Le chant comme voie de retour au sacré

Joseph Rowe et Catherine Braslavsky: une brillante collaboration qui évoque une Méditerranée sacrée, une harmonie entre le Féminin et Masculin.
Les chants, de l’antiquité au Moyen-Age jusqu'aujourd’hui, ce lien, du Moyen Orient à l’Afrique du Nord et à l’Europe.

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Connus pour des concerts comme "Tonnerre, Esprit Parfait", cette époustouflante invocation en copte antique retrouvée en 1945 à Nag Hammadi, tout comme "le Logion" (Parole) de Jésus, de l’Evangile de Thomas; ainsi que les chants grégoriens, chants d’Hildegarde de Bingen.

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"Nous avons un besoin vital de nous relier à la vérité vivante intérieur et extérieur c’est le vrai sens du mot religion souvent perdu par les institutions religieuses, c’est aussi le sens le plus noble de la musique, nous faire contacter ensemble un plus haut niveau d’harmonie et le manifester par la voix et le rythme". Ce manifeste, Catherine Braslavsky chanteuse et compositrice spécialisée dans le chant grégorien, médiéval et de Hildegarde de Bingen, le porte haut et fort avec son complice, le musicien Joseph Rowe qui fait le pont entre Orient et Occident.

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Dans cet entretien polyphonique, mené par Florence Quentin, ils reviennent tous deux sur leur collaboration musicale et spirituelle. Pour eux, la musique a perdu son sens sacré mais nous pouvons le retrouver grâce à un travail sur le souffle et sur la voix. "L’art doit servir à quelque chose de plus haut que lui même." Le musicien et la chanteuse évoquent aussi leur intérêt pour les textes apocryphes découverts en 1945 à Nag Hammadi (Égypte) en particulier l’Évangile de Thomas "d’une qualité éblouissante" à leurs yeux. C’est ainsi qu’ils ont mis en musique "Tonnerre, esprit parfait" dont l’origine prend racine dans le culte dans la grande mère Isis et dont on peut entendre l’interprétation ici.

Extrait de la vidéo

... Catherine Bravkasky, Joseph Roe. Bonjour, Catherine vous êtes compositrice et chanteuse. Vous avez apporté 6 ans au Chœur Harmonique de David Huyckx, spécialiste du chant grégorien, du chant médiéval et de Hildegard de Bingen.

Vous avez également étudié la musique indienne, les musiques antiques, on va le voir, et vous avez fait le lien et le pont entre ces musiques d'Occident et d'Orient, médiévales et antiques, un retour à l'antiquité, et le chant judéo-espagnol. Joseph Roe, vous avez étudié la musique ou des percussions, on y reviendra aux Etats-Unis avec le soufi nubien Hamza Heldin. Et durant de longs séjours en Afrique et au Brésil, vous avez joué avec des groupes congolais marocains, soufis, et enfin avec des percussionnistes et guérisseurs afro-brésiliens.

Aujourd'hui, vous travaillez comme compositeur, musicien, et aussi comme musicothérapeute, on va le voir également. Alors, ensemble vous avez enregistré plusieurs disques, notamment Hildegard de Bingen, Le mariage du ciel et de la terre, de Jérusalem à Cordoue, Chartres, chez Jade, et Catherine, plus particulièrement, votre dernier disque, je crois, Le royaume, musique sacrée de l'antiquité à nos jours, que vous avez composée et interprétée, chez Jade également.

Alors Catherine, on va commencer par vous, honneur à la chanteuse. Comment êtes-vous venue de votre formation initiale, du chant harmonique au chant médiéval et à Hildegard de Bingen ? Alors en fait, ça s'est passé un petit peu à l'envers, c'est-à-dire que j'ai été intéressée par la composition, à composer et puis à l'improvisation, et cela m'a amenée au chant médiéval en fait. J'ai commencé comme ça.

Ce qui m'intéressait depuis toujours, c'était de composer quand même, une musique actuelle. Mais on m'avait dit qu'on improvisait au Moyen-Âge, alors je suis allée étudier les musiques du Moyen-Âge, qui m'ont fascinée, je dois dire. Donc là, l'entrée dans un nouveau domaine, tout à fait, puisque je venais plutôt de la musique classique ou de la chanson, comme tout le monde, j'allais dire. J'ai fait la rencontre de David Aix, trois ans après ce début.

Ça déjà, ça a été une première, on va dire, porte vers un chant sacré d'aujourd'hui, puisque c'est ce qu'on pratiquait avec David et le Chœur Harmonique. Et je me suis dit, ah bon, ça va être possible de composer une musique sacrée d'aujourd'hui. Et puis j'ai continué ma formation en chant médiéval en fait. Donc j'ai continué pendant des années, tout en commençant à composer moi-même.

Donc tout ça se passait un peu en parallèle, et le médiéval, et le Chant Harmonique, et mes compositions. Voilà, et petit à petit, ça a fait que, puisque j'ai rencontré Joseph quelques années après, après, évidemment, il y a eu une synergie à nous deux, qui a mené à notre musique plus particulièrement. À vos formations et à de très beaux disques. Donc Joseph, vous avez une formation de musicien, on va dire classique, si je puis dire.

J'ai commencé avec la guitare classique. Avec la guitare classique. Et Flamenca. Et la rencontre avec ce soufi, qui est donc ce Nubien remarquable, c'est-à-dire Hamza Heldin.

Est-ce que ça a été décisif pour vous, cette rencontre ? Il jouait du Oud ? Du Oud. Et là, il chantait.

Il avait un mariage de la voix et du Oud, de l'instrument, comme je n'avais jamais entendu. Même jusqu'à aujourd'hui, je ne connais personne d'autre qui a ce mariage d'instrument et voix. Et aussi un mariage de l'Afrique et du Moyen-Orient. Et pour moi, on est devenus amis, proches, avec les années.

Et pour moi, c'était non seulement Ima. C'était une grande influence musicale, mais c'était une toute autre approche de la musique. Une approche beaucoup plus spirituelle. Et beaucoup plus ancrée dans le corps et les sensations.

Et il m'a fait comprendre que mon jeu était trop dans les doigts et dans la tête, et pas assez dans le cœur. Pour un soufi, c'était normal ? Oui. Et est-ce qu'il vous a sensibilisé à ce qui était, on va dire, la dimension spirituelle du soufisme ?

Tout à fait, oui. Bien avant Hamza, j'étais fasciné par les dervishes, les voyages dans le Maghreb. Et j'ai fréquenté, avec les années, même après Hamza, des diverses groupes de dervishes. Je ne dis pas que je suis dervish.

Hamza m'a dit une fois qu'un vrai soufi ne dit jamais qu'il est soufi. Mais ces exercices que j'ai appris avec ces gens m'ont énormément influencé, ils ont changé ma vie. Les exercices qu'on appelle le zikr. Est-ce que vous pouvez dire ce que c'est que le zikr ?

Cette danse un peu extatique ? Ça peut être ça, ou ça peut être quelque chose de beaucoup plus simple. Une simple respiration rythmique et en chant. Oui, il y a beaucoup, beaucoup de zikr.

Il y a beaucoup de sortes de soufis aussi. Ceux avec qui j'étais pour la plupart étaient très ouverts et n'étaient pas du tout contre ce que j'utilise. Je développe moi-même ces exercices musicalement. Et par le corps ?

Oui. Ça serait la différence entre votre formation classique, on va dire, de guitariste classique, et cette dimension d'appréhension de la musique par le corps. Tout à fait. Alors que vous avez aussi retrouvé en Afrique, au Congo j'imagine, et avec les guérisseurs afro-brésiliens.

Alors ça c'est intéressant. Quel type de travail vous avez fait avec ces guérisseurs afro-brésiliens ? Oui, ça m'a beaucoup touché aussi du point de vue musical. Parce que ces gens avec leur...

Je crois qu'en français quand on dit syncrétisme c'est un peu péjoratif. Oui, ça peut. C'est dommage parce que chez eux ce mélange, ce syncrétisme est une très belle chose des éléments de christianisme et des religions yoruba d'Afrique. Cangoblé et tout ça.

Et de portugais. Et c'est un mariage très harmonieux avec une liturgie d'une qualité extraordinaire qu'on trouve rarement dans les religions aujourd'hui. Et c'est une liturgie récente, je suppose, relativement récente. C'est-à-dire, ça ne peut pas avoir plus qu'un siècle, deux siècles.

Et encore ils reçoivent des compositions. Mais personne prétend composer ces chants. Ça vient des orishas. Les orishas c'est à peu près la même chose que l'élohim en hébreu.

C'est une sorte de pluralité divine des anges, encore, je ne sais pas. Peu importe, ils croient recevoir ça en trance. Et les tambours génèrent la trance. Il y a des médiums qui parlent et tout ça.

C'est évidemment fascinant. Mais pour moi, ma participation à ça, c'était la musique, l'aspect musical que j'ai appris là, qui m'a vraiment bouleversé, m'a enrichi énormément.

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