqu’à la mort de celui-ci en 1969.


"Depuis le jour où j'ai eu la révélation du "ki ", du souffle (j'avais alors plus de quarante ans), le désir ne cessait de grandir en moi d'exprimer l'inexprimable, de communiquer l'incommunicable."
Il fonde à Paris, dans les années 70, un groupe de pratique de l’aïkido et du katsugen undo : le mouvement régénérateur. Depuis cette époque, son enseignement s’est perpétué. Pour rendre hommage à Itsuo Tsuda, qui nous a quitté en 1984 à Paris, Jocelin Morisson a convié Anne Biadi Imhof et Xavier Binot. Tous deux œuvrent à la diffusion de la philosophie pratique d'Itsuo Tsuda regroupant l'Aïkido et le Katsugen Undo.
Extrait de la vidéo
Oui, bonsoir à tous et merci de nous rejoindre pour cette nouvelle émission sur Salamandro TV. Avec les moyens techniques de Bagliss TV ce soir, on va parler d'un personnage tout à fait singulier, tout à fait original. Il s'agit de Hitsuo Tsuda, qui était donc quelqu'un qui est né en 1914 et qui est mort en 1924, qu'on a appelé le philosophe du ki, un esprit indépendant et libre-pensant comme on l'a titré cette émission.
C'est quelqu'un de très particulier parce qu'il représente une sorte de pont entre l'Orient et l'Occident. Il était de culture japonaise, né en Corée, et il a étudié, il a fait ses humanités comme on dit en France, il a étudié notamment l'anthropologie, il a étudié aussi la culture chinoise avec des grands penseurs. On va y revenir et pour parler de ce parcours, parce que c'est quelqu'un qui a fait aussi des arts martiaux avec le maître Ueshiba notamment, qui s'est intéressé et qui a donné naissance à plusieurs types de pratiques, à des voies, et pour en parler ce soir, on a deux personnes qui représentent justement cet héritage aujourd'hui de Tsuda, qui sont Anne Biady, qui représente l'école de la respiration.
Vous pouvez vous présenter en quelques mots ? Donc oui, je représente l'école de la respiration, une association qui a maintenant plus de 30 ans, qui va bientôt fêter ses 40 ans, et qui, bon, moi je suis dans cette association depuis 1978, et j'ai croisé Tsuda dans mes recherches sur, j'avais commencé l'Aïkido sur quelque chose qui avait parlé de Tsuda, et puis un jour, j'ai souhaité rencontrer ce personnage, et on m'avait dit, eh bien, il pratique à 6h30 le matin, si vous croisez un vieux japonais avec des charantesses dans le métro à 6h du matin, c'est sans doute lui, suivez-le, et c'est comme ça que je l'ai croisé.
Parfait, alors vous allez nous raconter ça plus en détail, je vous présente tout de même notre deuxième invité, donc qui est Xavier Binot, qui représente une école d'Aïkido et de mouvements régénérateurs, c'est ça, à Toulouse ? Oui, enfin, je ne représente pas une école, je pratique… Vous pratiquez au sein d'une école ? Au sein d'une association à Toulouse. D'accord, très bien, et vous êtes membre, bien sûr, de cette association ?
Oui, absolument. Alors, qu'est-ce que vous pouvez nous dire d'un peu plus complet éventuellement sur vous, avant qu'on entre dans les détails de votre rencontre de cette voie ? Alors, moi j'ai commencé l'Aïkido en 1970, chez un élève de Maître Nocquet, vous verrez c'est important un peu plus tard, je vous expliquerai pourquoi, et il y a deux amis qui m'ont dit, tiens, il y a un Japonais qui fait de l'Aïkido le dimanche matin ou samedi matin dans la banlieue parisienne, donc j'y suis allé, et je ne sais pas pourquoi je suis resté, mais j'étais accroché, eux sont partis, moi je suis resté, j'ai fait de l'Aïkido depuis.
Très bien. Alors oui, on va rentrer un peu plus dans ce parcours de vie assez étonnant, avant d'en venir à vos pratiques respectives, à tous les deux, donc il faut tout de même raconter un petit peu la vie de Tsuda, qui était, je le disais, un personnage assez original, assez singulier, on a parlé de lui aussi comme le philosophe du Ki, et ça en soi c'est déjà une forme d'antinomie quelque part, parce que le Ki c'est ce fameux concept oriental qu'on retrouve dans les arts martiaux, bien entendu, qui est lié au souffle, à l'énergie, mais qui est une notion qui n'a pas vraiment d'équivalent en Occident, alors qu'on parle de philosophie, et là la philosophie c'est l'approche bien sûr occidentale, on a une espèce de contradiction tout simplement en apparence, donc c'est quelqu'un qui a fait effectivement une formation, et qui a suivi notamment l'enseignement à la Sorbonne de grands maîtres comme Marcel Granet qui était un grand sinologue, et Marcel Mauss bien sûr, qu'on considère comme le père de l'anthropologie française, et donc en fait, je redis qu'il est né en 1914, il se fâche avec son père quand il est assez jeune, à 16 ans il part vagabonder, et ensuite après s'être réconcilié, c'est là qu'il se met à voyager vers l'âge de 20 ans, qu'il vient en France notamment, qu'il suit ses cours, et qu'il reste en France jusqu'en 1940, si je ne m'abuse, ensuite il est mobilisé, il doit retourner au Japon, et là, après la guerre, il va notamment faire l'apprentissage du théâtre Noh, avec le maître Osada, alors vous allez nous dire en quoi consiste le théâtre Noh, c'est quelque chose de très particulier, très lié à la culture japonaise bien sûr, mais je continue son parcours, parce qu'ensuite il fait une formation qui dure une vingtaine d'années avec maître Nobushi, donc à une formation à ce qu'on appelle le Seitai, qui est une médecine non conventionnelle qui donne ensuite naissance au mouvement régénérateur, d'après ce que j'ai compris, vous avez précisé tout ça, c'est une médecine qui est fondée sur les capacités d'auto-guérison du corps, donc il étudie ça pendant de nombreuses années, il s'agit donc, en ce qui concerne le mouvement régénérateur, vous allez en parler bien sûr plus en détail, on peut dire simplement qu'il s'agit d'une suspension momentanée du système volontaire, c'est comme ça qu'on le présente parfois, et ensuite donc Tsuda continue son parcours, et rencontre, alors qu'il a 45 ans, maître Ueshiba, qui est le fondateur bien sûr de l'Aïkido, grande figure des arts martiaux japonais, et il restera l'élève de maître Ueshiba jusqu'à la mort de celui-ci en 1969, et depuis qu'il a cette révélation du ki, du souffle, alors il explique que le désir n'a cessé de grandir en lui, d'exprimer l'inexprimable, de communiquer l'incommunicable, et c'est comme ça qu'il a fondé également l'école de la respiration, dont Anne, vous êtes la présidente.
Alors, est-ce que vous pouvez nous dire un peu plus en détail comment vous avez rencontré cet enseignement, cette voie, cette pratique, est-ce que c'est venu par les arts martiaux ou est-ce que c'est venu plutôt par la philosophie, par les sciences humaines ? Non, je suis arrivé à l'école de la respiration à travers l'Aïkido. D'accord, vous l'avez défendu. Et là, j'ai mis un petit moment à me mettre au mouvement régénérateur, mais c'est venu quand même très vite, et ce qui m'a vraiment paru fondamental, c'est ce travail que l'on comprenait mal à l'époque, mais qui est le ki, et l'approche du ki à travers l'expérience de la respiration, parce que Tsuda a beaucoup parlé du ki, mais il n'a pas voulu, justement, vu une dérésonnance un peu trop ésotérique souvent dans notre civilisation, il a préféré donner à son association le nom d'école de la respiration pour donner à chacun une entrée plus, on dirait presque plus naturelle, plus familière, mais qui rejoint tout à fait la dimension du ki, la respiration sur laquelle on travaille, la respiration dont parle Tsuda va bien au-delà de la respiration biologique, c'est une approche du ki,