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Sous-titré « Les meilleures adresses pour trouver son chemin dans la spiritualité contemporaine », ce guide s’inscrit dans une tradition éditoriale qui veut que chaque décennie nous offre un tel ouvrage avec plus ou moins de succès et de déception. Disons d’emblée qu’il s’agit probablement du meilleur essai du genre en langue française, essai qui reste toutefois insatisfaisant.

Ce guide présente des points forts et des points faibles qui découlent bien sûr des compétences des auteurs. David Dubois est docteur en philosophie comparée, sanskritiste, spécialiste d’Abhinavagupta, chargé de cours au Collège international de philosophie. Serge Durand est professeur de philosophie, très concerné par l’étude des mouvements spirituels contemporains. Les forces de l’ouvrage se trouvent dans le traitement excellent des approches non-dualistes, dans la présentation du mouvement intégral autour de Ken Wilber et de ses ramifications multiples, des différentes écoles de bouddhisme, des écoles hindouistes, taoïstes, des spiritualités chrétiennes diverses. Les lacunes apparaissent dans l’approche des ordres initiatiques occidentaux, des écoles ésotériques ou des arts martiaux comme voie spirituelle. Si les auteurs s’étaient concentrés sur les approches orientales et chrétiennes, l’ouvrage serait excellent, même s’il manque certaines écoles, vietnamiennes par exemple.
Quelques exemples de « loupés » :
- Six pages sur les traditions juives seulement et peu de références sur les organisations traditionnelles juives, orthodoxes ou non.
- Une vision réductrice de l’ésotérisme et de l’occultisme, faisant fi des travaux des spécialistes universitaires comme Robert Amadou, Jean-Pierre Laurant ou Antoine Faivre entre autres.
- Une vision erronée de la Franc-maçonnerie cantonnée au mouvement des Lumières et aux droits de l’homme.
- Le rosicrucianisme n’est cité qu’à travers ses deux écoles les plus visibles et les moins représentatives de ce courant majeur et très influent de la Vieille Europe, l’AMORC et l’école gnostique de la Rose-Croix d’Or, organisations récentes.

Ce n’est pas une raison pour bouder l’ouvrage qui rassemble un grand nombre d’informations précieuses avec beaucoup d’ouverture et sans prétention à l’exhaustif, invitant le lecteur à l’aventure spirituelle mais aussi à la lucidité.
En fin d’ouvrage, les auteurs présentent, dans un développement conséquent, leurs critères pour reconnaître une spiritualité authentique, essai hasardeux s’il en est mais nécessaire dans un tel ouvrage. Voici ce qu’ils retiennent :
« Une spiritualité authentique aura au moins l’idée que l’absolu ou l’essentiel est à l’œuvre dans toute aventure spirituelle sous quelque visage qu’elle se présente.
Une spiritualité authentique admettra qu’il y a plusieurs chemins vers l’amour essentiel inhérent à l’intériorité.
Une spiritualité authentique, au-delà d’une tolérance vécue comme coexistence et de l’exclusivisme qu’implique sa pratique, développera un intérêt non contrefait pour le dialogue et l’ouverture aux autres spiritualités.
Toute forme de vie culturelle de ce point de vue est quelque part l’expression de l’essentiel lui-même qui questionne les autres formes de vie culturelles qu’il a prises. Les formes de vie culturelles les plus élevées se laissent donc questionnées parce qu’elles valorisent une spiritualité intégrant le développement du sens du dialogue et de l’ouverture. Pour elles, ce développement est le levier par excellence pour échapper à leurs parts d’ombre. »

Rédiger un guide de la spiritualité est une entreprise impossible tant sont grandes la complexité et la richesse des expressions spirituelles, il faut donc saluer le travail des auteurs qui s’engagent dans un tel projet pour poser quelques repères, indiquer quelques pistes, afin de se retrouver dans ce labyrinthe, où nombre de cherchants se sont perdus mais où beaucoup, également, se sont retrouvés et reconnus.

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