Solve et Coagula : la vision comme creuset alchimique 5/15

« Il faut sauver les phénomènes ! » affirmait le philosophe allemand Edmund Husserl, père et unificateur de la phénoménologie, un courant philosophique majeur du début du siècle dernier, dont la volonté était de systématiser quasi scientifiquement les rapports de l’homme au monde et d’identifier les principes qui président à toute manifestation, tout phénomène. Etudier la place de homme dans son environnement, l’envisager comme, à la fois, sujet et objet, réceptacle et émetteur, nous sommes à un pas du Monde Imaginal cher à Henry Corbin et aussi du creuset des alchimistes.

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Un pas que Françoise Bonardel nous invite à effectuer, mais avec prudence, discernement et méthodologie. 

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« Ecoutons ce que les visions ont à nous dire ! » Psychologie, médecine, et médecine de l’âme tour à tour convoquées.

Avant d’aborder la question des phénomènes, Françoise Bonardel sonde tout d’abord la place de l’Image - « icone » en grec - ses différentes typologies et sa réception, extrêmement variable, dans l’évolution des civilisations : antiquité grecque, moyen-âge chrétien, Islam shî’ite et sunnite. En exergue : « la qualité de celui, ou celle, qui regarde », et le danger de l’idolâtrie.
Après l’image, elle creusera la place et reconnaissance de « l’imagination » et des « visions » dans ces mêmes sociétés.

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Images, imagination et vision : trio insécable et navettes entre le monde sensible et intelligible.

Entre la fin du moyen-âge et les prémisses de la révolution industrielle, l’imagination fut souvent réduite à « une esthétisation qui ne nous apporte aucune connaissance vraie » (Pascal, XVIIe) ou encore surnommée « la folle du logis » (Malebranche, XVIIe).

Mais avec l’essor de la Naturphilosophie, du romantisme, considéré ici non pas comme une posture intellectuelle ou artistique mais bien une science de l’être, accompagné du développement de la psychologie : ce dénigrement a pris fin. Au grand dam, sans doute, des matérialistes obtus.

Quelle prise en compte, quelle réceptivité, quel statut donner à l’expérience visionnaire ? Françoise Bonardel défend, à la suite de son amie et consoeur espagnole Victoria Cirlot (cf. entretien sur notre site), l’adoption d’une « méthode phénoménologique » qu’elle nous explique ici.

Un sujet passionnant, qui, bien que ses racines soient très anciennes, demeure totalement actuel : la vie de l’âme, cet espace « intermédiaire » où les images sont des supports animés, et où « l’expérience visionnaire peut se déployer et donner le meilleur d’elle-même… » 

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Liste des films, séminaire intitulé "Expérience visionnaire et transformation intérieure" donné à Vézelay par Françoise Bonardel, en décembre 2019 .

Volet 1 : Introduction au séminaire « Expérience visionnaire et transformation intérieure » 1/15
Volet 2 : Jung, Dürer et Paul : trois expériences visionnaires, ou quand la conscience se sépare du corps 2/15
Volet 3 : Le visionnaire : un témoin, un médiateur 3/15
Volet 4 : Voir c’est savoir : quand la vue devient vision 4/15
Volet 5 : Solve et Coagula : la vision comme creuset entre calcination et sublimation 5/15
Volet 6 : Asclépios, quand la vision de Dieu était médecine 6/15
Volet 7 : Les visions d’Abraham, Moïse et Daniel 7/15
Volet 8 : Les visions d’Isaïe et d’Ézéchiel 8/15
Volet 9 : La mystique chrétienne, une compréhension des secrets de la révélation 9/15
Volet 10 : Sainte Thérèse d’Avila, quand la contemplation se conjugue à l’action 10/15
Volet 11 : Hildegarde de Bingen, ou quand la Connaissance devient intérieure 11/15
Volet 12 : Art visionnaire et iconographie alchimique 12/15
Volet 13 : Point sublime et surréalité, une frontière pour nos sens ordinaires ? 13/15
Volet 14 : Arts visionnaire et psychédélique : vers une connaissance « intégrale » ?  14/15
Volet 15 : Visions, intuition et individuation jungienne 15/15

Merci à la Libraire L'or des Etoiles, Vézelay, pour son accueil et organisation.

Extrait de la vidéo

C'est une image chrétienne, c'est l'échelle de Jean Climacq. Si vous voulez trouver une image qui représente l'ascension telle que la métaphysique la conçoit, vous n'en trouvez pas. À défaut, j'ai une image de Jean Climacq qui représente l'ascension de la métaphysique. C'est une image de Jean Climacq qui représente l'ascension de la métaphysique.

C'est une image de Jean Climacq qui représente l'ascension de la métaphysique. C'est une image de Jean Climacq qui représente l'ascension de la métaphysique. C'est une image de Jean Climacq qui représente l'ascension de la métaphysique. C'est une image de Jean Climacq qui représente l'ascension de la métaphysique.

C'est une image de Jean Climacq qui représente l'ascension de la métaphysique. C'est pas une question de châtiment, mais c'est tout simplement qu'on n'y arrive pas. C'est tout simplement que si vous n'avez pas l'aptitude à vous détacher des images dans ce qu'elles ont de plus grossier, vous ne pouvez pas continuer cette ascension vers ce que Platon nomme l'au-delà de l'essence, le souverain bien, etc.

Donc voilà, c'est à défaut une évocation de ce qu'est la métaphysique, c'est-à-dire en tant que trajet ascensionnel vers cet au-delà de l'image. Ça n'a pas d'autre prétention que d'être une évocation. En tout cas, c'est dans cette perspective que j'ai choisi donc ce petit texte de Plotin dans Les Zénéades. « Voyez les hommes, lorsque la contemplation s'affaiblit entre eux, ils passent à l'action qui est une ombre de la contemplation et de la raison.

Incapables de se livrer à la contemplation à cause de la faiblesse de leurs âmes, ils ne peuvent assez saisir les objets et se remplir de leurs vues. Ils désirent pourtant les voir et ils cherchent par l'action à voir par les yeux ce qu'ils ne peuvent voir par l'intelligence. Oui, lorsqu'ils fabriquent un objet, c'est qu'ils veulent le voir et lorsqu'ils se proposent d'agir autant qu'ils le peuvent, c'est qu'ils veulent le faire voir et le faire sentir aux autres.

» Ce que dit Plotin dans ce texte, c'est qu'au fond, l'action n'est qu'un succédané de la contemplation. Quand on n'est pas capable de contempler, on agit. Je pense que c'est facile de trouver dans l'activisme contemporain, par exemple, la preuve qu'effectivement la dimension contemplative de la vie a cédé le pas à ce que nous observons constamment autour de nous qui illustre parfaitement ce que dit Plotin ici.

Je voulais vous parler brièvement des Gnostiques. Parmi ces écoles antiques qui ont renouvelé d'une certaine façon la question justement de la contemplation. Dans quelle mesure donc la Gnose, les Gnostiques ont-ils apporté des éléments de réflexion nouveaux à ce que les philosophes grecs avaient pour leur part pensé ? La Gnose vient du mot grec « gnosis » qui signifie « connaissance ».

Mais il se trouve que, déjà chez Platon, mais surtout dans les écoles qui se sont développées au début de l'ère chrétienne, dans les premiers siècles de l'ère chrétienne, la notion de Gnose a pris une signification très particulière, à savoir qu'il ne s'agit pas simplement d'une connaissance théorique ou même d'une connaissance de type contemplatif, mais il s'agit d'une connaissance qui sauve, qui sauve, qui délivre.

Pourquoi ? Parce que l'âme justement, et c'est pour cela que je faisais la relation avec le mythe platonicien, parce que l'âme aspire à être délivrée. Dans la mesure où elle est tombée à la suite d'un récit compliqué dont je vous épargne les détails, l'âme est tombée en ce monde où elle se sent prisonnière, exilée, etc. Ce sont les grands thèmes de la littérature gnostique sur ce sujet.

Les gnostiques sont ceux qui ont reçu cette connaissance ou qui sont capables d'accéder à ce type de connaissances. Par conséquent, toute une littérature s'est développée, comme je vous le disais, aux premiers siècles de l'ère chrétienne, en marge du christianisme, alors que la plupart des gnostiques étaient chrétiens, mais en marge du christianisme et ont proposé une autre lecture, en particulier du rôle du sauveur et de la personnalité du Christ.

Mon propos est modeste, il s'agit simplement d'essayer de comprendre en quoi la gnose a apporté certains éléments qui peuvent nous intéresser par rapport à l'expérience visionnaire. D'une part, les gnostiques se font une image du monde, des sphères célestes, du plérome par rapport à ces sphères célestes, très compliquée, qui est variable selon les systèmes d'ailleurs, mais une image, je dirais, qui permet à chacun de visualiser l'ensemble, l'ordre du monde dans lequel il se situe, ce qui veut dire que pour le gnostique, la vision d'ensemble du monde, des sphères célestes et de la position du plérome par rapport à ces sphères célestes est absolument indispensable à son émancipation.

Il y a une cosmologie gnostique dont la vision, la compréhension est nécessaire à la libération. Mieux on réalisera à quel point le monde est un cachot et à quel point ce cachot se situe dans un ensemble très vaste et très complexe, sept sphères célestes, l'aube d'Oade, puis le plérome qui lui-même est composé de pères, déons, au nombre de trente, etc. Ce qui est à comprendre, c'est que la vision de cet ensemble organisé est en fait nécessaire à l'intelligence de sa propre situation.

Autrement dit, si vous ne réalisez pas que vous êtes dans un cachot au milieu d'un ensemble cosmique extrêmement contraignant d'une part et libérateur, si vous savez vous en échapper, vous ne parviendrez pas à la libération. Donc il y a une cosmologie qu'il est important de connaître. Le deuxième point, c'est que la littérature gnostique, et c'est ça qui a beaucoup choqué les pères de l'Église d'ailleurs, entre autres, cette littérature gnostique est chargée d'images.

C'est une littérature qui fait une place énorme à l'imagination créatrice. Et d'ailleurs, les pères de l'Église disaient, mais enfin comment peut-on accorder crédit à des gens qui fabriquent chacun de leur côté leur récit cosmologique et qui inventent des fables, etc. Donc il y a une grande liberté créatrice, très grande.

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