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Voici un très beau texte anonyme, d’une grande profondeur et d’une grande sagesse, dont le langage crépusculaire engage toute la personne et en appelle à l’être. Le symbolisme n’est pas ici un ensemble de vains concepts mis en ordre par l’intellect mais une force symbolique et magique aux vertus opératives.

Ces sept instructions devraient être à l’étude des loges, maçonniques, martinistes, illuministes et autres, non une étude intellectuelle mais une étude poétique. Faire vivre le texte, s’en imprégner, le fixer dans la chair afin que celle-ci devienne esprit et après, après seulement, en décrypter le langage secret.
Extraits :
« Et donc c’est par la reconquête du Soi que l’homme avancera vers la tunique sans couture. Mais d’abord il lui faudra être nu et d’abord crucifié. Il lui faudra souffrir, être brûlé par le feu de toute purification et mourir. Entendons par là que renaître est un accouchement douloureux, mais qu’il faut s’y soumettre dans l’humilité et la joie. Et certes, ce n’est point de ces joies factices et fugaces, mais de cette humilité bâtie sur le roc, la douleur étant ici don de l’Amour, abandon à l’Amour. L’épée sera passée à la flamme avant d’être trempée. La flamme est le Feu de l’Esprit lui-même. Cette douleur est d’Amour et de vie, non de mort, et c’est pourquoi elle est joie.
L’image du pressoir mystique est attribuée au sacrifice du Christ car de ce creuset purificateur qu’est la Croix est extrait le sang qui, embrasant la coupe qui le recueille, la transforme en corps glorieux. Nous devrons être pressés comme le raisin, si la Grâce nous est donnée d’être préalablement purifiés. Et donc ce n’est pas une seule mort que le Christ affronte et dépasse lors de sa Passion, mais fidèle à l’échelle des identités divines, ce sont trois morts successives. Le première se situe à ses pieds, dans le Royaume à restituer. C’est là que se trouve le Crâne. C’est là, dans le corps lui-même, que nous devons traverser la Ténèbre afin de reconquérir la lumière perdue. (…)
La deuxième mort, longue agonie, qui commença dans le Jardin des Oliviers, est celle du corps réduit à sa poussière, l’âme entreprise par le feu de l’inquiétude. C’est le retour à la vision purifiée du pontifex à travers la crucifixion de l’intelligence, du raisonnement et des images.(…) Et là nous voyons l’image de l’ascension de l’âme libérée du corps et qui accède à sa mort par les degrés de l’assise renversée (le Jardin), de la gloire bafouée (l’arrestation), de la victoire vaincue (les jugements), de la beauté profanée (la flagellation, les injures), de la justice et de la force blasphémées (la montée au calvaire), de la grandeur ravalée au rang le plus méprisable (la crucifixion). Ceci qui s’entend pour le Christ doit s’entendre pour nous-mêmes, en nous-mêmes. Passage au rouge.
Alors la fontaine se prend à couler, la Vie jaillit et descend joyeusement tout au long de la Croix, baigne le crâne, ressuscitant le corps séché. La croix est un aigle. C’est la Gloire). (Ce qui est imagé par le crâne aux deux os en sautoir, selon le dessin de la croix de saint André). Et c’est la remontée fulgurante du Royaume vers la Toute Intelligence et la Toute Sagesse, la troisième mort étant l’éblouissant éclatement du corps glorieux dans l’Être, au sommet de la Croix, là où resplendit la Couronne inaccessible à qui n’est point changé en l’Esprit. Ceci est peint sous les traits du Phoenix sur son bûcher qui l’embrase, car né de ses propres cendres il est glorifié par le Feu. »
Nous sommes en présence d’une remarquable expression de ce qui fonde les anciens courants de la Rose-Croix. Ce texte est un écrin, tant pour le mystique que pour l’alchimiste.