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Jérusalem, trois fois sainte

Cette collection dirigée par Olivier Germain-Thomas, s’adresse à tous ceux qui veulent voyager en recherche de sens, pour des rencontres spirituelles, culturelles ou philosophiques. « Elle s’adresse, confie Olivier Germain-Thomas, à tous ceux, qui las des sentiers battus, veulent toucher les racines spirituelles des lieux qu’ils visitent, vivre intensément les rituels, comprendre les relations à l’amour, à la mort ou à l’éternité. » Deux ouvrages ont déjà été publiés dans cette collection, l’un consacré au Mont Athos, l’autre à l’Egypte.

Pour cette rencontre avec Jérusalem, cité au cœur des spiritualités du judaïsme, de l’islam et du christianisme, trois regards sont proposés au lecteur, ceux de Marc-Alain Ouaknin, rabbin et docteur en philosophie, Philippe Markiewicz, moine bénédictin qui dirige la revue Arts sacrés et Mohammed Taleb, auteur spécialiste d’écopsychologie, de droit des peuples et de spiritualité.

Il ne s’agit pas d’un dialogue entre les auteurs mais de trois contributions juxtaposées. Cependant, ces regards indépendants sur la ville « trois fois sainte » se croisent nécessairement et converge vers un même idéal de paix.

Laissant de côté la dimension politique de la cité de Jérusalem, nos trois auteurs explorent les spiritualités qui rayonnent à partir de cette cité au fil des temps et malgré les vicissitudes traversées. Il s’agit de témoignages à la fois personnels et érudits, souvent éclairants, parfois bouleversants, de rapports singuliers avec un lieu sacré. Les titres des textes des trois auteurs sont déjà une indication de ce rapport auquel le lecteur s’associe aisément : Lire (à) Jérusalem pour Marc Alain Ouaknin – Sion, ma mère par Philippe Markiewicz – Fragments d’histoire et de spiritualité de la Jérusalem musulmane par Mohammed Taleb. Marc Alain Ouaknin nous dit que « Jérusalem nous arrache à l’existence ordinaire et nous porte vers un ailleurs, une autre manière d’être et de vivre… ». Et de s’interroger : Qu’est-ce qu’une ville ? Or, poursuit Marc Alain Ouaknin, le Talmud indique que « la vitalité d’une ville passe par trois éléments fondamentaux, trois symboles essentiels, trois piliers qui en soutiennent la dimension humaine et humanisante : la ruine, le pont et la tombe… ». Il indique par la ruine que « La ville ne peut être inaugurale, elle ne peut pas s’auto-fonder. Il y a toujours quelque chose qui la précède. » Le mot ‘ir, qui en hébreux désigne la ville, signifie « éveil », « sortir du sommeil ». D’où le pont qui évoque « l’éveil des consciences les unes par les autres ». La tombe, quant à elle, néfech en hébreux ou « âme de vie » conduit Marc-Alain Ouaknin à évoquer le souvenir, la Shoah, les cimetières de Jérusalem mais aussi les noms de Jérusalem depuis Our-Salim ou Ur-Salim au XIIIe siècle avant JC jusqu’à l’actuelle Yerouchalayim qui tous évoquent la cité de la paix.

C’est de sa rencontre avec Jérusalem que nous parle Philippe Markiewicz. Une rencontre complexe avec une ville complexe, une ville à mystères. Une rencontre qui conduit le lecteur vers une traversée des formes. Il s’agit de passer de l’architecture de pierre à une architecture intérieure, d’un pèlerinage physique à un pèlerinage interne, de la cité temporelle à la cité intemporelle.

Mohammed Taleb nous intéresse à « La place de Jérusalem dans la conception du monde et la conscience spirituelle de l’islam ».

« Ce à quoi j’aspire, dit-il au lecteur, à travers les pages qui suivent, c’est de mettre en pleine lumière l’islamité et l’arabité de la cité des prophètes, sa présence dans les lettres spirituelles de l’islam, sa radiance comme pôle de sacralité et d’excellence. »

Al-Qods, nom arabe de Jérusalem, fait partie des villes saintes de l’islam. Moins importante que La Mecque ou Médine, elle n’en est pas moins porteuse de sens, notamment métaphysique, « jalon entre Terre et Ciel » mais aussi « lieu d’orientation de la première prière musulmane », prière entendue comme ascension.

Mohamed Taleb aborde aussi la place de Jésus, fils de Myriam, dans l’islam comme « lien entre Al-Qods et la fin des temps ». Il remarque que « Pleinement humain, le Jésus coranique entretient avec la sphère divine une relation étroite ». Le Coran lui donne « une dimension transcendantale (mais non divine) qui fait de Jésus un élément essentiel de l’eschatologie islamique » et « un signe de la fin des temps ».

Ce livre, passionnant, et riche de ses interrogations, invite à une alliance aussi nécessaire qu’inévitable entre Orient et Occident, alliance que nous devons d’abord réaliser en nous afin de contribuer à sa réalisation physique et temporelle.