Jésus dans l'exégèse mystique du Coran

Conférence filmée lors de la 4ème journée Henry Corbin, organisée par l'Association des Amis de Henry et Stella Corbin. Pierre Lory explore ici la place de Jésus dans le Coran et l'histoire des prophètes destinés à livrer des révélations primordiales sur l'humanité. Revenant sur son rôle eschatologique, il le présente comme "le signe de la dernière heure", puisque Jésus doit revenir à la fin des temps, et le symbole de l'ascension mystique, puisqu'il doit ressusciter les morts. 

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Jésus apparaît donc comme celui qui met au jour le coeur nouveau de l'homme, soit celui qui rend visible la dimension spirituelle de l'être pouvant être acquise ici-bas, dès à présent.

Extrait de la vidéo

J'avais parlé de Jésus, de Jésus et de Marie d'ailleurs, dans l'exégèse mystique du Coran.

Je voudrais m'attarder sur la figure de Jésus dans le Coran parce que c'est une figure qui est très singulière.

Vous savez que le Coran raconte l'histoire de plusieurs grandes figures prophétiques qui précèdent Mohammed.

Il est longuement question d'Abraham, de Moïse et de beaucoup d'autres prophètes aussi.

Ces grands prophètes sont censés avoir eu un rôle dans l'histoire sacrale de l'humanité, d'apporter une nouvelle loi et la révélation primordiale de l'humanité.

Dans le cas d'Abraham, on voit tout à fait dans les récits coraniques quel a été son rôle.

Il s'adresse à un milieu polythéiste, païen et il lutte contre l'idolâtrie de toutes ses forces.

Dans le cas de Moïse également, il arrache sa communauté à la vie en Égypte et il fonde véritablement une nouvelle communauté, il affirme la loi.

Dans le cas de Jésus par contre, le rôle prophétique de Jésus dans la révélation coranique est beaucoup moins clair.

Il est dit dans le Coran que Jésus est venu réformer la loi de Moïse, réformer la Torah.

Mais on ne sait pas très bien quoi, on ne sait pas très bien ce qu'il était venu réformer.

D'après une indication du verset 50 de la troisième Sourate, il semble que le Coran présume qu'il est venu réformer des interdictions alimentaires, alléger des interdictions alimentaires.

Le grand commentateur Tavary au Xe siècle suggère qu'à partir de traditions antérieures, il est pu s'agir de certaines viandes qui étaient interdites dans la loi de Moïse et qui sont devenues licites, ou de certaines graisses comme le saindoux, ou de certaines espèces de poissons.

Quoi qu'il en soit, vous voyez qu'il ne s'agit pas d'un ajout véritablement fondamental par rapport à la loi de Moïse.

Il n'est pas question non plus de la prédication de saint Paul à propos du rapport entre la lettre et l'esprit.

Cela pose question, qu'est-ce que Jésus, qu'est-ce qu'il sens la prédication de Jésus ?

En outre, toutes ces traditions concernant la figure du fils de Marie, et rapportées dans les grands commentaires du Coran, racontent que Jésus a prêché en tout et pour tout trois ans, et ajoutent que finalement cette prédication, interrompue brusquement et de façon inexpliquée par l'ascension de Jésus au ciel, a apporté beaucoup de dégâts dans l'histoire de l'humanité.

Bien sûr, les commentateurs Tabari et Razzi, plus tard au XIIe siècle, racontent toutes les traditions.

Les ennemis de Jésus ont voulu le crucifier, et finalement, par intervention divine, un sosie a été substitué à la place de Jésus, a été crucifié à la place de Jésus, et Jésus lui-même a été enlevé au ciel, un dieu au ciel, en tout cas Dieu l'a rappelé, l'a élevé auprès de lui.

Ceci dit, ajoute Razzi, on voit bien qu'il y a eu un problème après, puisque d'une part, une partie du peuple de Jésus a été maudit pour ne pas avoir reconnu sa mission prophétique, et une autre partie le sera également pour l'avoir divinisé.

C'est cette situation assez dramatique qui est mise dans la bouche de Marie elle-même, Sura 19, verset 23, il est dit que Marie, au moment où elle allait accoucher, va se réfugier dans le désert, et le verset dit, au moment de l'accouchement, elle alla sous un palmier, et se dit, que ne suis-je morte avant cela, et que ne suis-je totalement oubliée.

Donc, Marie exprime une profonde souffrance, un profond désespoir, que certains exégetes attribuent à sa solitude, à sa possible malédiction, ou tout simplement à la douleur de l'accouchement.

Mais d'autres, comme Razzi, comme Kurtobide, suggèrent qu'au fond, elle était déjà, en quelque sorte, consciente de la malédiction qu'elle allait apporter au monde.

Le fils qu'elle allait avoir serait un signe de Dieu, mais serait un signe de Dieu incompris, et que donc, elle allait attirer le châtiment de Dieu sur ceux qui refuseraient son fils, comme sur ceux qui, au contraire, exagèreraient et le diviniseraient.

Et, de ce point de vue-là, elle préférait donc, elle-même, être anéantie.

Cette question exégétique est posée par ce verset coranique, de façon générale, par la mission de Jésus.

Le Coran ne répond pas à cette question, ou du moins, suggère une réponse, celui de l'horizon eschatologique.

Il y a un verset du Coran qui affirme que Jésus est un signe de l'heure, de l'heure dernière, de la fin des temps.

Et il existe, en effet, de nombreuses traditions, en général, transmis sous la forme de hadiths, disant que Jésus n'est pas mort, il a été appelé auprès de Dieu, il reviendra à la fin des temps.

Et donc, on peut supposer que la raison d'être de la mission de Jésus est, au fond, liée à la fin des temps, et se découvrira à la fin des temps.

Cependant, il y a aussi une autre série d'explications que l'on trouve dans les commentaires mystiques du Coran.

Et donc, c'est ceci que je vais interroger.

Il s'agit d'auteurs qui ont commenté le Coran en considérant que chaque verset du Coran s'adresse directement à l'âme de celui qui le lit.

Le Coran a un sens littéral que l'on reconnaît, éventuellement un sens historique que l'on reconnaît, mais il vient là pour faire éclore un sens dans le cœur de celui qui le médite.

S'il est dit, par exemple, que Moïse est monté au sommet du Mont Sinai, c'est un fait historique, mais en même temps, c'est un symbole de l'ascension mystique.

Et donc, la question de Jésus est éclairée, me semble-t-il, dans cette littérature mystique qui a l'avantage, disons, d'accepter le paradoxe, d'accepter la contradiction, et aussi d'accepter une certaine forme d'eschatologie, comme nous allons le voir.

L'argument que je voudrais avancer ici, au fond, c'est que le rôle de Jésus, à la lumière de ces commentaires-là, n'est pas d'avoir été tellement un prophète législateur.

Son rôle est plutôt de l'ordre de la Wallaïa, de la sainteté.

Le mot Wallaïa, ici, je ne l'entends pas du tout dans le sens du chiisme, mais dans le sens sunnite, qu'on rend plus ou moins mal par le mot sainteté, c'est-à-dire l'amitié divine.

Dans la prophétologie musulmane sunnite dont je vais parler, tout prophète est aussi, en même temps, un saint, un Walli.

Et ce que je pense, c'est qu'ici, dans la personne de Jésus, c'est le rôle de sainteté prophétique qui est mis en avant beaucoup plus que son rôle législateur.

Je vais juste donner comme exemple quelques versets, pas beaucoup, et d'abord des versets concernant Marie, parce que Marie et Jésus font corps, en quelque sorte, et les promesses faites à Marie, et à la mère de Marie, comme on va le voir, sont véritablement la promesse d'un homme nouveau.

C'est une nouvelle forme d'humanité.

Premier verset, c'est le verset 35 de la 3e surate, lorsque la femme d'Haremran, c'est-à-dire la mère de Marie, celle que la tradition chrétienne appelle Anne, donc la mère de Marie, dit « Seigneur, j'ai fait vœu, j'ai voué à toi ce qu'il y a en mon ventre, accepte-le de moi, car toi, tu es le très-audient et le très-voyant ».

Alors, le terme par lequel elle dit « je voue à toi exclusivement », le terme arabe est très intéressant, « moharrar ».

D'après les premiers commentateurs du Coran, signifie « voué exclusivement au service du Temple ».

Ils affirment donc à l'époque, au Temple de Jérusalem, certaines personnes étaient vouées depuis leur enfance au service du Temple, mais que bien sûr, il ne pouvait s'agir que d'hommes et non de femmes, en raison de leur impureté cyclique.

Ainsi, le commentateur du Coran insinue qu'il pouvait s'agir ici d'une ruse de la part de la mère de Marie pour obtenir un garçon.

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