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C’est un homme simple, à l’écoute d’autrui, qui s’interroge sur son art, qui doute, cherche, trouve parfois, que nous présente Jean-Gabriel Jonin.
Peintre lui-même, Jean-Gabriel Jonin et sa compagne retrouvèrent chaque été Dali, chez lui à Cadaquès, pendant dix ans.

De ces rencontres, Jean-Gabriel Jonin restitue à la fois la forme et l’esprit, la forme de l’amitié forte qui s’est ainsi construite, l’esprit de l’art qui flottait sur ces moments emplis de forces créatrices et de vigilance artistique.
Le lecteur découvre la simplicité de l’homme en même temps que le génie de l’artiste. Jean-Gabriel, attentif à la technicité du maître, rend compte d’un savoir-faire rare dans lequel le hasard tient toute sa place mais rien que sa place. Il nous initie à la lecture des peintures de Dali qui, souvent, glissaient des thèmes en transparence sous d’autres thèmes et se jouaient des formes pour en créer de nouvelles. A nous de « voir » la toile pour mieux « voir » le monde.
Le lecteur, guidé dans le monde dalinien en observe la richesse et la complexité entre cosmogonie, mythologie, métaphysique, érotisme, science, magie et hermétisme. Il en découvre aussi l’humanité. Dali rêvait d’un autre monde pour l’humanité, monde qu’il a inscrit dans ses créations. Grand explorateur de l’invisible, Salvador Dali maîtrisait l’art de la mémoire et naviguait sur l’océan des fantasmes. Dali traqueur de rêve, Dali éveilleur, Dali humain et divin.
Mais ce livre recèle également la profondeur et la lucidité de son auteur Jean-Gabriel Jonin, qui touche par touche, de loin en loin, avec cette discrétion et cette élégance qui lui sont coutumières, nous laisse apercevoir ce qui fonde sa propre démarche et sa propre peinture.
Dali et Jonin ; Jonin et Dali. Voilà deux hommes qui inscrivent dans leur art l’intensité de la vie de l’esprit, la joie rigoureuse de la queste, la farce des mondes, le rire des dieux et des êtres humains, hommes et femmes libres d’eux-mêmes. Deux artistes qui n’ont de cesse de célébrer la beauté.
Voici donc Dali tel qu’en lui-même, dans un livre délicat, par un auteur qui sait que la beauté est toujours charnelle jusque dans l’abstraction.
« Se nourrir de beauté comme on dévore un livre, comme on mange des yeux, comme on alimente une conversation, nourrit un espoir, digère un affront…
Quand la beauté se présente, il faut la manger nature, toute crue, car la beauté – d’une femme, d’un paysage, d’une théorie, d’une conception, d’une idée, d’une pensée, d’une œuvre… - est essentiellement nourrissante. »
Il existe nombre de livres et d’écrits sur Salvador Dali, mais celui-ci possède une saveur singulière comme le précise Sarane Alexandrian dans la préface :
« Ce livre est un bouquet d’immortelles cueilli pour un artiste disparu, par la main d’un ami reconnaissant de son humanité envers lui. C’est ce qui fait sa valeur particulière parmi tous les hommages qu’on lui a rendus. »