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Proche de Paul Ricoeur, Olivier Abel, professeur de philosophie éthique à l'Institut Protestant de Théologie de Paris collabore aux revues et journaux Autres Temps, Autrement, Esprit, La Croix, Libération, Le Monde On se rappellera notamment les deux numéros de Autrement qu'il a dirigé, l'un sur Le Pardon, l'autre sur Le réveil des anges, messagers des peurs et des consolations.

Auteur de plusieurs ouvrages, il convient de signaler son livre consacré à Paul Ricoeur, la promesse et la règle, paru chez Michalon en 1996.
Ce livre rassemble des contributions publiées il y a plusieurs années dans des grands quotidiens, sur des sujets très divers. Parce qu'il s'affranchit des formes pour ne traiter que l'essence, ces textes intemporels n'ont en rien perdu de leur pertinence. Il nous invite à regarder l'être humain tel qu'il est, seul socle sur lequel nous pourrions réaliser d'autres choix que ceux qui nous conduisent invariablement au désastre. Ainsi il n'hésite pas à faire " L'hypothèse de la bêtise " :
" Dieu sait combien les humains dépensent d'énergie pour se distinguer des bêtes ! Les motifs de cette distinction sont certainement très louables, mais ils nous empêchent systématiquement de faire l'hypothèse de la bêtise, qui souvent néanmoins expliquerait bien des choses. Je dirais même volontiers que ce devrait être la première hypothèse, or elle est toujours oubliée. Essayons-là !
Prenez un crime sexuel ou passionnel : nos procès vont hésiter entre la thèse de la méchanceté volontaire, ou celle de la pathologie irresponsable. Prenez une catastrophe ferroviaire ou un accident de la route : il y aura eu une défaillance technique, ou bien une faute humaine imputable à quelqu'un qui n'a pas suivi les règles. Prenez l'histoire des guerres mondiales, l'histoire des crises économiques, l'histoire des divertissements de masse comme la télévision ! L'hypothèse d'une histoire de la bêtise n'est jamais retenue ni même un instant sérieusement envisagé. Si quelqu'un a été contaminé par le virus du sida, ce sera sa faute ou bien ce sera la faute à une gestion défaillante de la santé publique, mais jamais ce ne sera d'abord quelque chose de bête, de simplement bête à pleurer. En contournant soigneusement l'hypothèse de la bêtise, nous ne mesurons sans doute pas ni le mal que nous nous faisons les uns aux autres, ni les trésors d'intelligence (dois-je dire de bêtise ?) que nous prodiguons en vain en cherchant des explications et des solutions techniques à nos problèmes. "
C'est une pensée originale, intelligemment provocante pour nous éveiller, qui sait être poétique et profondément humaine, que celle d'Olivier Abel.