Séjour en Syrie d’Antoine Combelles

Commentaire de François Villeneuve, Jean-Michel de Tarragon et Dominique Richard

Dominique Richard a découvert au cours d’un déménagement un ensemble de photographies réalisées par son grand-père, Antoine Combelles, lors de ses séjours en Syrie.

Antoine Combelles faisait alors son service militaire comme enseignant. Depuis la Syrie, il a visité des territoires proches dont la Terre Sainte.

Après le premier conflit mondial de 1914-1918 et la fin de l’Empire Ottoman, les puissances victorieuses partagent de manière très aléatoire des territoires aux racines culturelles anciennes et complexes. Nous payons encore aujourd’hui ce morcellement hasardeux.

Le Mandat français d’équipement et d’instruction, parfois musclé comme en témoigne le bombardement de Damas en 1925 par l’armée française, dans une Syrie nouvelle, intervient donc dans un contexte de perte des repères. Pour beaucoup de Français envoyés en Syrie dans le cadre du Mandat, c’est une aventure et un choc culturel.

« Nous sommes frappés aujourd’hui, écrit François Villeneuve, de voir combien ces Français découvrant la Syrie et le Liban, tel Antoine Combelles, basé à Damas, ont cherché dans l’exploration du patrimoine antique et médiéval et dans l’observation de groupes sociaux si divers des centres d’intérêts, des dérivatifs certainement, des buts précis à leurs envies de pérégrinations et des points de repère identifiables dans la civilisation européenne ou de l’Ouest méditerranéen : architecture romaine, croisée, ou encore islamique comme dans l’Afrique du Nord à cette époque bien connue des Français. »

Les clichés en noir & blanc sont de qualité inégale mais constituent un témoignage remarquable sur la vie de l’époque. Outre des paysages et des monuments (notamment Palmyre, avant les fouilles massives et les destructions récentes), nous trouvons beaucoup de scènes de la vie quotidienne, citadines ou paysannes. Antoine Combelles a également photographié des scènes militaires et des moments de convivialité.

Plusieurs photographies présentent Jérusalem, Bethléem ou d’autres sites des environs de Jérusalem.

Les photographies ne montrent pas les tensions qui régnaient à l’époque, à part un cliché d’une pendaison publique à Damas, elles sont plutôt le fruit d’un désir de découverte, de rencontre et de compréhension de l’autre par un jeune homme plongé dans l’inconnu. L’ensemble est non seulement intéressant sur le plan historique mais aussi touchant sur le plan humaniste. Antoine Combelles était sans doute amoureux de la Syrie. Il avait souhaité y retourner. Nul doute que ce long séjour a changé sa vie et sa compréhension du monde.

Ce livre, travail de mémoire, suscite donc plusieurs intérêts. Il nous rappelle avec force que derrière les décisions des Etats, aux ressorts souvent obscurs ou inavouables, il y a des destins personnels qui restent le plus souvent anonymes mais tissent la vraie richesse de la vie.Texte  : La Lettre du Crododile.

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