L'héritage de la tradition sorcellaire en Afrique subsaharienne
Il existe aujourd’hui une véritable guerre occulte en Afrique sub-saharienne entre les églises évangéliques américaines, les Ordres ésotériques européens (comme la Franc-Maçonnerie ou les mouvements rosicruciens) et la tradition "sorcellaire" africaine, comme nous l’explique avec talent, le Dr Berthe Lolo lors d’une conférence "Politica Hermetica", filmée à la Sorbonne.
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Son exposé a le mérite de nous faire comprendre la nature du choc culturel "tripartite" entre d’une part la tradition ancestrale africaine sorcellaire (qu’elle considère comme une religion), et entre la tradition ésotérique et religieuse occidentale.
Elle nous dévoile les mécanismes psychologiques et anthropologiques des africains qui tentent de se réapproprier la culture occidentale selon leur vision traditionnelle, animiste, du monde.


C’est ainsi que nous apprenons avec surprise que l’initiation d’une certaine élite africaine au sein de la franc-maçonnerie occidentale est considérée par le peuple subsaharien comme une initiation dans une société secrète de sorcellerie, puisqu’elle amène pour ces "privilégiés" pouvoir et argent, et même pouvoir de vie et de mort !
Le Dr Berthe Lolo nous explique aussi que cette influence est combattue en Afrique par les sectes néo-évangéliques d’origine américaines, qui évidemment ont tendance à diaboliser la franc-maçonnerie, mais qui tiennent un discours ambigüe à propos de la repentance chrétienne, alors que les africains restent encore traumatisés par la colonisation et la traite des noirs dont ils ont été victimes de la part des européens….
Un exposé brillant en tout cas qui aura le mérite d’éclairer la lanterne, aussi bien des blancs que des noirs ! Une vidéo à regarder avec le plus grand intérêt…
NB: le titre complet de cette conférence est:
"L'héritage de la tradition sorcellaire en Afrique subsaharienne, lutte de pouvoir entre églises nouvelles
dites réveillées, groupes ésotériques et guérisseurs traditionnels"
Extrait de la vidéo
En guise d'introduction, nous vous exposons ce récit qui relève des fêtes d'hiver quotidien au Cameroun. Suis mon répondeur téléphonique, un message d'un collègue médecin. Berthe, c'est appel pour t'annoncer que mon épouse, madame le docteur, est en fin de vie à l'hôpital X à Paris. C'est grave.
Le lendemain, je rappelle mon collègue. Il m'apprend que son épouse atteinte d'un cancer est en effet en fin de vie, prise en otage par des groupes religieux dits charismatiques du pays et n'a pas pu bénéficier des soins adéquats. Ces derniers l'ont en outre désigné comme le sorcier responsable de la mort mystique de sa femme. Son épouse était partie du domicile conjugal depuis quelques mois.
Il semble qu'à l'hôpital X, elle se trouve dans un état critique. Elle ne parle plus, mais il semblerait qu'elle entend. À la question de savoir s'il allait se porter au chevet de sa femme, il m'explique que c'est impossible. Toutefois, il avait des membres de sa famille à Paris, mais sa femme, en revanche, n'avait personne.
Je m'engage donc à aller voir dans les deux jours qui suivent, n'étant pas de garde ce week-end-là. Après avoir accroché, je me demande ce que je ferais auprès de cette femme qui ne parlait plus et qui se trouvait sûrement plongée dans un coma léger. Je ne connaissais pas l'épouse de mon collègue. Je savais qu'elle était médecin.
Comme je savais aussi dans quelle terreur, les Africains étaient précipités chaque fois qu'il s'agissait d'une mort imminente. Je savais aussi qu'il n'était pas facile d'accepter de mourir, de partir. Prier avec elle, partager un moment de paix, pourquoi pas. Dans le service de l'hôpital parisien, je me présente et demande l'autorisation d'aller auprès de la malade.
Auprès d'elle, je lui prends la main, je me présente à nouveau et je me mets à prier et à chanter intérieurement parce que j'aime beaucoup chanter. Je me sentais calme, complètement absorbée par la prière. Au bout d'un moment, rentre dans la chambre un jeune homme qui semble soudain aussi surpris que moi. Il me salue et parle à la malade en lui disant qu'elle avait le bonjour d'une autre amie médecin qui lui avait envoyé un nouveau micel et un nouveau chapelet.
Je me présente donc comme le docteur Lolo, collègue du mari de la malade. Le jeune homme se ferme, se renferme, hésite un instant avant de me demander de ne plus prononcer le nom de mon collègue devant la malade, qui pourtant est sa femme, mais me dit donc que désormais le couple est officiellement séparé depuis deux jours. Le chef de service est mis au courant. Mon collègue n'est plus le bienvenu à l'hôpital, ni lui, ni sa famille, encore moins ses connaissances.
Je suis très mal à l'aise. Que faire? Sortir de la pièce? Le jeune sort téléphoné.
Il revient, met le chapelet béni autour des poignets de la malade. Il pose le téléphone sur la poitrine et active les haut-parleurs. Des pasteurs lui parlent et prient depuis le Cameroun. Ce sont des prières d'exorcisme.
Le nom de mon collègue est plusieurs fois prononcé ainsi que celui de la franc-maçonnerie. La communication se coupe. Plusieurs tentatives, je me sens dépassé par les événements. J'ai envie de me retrouver, j'ai l'impression de me trouver dans un vrai champ de bataille.
Bon Dieu, qu'est-ce que je faisais là? Le jeune homme, à nouveau, me demande qui je suis. Docteur Lolo. Lolo Brigitte?
Non, Lolo Berthe. Silence, il sent le réfléchir. Lolo Berthe de l'hôpital La Quintinie? J'ai dit oui.
Vous avez travaillé avec ma cousine E. Oui, E était ma secrétaire, mais c'était aussi ma cousine. Comment est-ce possible puisque nous ne sommes pas de la même ethnie? Il me répond, avec E, nous étions parentés du côté paternel.
L'atmosphère se détend. Je ne suis plus une inconnue. Il s'en suit plusieurs appels téléphoniques entre le jeune et le Cameroun. Il m'apprend que sa grande soeur confirme qu'elle me connaît et que je suis comme une mère pour leur cousine E.
Je me rends compte que je connais aussi très bien la dite soeur. Un autre appel du Cameroun et je m'entretiens avec la grande soeur qui me rappelle que j'avais soigné ce jeune homme qui était à côté de moi contre la rojole quand il avait huit mois. Elle m'explique que mon collègue a décidé, mon collègue au Cameroun a décidé de tuer leur soeur et ses enfants car il était membre d'un groupe ésotérique, la franc-maçonnerie qui exige de vendre ses proches, de les tuer par maladie ou par accident pour le pouvoir.
Elle explique la bataille engagée entre les pasteurs du Renouveau Charismatique et mon collègue, le franc-maçon. Elle m'exhorte de ne pas donner des nouvelles de l'état de la patiente. Si mon collègue m'a incité à venir à l'hôpital, poursuit-elle, c'est parce qu'il ne pouvait plus avoir de ces nouvelles par l'hôpital. Il avait besoin, affirmait-elle, d'avoir de ces nouvelles pour alourdir ses fétiches.
Je le lui promets, je sors de la chambre, après une dernière prière, je rentre chez moi épuisée. Si j'étais restée inconnue, je n'aurais pas été reconnue comme probablement bienveillante. Il aurait été dit que mon collègue m'avait envoyé achever son épouse. C'est comme ça que ça se passe en haut pays.
En tant que médecin, je savais qu'elle allait mourir, contrairement à ce que ses pasteurs et la famille prétendaient. Deux jours plus tard, elle était décédée. La suite fut aussi rocambolesque. Le fils de la mourante a ramené la dépouille au Cameroun.
Mon collègue a subtilisé la dépouille. Le temps pour l'autre famille de se rendre compte de la disparition de la dépouille. Les magistrats s'en sont mêlés. Mon collègue a organisé un enterrement officiel sans corps dans la bière et à l'insu de tous parce qu'il avait déjà enterré la dépouille en secret.
La police, ayant demandé d'ouvrir le cercueil avant l'enterrement, a constaté que le cercueil était vide. Mon collègue a disparu lors de la cérémonie. Il a été recherché par la police. Oui, c'est souvent le quotidien en Afrique subsaharienne, au Cameroun en particulier.
Derrière chaque mort et chaque enterrement, des conflits et des guerres, l'on ne meurt jamais de mort naturelle. Il existe toujours une explication sorcellère de la mort et de la maladie. Nous affirmons dans nos travaux antérieurs que la sorcellerie en Afrique subsaharienne doit être considérée comme une religion et non comme une pratique quelconque que les individus peuvent s'accaparer ou pas. Nous en reparlerons plus tard.
C'est une religion car elle raconte l'angoisse de mort qui sort chez les humains. Elle dicte leurs croyances dans l'intime et dans l'extime, dans ce qui les pousse à vivre ou les maintient en vie et dans le comportement et les liens aux autres. Nous pensons que la sorcellerie ne laisse pas le choix aux individus et quand bien même ils semblent distants du phénomène, ils y recourent dans les situations où la mort est présente.
C'est ce que je pense mon collègue du matin voulait dire. On ne peut pas parler de tradition africaine sans évoquer la sorcellerie. La sorcellerie devient ce concept pour moi qui dicte les liens dans les gros et explique l'essence même de la vie. Elle explique la mort, la maladie, la richesse et le pouvoir.
Nous reprendrons une définition retenue par le père Éric de Ronny. La sorcellerie c'est quand dans la journée nous mangeons ensemble et le soir tu me manges. Dans cette phrase, dans cette phrase nous soulignons le fait d'être liés puisque les concernés mangent ensemble. Ils partagent ainsi la même essence de vie.
Ils sont ensemble et proches. Le tu me manges raconte que