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L’expérience de l’illumination dans l’œuvre de Stephen Jourdain

De Pascal Bouyer, Editions L’Originel – Charles Antoni

Ce livre consacré à Stephen Jourdain est « un exposé synthétique de son expérience spirituelle et des manifestations de son illumination que S. Jourdain a décrite de façon éparse dans ses différents livres. ». Issu d’un travail universitaire, le travail de l’auteur est analytique et basé sur une approche comparée entre les écrits de Stephen Jourdain et ceux d’autres auteurs de traditions diverses.

Pascal Bouyer met en évidence les singularités et les nombreux paradoxes de la pensée et de « l’éveil »  de Stephen Jourdain à tel point que le lecteur pourra se poser la question de la nature de l’expérience exceptionnelle de la conscience connue spontanément par Stephen Jourdain. Ce dernier met en pièces les représentations courantes de l’éveil qui n’échappe pas aux clichés et aux préjugés. S’il y a une infinité de voies vers la Liberté, on peut avancer qu’il y a une infinité de manifestations de celle-ci. L’auteur rappelle avec justesse « l’impossible définition » de l’éveil et ce n’est pas le moindre des paradoxes que de vouloir s’appuyer sur la démarche universitaire pour approcher l’indéfinissable et l’insaisissable.

Le grand intérêt de l’œuvre de Stephen Jourdain réside peut-être dans sa volonté et sa capacité à dire toute la difficulté à laisser s’inscrire cet état dans le monde au quotidien. Il met en garde contre les extases, dangereuses pour l’éveil, insiste sur ce qui demeure, moi :

« La subtilité avec laquelle Stephen Jourdain jongle avec les concepts, pour nous faire percevoir la réalité fondamentale de notre « moi », relève parfois de la prouesse. Le « moi » correspond à la fois à une abstraction la plus éthérée, la plus pure, « ce moi immatériel (…) ne possède aucune extension temporelle » et paradoxalement répond à l’appel du prénom d’un enfant dans un jardin public : « Vous avez quatre ans, cinq ans (…) quelqu’un vous appelle. (…) Vous vous retournez. Je nomme moi la douce et sainte raison de ce mouvement. Moi a été parfaitement évoqué ». L’enfant représente la pureté de la conscience incarnée, qui n’a pas encore identifié son « moi » à son corps physique, alors que l’être éveillé, lui, n’est plus soumis à un « moi » incorporé. »

Pascal Bouyer nous présente « un enseignement révélé puis conceptualisé ». Il remarque que « l’éveil ne se déduit pas d’un enseignement » et n’est pas « un acte déductif ». Toutefois, il existe des contre-exemples. Il n’y a aucune règle en matière d’éveil. Il postule chez Stephen Jourdain une distinction entre « connaissance consciente » qui aurait « pour origine « je-Dieu » », de nature non-duelle d’une « connaissance pensante », duelle et spéculative cette fois, basée sur « la séparation de la connaissance et de l’être ». L’état de conscience habituel est qualifié de « non-conscience », fruit du « Je-créature ».

Pour sortir de la torpeur courante, Stephen Jourdain propose une guerre totale :

« La victoire de l’Eveil est au prix d’une conquête quotidienne, toujours à renouveler. Si une bataille semble être gagnée, la guerre fratricide doit perdurer, car l’ennemi à exterminer est sournois et d’une envergure incommensurable, « la stature de l’ennemi : tout. » Tout doit être détruit, réduit à néant par le « feu annihilateur » et « apocalyptique » de la conscience pure. L’injonction est de tuer toutes nos représentations mentales et les allégations de « l’état dit vigilant ». S. Jourdain ne reconnait « à l’être qu’un unique – et mortel – ennemi : l’opinion fondée ; on la nomme vérité ». »

Stephen Jourdain invite à une déconstruction, une décréation permanente et radicale à l’origine du total bouleversement appelé, faute d’un autre mot, éveil. L’ouvrage rend compte, de manière kaléidoscopique, de la nature et des effets de cette « expérience » chez Stephen Jourdain. Les contradictions et les paradoxes qui apparaissent dans le propre témoignage de Stephen Jourdain sont non seulement inévitables mais nécessaires pour éviter au lecteur de se laisser prendre dans le sens d’une narration qui sera toujours trompeuse.

Editions Charles Antoni – L’Originel, 25 rue Saulnier, 75009 Paris, France.

http://www.loriginel.com/