Mystique et poésie. De la révolte à La Tendresse intacte

Instituteur, poète et depuis 1996 prêtre de l’Eglise Orthodoxe de France : Bernard Jakobiak a connu pendant la première partie de sa vie la révolte…

"Dans le vide, quand la seule possibilité de jouissance semble être le risque de mort, le poème arrive. A ce moment-là, la révélation s’impose : Le Poème Existe ! … 

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Véritable Révélation car la vie triomphe le temps du poème, et à ce moment précis : le poète se prend pour un Dieu".

Bernard Jakobiak a connu ce sentiment d’extase prométhéenne, qu’il qualifie lui-même de "fanatisme poétique"…

Pourtant, grâce à un long parcours spirituel, et le soutien de sa femme Cécile, il est parvenu à surmonter ce sentiment de révolte. Il a atteint un niveau de conscience qu’il nomme « la Tendresse intacte ».

Bernard Jakobiak mystiquesurréalisme abellio

Souhaitez-vous à sa suite tenter d’expérimenter cette voie qui illustre magistralement l’aphorisme de Raymond Abellio (évoqué lors de la table ronde "Assomption de l’Europe" mise en ligne lundi dernier) : "S’indigner soulage les nerfs mais ne nourrit pas l’esprit" ?

Pensez-vous, comme nous, que tout travail initiatique, créatif ou purement mental, s’il ne s’effectue pas sous les hospices de la Tempérance et de l’humilité n’aboutit au mieux qu'à l’infatuation de l’Ego et au pire, à la folie ?

Réponses de Bernard Jakobiak dans cet exposé de 33 minutes filmé à l’Université du Mirail (Toulouse) lors du colloque "Mystique, littérature et arts de la représentation du XIXème siècle à nos jours" organisé par Lydie Parisse.

Extrait de la vidéo

Vous êtes poète, plusieurs de vos recueils sont publiés, encore disponibles, je cite par exemple l'Enterré-Vivre qui a obtenu le Prix Moronka. La Tendresse Intacte, Le Jour en Flamme, alors vous êtes également prêtre de l'église orthodoxe de France depuis 1996 et nous allons vous écouter ce matin à propos de mystique et poésie, de la révolte à la tendresse intacte. Merci de faire venir un poète, si je suis poète, parce qu'on ne peut jamais dire je suis poète, n'est-ce pas ?

Mais comme j'étais sensible à tout ce qui a été dit et que d'autre part je suis tout à fait en ce moment dans la tendresse intacte, je vais quand même commencer par la révolte qui a été mon attitude pendant des années. Et ce que je pourrais dire pour commencer, c'est que soudain dans le vide, quand la seule possibilité possible de jouissance semble être le risque de mort, eh bien le poème arrive et à ce moment-là la révélation est le poème existe.

Et c'est une véritable révélation, la vie triomphe le temps du poème. Et à ce moment-là le poète se prend pour un dieu, ou presque. Se prenant pour un dieu, il pratique ce qu'on pourrait appeler le fanatisme poétique. J'ai connu cela et je vais vous en donner des échos en vous lisant quelques passages.

C'était dans Je 1, à une époque où tel quel voulait en revenir à une rhétorique objective. Me voilà, j'arrive. J'ai très peu changé. Le même feu couvre, plus fort, plus lucide, c'est dire plus fermé.

Me voilà là. Mais pour venir à toi, ce n'est pas franchir les terres, les mers, la parcimonie du temps qui nous reste, ou le mur du fric. Le plus difficile c'est, près de toi, tout près, à n'en plus finir les fumées des livres. J'ai le nez barbare.

J'en ai reniflé des pages. J'ai tendu l'oreille, comme on m'a appris. J'ai même loué le veston cravate, la haute noblesse d'accueillir tout bruit. Pardon, tout murmure.

Mais les cloches de Pâques, des chevaux rasiats, la roche, l'espace, l'éclat, Martel me tendent, un trapèze, sautent. Le pieu funambule non plus, n'étais-moi. Le doute tue. La raison gironde, le monde petit.

Gaiement fort, je charge ma part. Goutte aux petits plats, pense à autre chose. C'est que, gronde, gronde, ici, hors du monde, en dessous, muet, le torrent soleil intérieur portait. Certains l'ont vécu.

Comettes, dans ma voie lactée, les autres jamais, jamais ne parviennent. Un pilon de bronze, une natrèche, les plats de l'ancienne inaliénable terre, les taches muettes des couleurs brutes, comme la chair sans sa joaillerie, me rendent le poids des jours supportables. Une sève monte, nomade je ris, respire. Les murs s'aèrent, pris, à peine pris.

Oui, je viens de la révolte. Ceci a été écrit, il y a longtemps, en 1965, et j'en suis sorti. Et comment parler d'un tel parcours ? Il faudrait entendre tous les poèmes qui jalonnent cette sortie, et qui l'ont permis, et puis qui en ont témoigné.

La poésie, elle, risque toujours de s'enfermer en une idéologie, en un idéalisme. Quand la poésie devient idéologie, la mort triomphe. Mais le poème, quand il existe, exprime le plus singulier. Je se découvre autre.

Le temps du poème, il s'ouvre à ce qu'il est appelé à devenir. La personne irremplaçable, transcendante. Le poème est susceptible, à ce moment-là, de résonner en tout l'humain. C'est une question d'écoute.

Il fait découvrir chaque fois que la nature humaine est une. Et à partir de cette transcendance de la personne, tout enfermement, et même une œuvre peu enfermée, est insupportable. Et le cri de révolte devenu poème permet de donner raison à l'irrationnel, à une vitalité intérieure dont on ne sait rien, sinon qu'elle se manifeste ainsi. Le poème cri de révolte est devenu possible, existe à partir de cette vitalité inconnue, et par le moyen du langage poussé, d'une certaine façon, à ses limites.

Sans une traversée de ces prétentions, je l'inconnu, qui pourrait se vivre et entendre par les autres, l'ignorer, l'inviter à se taire, devient l'exclu. Le poète l'exclu, à ses risques et périls, se réintroduit dans le vivant qu'on voit, qu'on ressent. Dans le poème, quand il existe, le visible perçoit l'invisible et le créé, l'incréé. Et dans l'euphorie du poème cri de révolte, le refus de tout principe d'autorité et de tout principe de non-contradiction n'est pas un suicide intellectuel, mais l'ouverture.

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