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Lyne Bansat-Boudon est directeur d’études pour les religions de l’Inde à l’Ecole pratique des hautes études. Elle prépare une anthologie à paraître à la Pléiade, Le Théâtre de l’Inde ancienne.

Le théâtre indien, forme la plus achevée de la littérature est une expression de l’essence traditionnelle de l’Inde. La mise en scène renvoie à la question essentielle : nous sommes tout à la fois l’auteur, le metteur en scène, l’acteur et le spectateur de notre propre spectacle.
Le théâtre, expression de la mémoire des dieux, véhicule est anciennes traditions, se veut aussi voie d’éveil. Ce n’est certes pas un hasard si nous retrouvons dans ces pages Abhinavagupta à propos du commentaire qu’il fit du Natyashastra, traité monumental daté du 2ème siècle après J.C. qui propose une théorie sans équivalent de la pratique théâtrale, et pose les grandes lignes d’une théorie de l’esthétique :
« Œuvre d’Abhinavagupta (Xe-Xie siècles), haute figure du Shivaïsme du Cachemire, l’Abhinavabharati, seul commentaire du Natyashastra à nous être parvenu dans son intégralité, est indispensable à l’intelligence d’un texte que son style aphoristique rend elliptique et labile.
L’existence d’un tel traité (dont les praticiens de la scène indienne continuent de se réclamer pour tout ce qui touche à l’art dramatique, sans qu’il soit pourtant plus qu’un nom, parfois, une sorte de talisman verbal) explique, pour une part, que l’art éphémère du théâtre se soit perpétué de siècle en siècle sans variations notables, si bien qu’il faut parler d’une tradition plutôt que d’une histoire du théâtre indien.
Tous ces traits singuliers culminent dans un seul, qui les fonde : le théâtre est extraordinaire, alaukika. Terme clé aux yeux d’Abhinavagupta, où se condense l’essence du théâtre et de la théâtralité. »
L’auteur a divisé le livre en deux grandes parties, la première consacrée à l’esthétique, la seconde à la fête. On y découvre l’importance du shivaïsme du Cachemire qui a forgé la pensée esthétique indienne à partir des raisonnements communs indiens. Avec les commentateurs shivaïtes, « l’expérience esthétique est convoquée comme métaphore de l’intuition mystique ».