Des Arts libéraux aux figures sonores

Les philosophes de l’Antiquité étaient des hommes pleins de bon sens. La philosophie était pour eux, avant tout, un outil destiné à se perfectionner, mener une vie meilleure et comprendre les lois qui les entouraient. Cette approche, que l’on peut qualifier de pratique - et opérative – notamment au regard d’une philosophie moderne devenue éminemment conceptuelle et spéculative - leur faisait penser que puisque l’univers entier est proportionné, équilibré, il y a nécessairement une puissance, une intelligence derrière cet ordonnancement….

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« Dès lors, comment peut-on croire un seul instant que tout cela ne serait que le fruit du hasard ? Un jouet posé dans le vide ? » nous-demande Patrick Crispini, avec une pointe d’ironie, valant comme « pic » adressé à tous les nihilistes modernes, que le refus de la métaphysique a éloigné de ces champs de compréhension.

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Héraclite affirmait « la nature aime à se voiler » et Pythagore se déclarait « ami des choses cachées de la nature… »

Ainsi, depuis plus de deux mille cinq cents ans, existe-t-il deux voies, diamétralement opposées, d’approcher la Nature. La première, dite « prométhéenne » est mesurée, scientifique. C’est elle qui instille en l’homme l’ambition de soumettre cette nature, de la gouverner, quitte à négliger ses mystères et ignorer sa véritable Nature.

La seconde, qualifiée d’« orphique » se situe sur un plan essentiellement intelligible, poétique et allégorique. Si elle parvient à lever une partie des voiles entourant ses mystères, et par-là même coopérer avec elle en bonne intelligence, elle doit en revanche abandonner toute velléité de pouvoir et de domination. La Nature dont nous parlons ici se nomme Amour et Harmonie : à l’instar du son d’une harpe, il se donne mais ne se prend point.

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De l’Intelligence (Trivium) à la Connaissance (Quadrivium) : les Arts libéraux mènent à cette compréhension du Tout.

Pour Patrick Crispini, « l’harmonie résulte toujours d’un accord issu des contraires ». Une voie médiane, donc, basée sur l’observation, l'écoute, et qui unit le monde tangible à l’intelligible : Platon et Aristote marchant côte à côte.

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A partir de différentes recherches contemporaines (Lauterwasser, Chaldini) ou plus anciennes (Raphael et la fameuse fresque de l’Ecole d’Athènes), il nous démontre ici, exemples à l'appui, comment sons et vibrations unissent mathématiques et philosophie.

Une démarche qui rappelle celle de l’Art Total et qui, sur un plan plus concret, et via ces vibrations, parvient à unir non seulement notre intellect à notre corps physique, mais aussi à le relier à des sphères plus subtiles : « faire entrer, dans notre compréhension très restreinte, une cosmologie très vaste …. »

Extrait de la vidéo

Alors, un exemple que je voudrais aussi vous montrer, c'est une forme musicale, ça va vous paraître peut-être technique, mais en fait, vous verrez que vous comprenez ça très très bien, très vite, une des formes les plus importantes de la musique classique bien entendu, mais on la retrouve dans la chanson populaire, c'est la forme trinitaire, A-B-A, voilà, c'est une forme qui est très très classique, c'est souvent d'ailleurs comme ça que sont construits aussi dans la poésie, les sonnets, les balades, c'est-à-dire avec une forme A qui exprime une certaine valeur, ensuite une forme B qui est une variation, on ouvre le champ et puis on revient au point de départ, c'est une forme, on pourrait presque biologiquement parler, et moi j'en ai parlé avec un médecin il n'y a pas longtemps qui travaille sur ces questions de biologie moléculaire, qui me disait que cette forme tripartite qu'on retrouve dans beaucoup d'éléments artistiques est une forme tout simplement issue de l'expression vitale, c'est-à-dire que c'est une évolution normale des paramètres qui permettent à une forme de vie de s'exprimer, et donc la musique n'a pas échappé à ça, et notamment une des formes les plus évoluées de la musique, les plus savantes, on l'appelle la forme sonate.

Alors n'ayez pas peur, je ne vais pas vous faire un court solfège, ce n'est pas ça de n'ayez pas peur, comme disait un certain pape, mais je vais essayer de vous expliquer ça très très simplement. En fait la forme sonate c'est ce qu'on a trouvé de mieux dans la tradition musicale pour exprimer ce que je viens de vous dire, une forme complètement fermée, achevée, qui a sa propre cohérence, qui est parfaitement équilibrée, qui est totalement autonome.

Alors en quoi elle consiste ? Ce dont je vous parle c'est pratiquement, il y a 106 symphonies de Haydn, c'est pratiquement toutes les symphonies de Haydn, c'est toutes les symphonies de Beethoven, c'est toutes les symphonies de Brahms, c'est une grande partie des symphonies de Bruckner, une très grande partie des symphonies de Mahler, enfin bref, je pourrais citer pratiquement toute la musique. Tous les compositeurs ont traité cette forme, avec des manières différentes naturellement.

La forme consiste à introduire un thème, quand il n'y a qu'un thème, on appelle ça une forme sonate monothématique, c'est le nom qu'on donne, quand le thème est double, c'est-à-dire un contrepoids, ça peut être que si vous énoncez un thème très doux comme premier thème, vous aurez tendance à donner comme deuxième thème un thème de compétition, un thème de rivalité, qui sera plus nerveux, ou si le premier thème étant majeur, assez gai, le deuxième thème sera plutôt mineur, enfin vous avez deux thèmes qui vont rentrer en dialogue en quelque sorte, voire parfois en compétition, donc ça veut dire une sonate bithématique.

Et on expose ces deux thèmes, on va comme selon ce que je vous ai dit tout à l'heure de la tonique à la dominante, on expose ces deux thèmes ou ce thème comme ça, puis ensuite on revient au point de départ et on recommence, on expose de nouveau le même thème jusqu'à la dominante. Toute cette période dont je viens de parler s'appelle l'exposition, c'est l'exposition. Une fois qu'on a fait ça, que l'oreille s'est habituée, parce qu'il faut voir aussi des choses physiologiquement, il ne faut pas seulement les voir intellectuellement.

Physiologiquement, on a eu le temps d'assimiler les thèmes, on a eu le temps de s'installer dans la tonalité dans laquelle le compositeur nous a mis, par exemple Mozart, Sol mineur, on a le temps d'entendre ce sol mineur, il vous imprègne, on entend les deux thèmes, on les entend deux fois puisqu'on fait une reprise, puis ensuite on va entrer dans la deuxième partie, la partie B, qu'on appelle le développement.

Dans le développement, on va reprendre ces petites cellules du début, mais on va les développer comme le nom l'indique, c'est-à-dire qu'on va, en quelque sorte, jouer avec ces thèmes. On va prendre la cellule telle qu'elle est, soit on va la citer intégralement, soit on va en prendre un petit bout, alors ça c'est la grande spécialité par exemple d'un homme comme Beethoven qui détestait le formalisme et qui est une sorte d'anarchiste de la forme, et alors quand il développe une forme, en général, c'est comme s'il mettait une petite bombe à l'intérieur, c'est-à-dire qu'au début il va la donner entièrement, puis après il va la réduire, il va la couper en morceaux, il va donner plus que deux petits thèmes, et puis il va dire, moi ça ne me suffit pas d'un seul thème, je vais en rajouter un autre, donc arrive un troisième thème qui est né du premier.

Vous voyez, il y a toute une alchimie, on peut en player le mot, de développement, et ce développement est fait comment ? Si on parle maintenant uniquement de musique théorique, eh bien il est fait de modulation, donc on change de tonalité, on bouge, on bouge, on voyage, et puis on va faire cette balade jusqu'au moment où arrive un moment où le développement a trouvé sa plénitude, ça peut durer plus ou moins longtemps, par exemple chez Mahler, Symphonie de Mahler, un développement, cette partie de développement, elle peut durer 25 minutes, chez Mozart ça va durer 6 minutes, 8 minutes, ça dépend, ça dépend de l'époque, ça dépend du style, de beaucoup de choses, et puis quand on a fini ce développement, eh bien on revient au point de départ, c'est ce que je vous disais toujours, l'oreille humaine a besoin de retomber sur ses pattes, et donc on revient vers la tonalité initiale, et on appelle ça comment ?

La réexposition, voilà, et donc exposition, développement, réexposition, tonalité, j'ai dit sol mineur, ensuite ré-dominante, voyage, voyage, plein de tonalités, puis finalement retour à sol qui nous met ce qu'on appelle une coda, la fin, la queue, la fin de la pièce, et pratiquement toutes les symphonies sont conçues sur ce modèle. Vous voyez, par exemple, voilà un petit schéma qui vous explique ça, vous avez le premier thème qui est, on a pris un cas théorique, le premier thème est en do majeur, ensuite le deuxième thème est en sol majeur, donc c'est deux tonalités différentes, et ensuite, donc dans l'exposition, le premier thème est exposé en do majeur, puis ensuite le deuxième thème en sol majeur, on fait, vous voyez les deux petites barres avec les deux points, ça veut dire d'accapo, ça veut dire on recommence, on rejoue ça une deuxième fois, puis ensuite on arrive dans la partie jaune, c'est-à-dire le développement, donc les modulations, alors là on n'a pas écrit de détails parce que ça peut être très très très développé, et puis finalement on revient à la réexposition, donc on redonne le thème qui était au départ en do majeur, on le redonne de nouveau en do majeur, et puis le deuxième thème, lui, en do majeur, parce que c'est ça l'harmonie finale, c'est qu'il faut que tout revienne en équilibre à la fin.

Vous voyez, c'est toujours le même sujet dont je vous parle. Ce principe-là, il est bien évident qu'on le retrouve également dans d'autres choses, par exemple, rappelez-vous quand vous avez fait, scolairement parlant, rappelez-vous vous avez fait une dissertation par exemple, je ne sais pas si vous vous souvenez de cette belle époque, on vous demandait de faire des dissertations, mais qu'est-ce qu'on vous demandait ?

On vous demandait rien d'autre, on exposait une thématique, une phrase, un sujet à traiter, enfin bref, quelque

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