L’œuvre de Jean Pic de la Mirandole, le phénix des esprits

On connait de la Renaissance son effervescence intellectuelle et artistique. Or on oublie parfois l’importance du renouveau spirituel qu’elle apporta. En effet, cette période charnière offrit à l’homme l’opportunité de se réapproprier l’histoire de sa pensée et de remettre en perspective un certain nombre de questionnements d’ordre spirituels ou métaphysiques. En premier lieu : la nature du lien qui l’unit à un « principe » supérieur.

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La redécouverte - et traduction en latin - de nombreux textes antiques (grecs et égyptiens principalement) permirent aux hommes de cette époque de renouer ce lien, alors interrompu, entre le christianisme d’alors et les grandes figures telles qu’Hermès Trismégiste, Orphée, Pythagore, Philolaos ou Platon. Rétablir ce « fil invisible», c’est œuvrer dans le sens de cet éternel retour que l’on nomme « philosophie éternelle », ou « prisca theologia ». Une pensée où la magie naturelle figure au premier plan et que Pic de la Mirandole qualifiait « de sommet du savoir », « d’accomplissement de toute philosophie » nous-dit Flavia Buzzetta…

Rendre homogène le savoir à la lueur d’une vérité unique qui se manifeste dans l’hétérogénéité.

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Après un premier volet consacré à la biographie de Jean Pic de la Mirandole, abordons à présent la pensée de ce « phénix des esprits », surnom que Pic s’est vu attribuer, sans doute par analogie à l’atemporalité de sa pensée, et sa faculté à renaitre de ses cendres…. Eternel retour avez-vous dit ?
Flavia Buzzetta, Pardo Fornaciari, Tiziano Anzuini vont ainsi nous présenter les grandes lignes de l’Apologia, les Conclusiones et l’Oratio. Trois de ses œuvres, rédigées dans la période romaine de Pic, entre 1486 et 1487. Rappelons que Pic n’avait alors que 23 ans…
Ils exploreront ainsi la vision « pichéenne » de la philosophie, certains termes clefs de la compréhension de sa pensée, notamment le mystère des nombres circulaires que l’on retrouve dans le Tétragramme (Yod Hé Vav Hé, 10-5-6-5), l’angélomorphose, le distingo entre magie licite et magie illicite…

Souhaitez-vous découvrir l'incandesence de la pensée de cet éternel jeune homme et comprendre pourquoi cinq-cent ans après lui, ses textes continuent de nous nourrir ?

Extrait de la vidéo

Bonjour, bienvenue sur Bogus.tv, on se retrouve pour la deuxième partie de l'émission sur Pique de la Mirandole. On a abordé sa vie et maintenant on va parler plus en profondeur de son oeuvre, dans la première partie. On est toujours heureux d'avoir parmi nous Hervé Bozzetta, et Pardo Farbassari, bonjour. On va commencer par parler un petit peu de l'oeuvre de Pique de la Mirandole.

Qu'est-ce que sont les oeuvres majeures de Pique de la Mirandole, Flavia ? Merci Tiziano pour cette question. Comme on disait dans l'autre émission, l'émission sur la vie de Pique, on ne peut pas faire une différenciation entre la vie et l'oeuvre intellectuelle de Pique, parce que Pique est toujours liée, donc Pique écrit en particulier la période la plus effervescente de la production intellectuelle de Pique, c'est ce qu'on appelle la période romaine, c'est la période entre 1486 et 1487, dans laquelle Pique écrit les Conclusiones, les 900 Conclusiones, l'Orazio et l'Apologia.

Et en 1485, il avait écrit aussi le commento sur la Canzone d'amore, qui est un ouvrage qui est un commentaire sur un poème qui a été écrit par Girolamo Benivieni, qui traite des arguments qui seront aussi repris dans les autres oeuvres de Pique, en particulier en ce qui concerne la Kabbale, dont on parlera, je pense, après. Comme je disais, cette période, c'est la période dans laquelle Pique découvre les anciennes traditions théologiques, sapientielles, philosophiques, et il essaie, comme on disait dans l'autre émission, Pique est poussé pour un amour, un désir des connaissances, et il veut donc rendre homogène le savoir, à la lumière d'une vérité unique qui se manifeste dans l'hétérogénité des traditions.

Et il essaie de trouver une paxe philosophique, donc une pacification des savoirs, à la lumière de la Prisca Theologia, on a déjà introduit cette notion, la Prisca Theologia, ou théologie des anciens, considère que la pluralité, la pluralité des traditions, c'est une manifestation d'une vérité unique. Et ça, on la retrouve aussi chez Marcil Ficin et l'Académie platonicienne. Comme je disais, en 1486, Pique décide d'écrire 900 conclusions, 900 thèses, qui sont des aphorismes philosophiques et théologiques, dans lesquels Pique introduit des doctrines inconnues, comme par exemple la Kabbalah, ou un peu sulfureuses, comme la magie.

Pourquoi, Pique, c'est très intéressant, je voudrais remarquer, je voudrais mettre en exergue, un aspect des 900 conclusions, pourquoi Pique choisit ce nombre? Pourquoi 900? 900, oui. Et en fait, si on regarde les conclusions, ce ne sont pas vraiment 900, mais ce sont 800, 99.

Alors, Pique écrit, il explique, en écrivant à Girolamo, dans un épitre qu'il adresse à Girolamo Benivieni, qu'il a choisi ce nombre parce qu'il représente, je cite le passage, j'ai choisi de m'arrêter sur ce nombre parce qu'il est un symbole, si notre doctrine des nombres est vraie, de l'âme enflammée par la fureur des muses. Donc, selon Pique, comme nous a dit Pardo dans l'autre émission, Pique a une doctrine des nombres, il écrit, il consacre une section de ses conclusions au nombre.

Et donc, il choisit 900 parce que ce nombre... Parce qu'il est une symbologie des chiffres, quoi, c'est ça? Oui, oui, oui, c'est un peu la rythmologie. Et alors, Pique choisit ce nombre parce qu'il est un symbole de l'âme, de l'âme rationnelle en particulier.

Nous avons déjà... Je vous ai dit, par exemple, que selon Pique, les cercles, comme nous avait dit Jean-François, que les cercles étaient déjà un symbole de la perfection de l'intellect. Pique choisit un nombre, le 900, qui est un nombre carré. Donc, les nombres carrés sont des nombres qui peuvent être représentés géométriquement comme des carrés.

Et dans les conclusions, le 900, c'est le symbole de la raison humaine, donc du philosophe en fait, qui essaie de découvrir les mystères de la nature et de se plonger, d'être poussé vers la connaissance du divin. Alors, Pique écrit des autres symboles. Par exemple, Pique, dans les conclusions, dans les thèses mathématiques, parle des autres nombres qui sont des symboles de l'âme, donc les nombres linéaires, qui sont les nombres qui représentent l'âme rationnelle, et des autres nombres qui représentent la divinité, le Dieu.

Alors, ces 900 conclusions, nous dit Pique, qui abordent tous les domaines du savoir, selon Pique, sont divisées en deux sections. L'une des sections qui est, on pourrait dire, plus historique, dans laquelle Pique explique, présente les théories des philosophes, des théologiennes, des cabalistes, des d'Hermes Trismégistus, et une autre section dans laquelle Pique développe sa personnelle vision de la philosophie.

Donc, selon l'opinion propre, selon l'opinion personnelle. Donc, je voudrais que vous interveniez là-dessus, sur la structure des conclusions. La structure et les finalités des conclusions, si vous voulez nous en dire un peu plus. Oui, bien sûr.

La structure, celle dont vous venez de parler, Flavia, donc il y a une partie des conclusions qui a une dimension, disons, historique, qui parle de l'histoire de la pensée, analysée à l'envers, du plus proche jusqu'au plus lointain. Et puis, il y a la deuxième partie des conclusions, les 500 premières, les 400 deuxièmes, qui sont les conclusions ou les aphorismes, si vous voulez, qui parlent de sa propre interprétation,

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