La menthe en Pays basque : entre science des sols et mariage

Le Pays basque : un pays fertile, à la riche histoire, et dont les racines nous rappelle « à chaque vestige ainsi qu’à chaque noms d’herbe » la prégnance de nos origines indo-européennes... Flanqué entre l’océan Atlantique et la pointe occidentale des Pyrénées, son territoire mélange des zones géographiques qui se trouvent, découpage moderne de nos frontières oblige, de part et d’autre de la France et de l’Espagne.

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Le chercheur en linguistique et ethnologie Charles Videgain a mené une enquête lexicale et linguistique portant sur l’étude la menthe au Pays basque. Il nous relate ici les résultats de son enquête, agrémentée de nombreuses légendes et superstitions, associées à la menthe

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De l'avenir de « la fille à marier », aux visions de l’aveugle, jusqu’à la guérison de Jésus.

Avec une pointe d’ironie (la « stratégie matrimoniale » développée par le jeune Pierre Bourdieu dans ses premiers écrits béarnais), de sarcasme « l’aveugle du XVIIIème siècle peut bien être géomètre il ne sera pas naturaliste », Michel Foucault, (i.e. comprendre ici « observer, c'est donc se contenter de voir »), Charles Videgain nous offre ici une parenthèse inattendue des liens que tissèrent Homme et Menthe.

Rappelant ainsi les travaux de Maurice Houis : « ces textes, de style oral, au-delà d’un savoir technique et d’un contenu narratif (…) font part d’une connaissance partagée par la communauté et servent un message. Message sur les rapports pas toujours conscients des membres de la communauté avec leur propre système de valeurs : justification, idéalisation, rejet cathartique, etc … ».

Souhaitez-vous découvrir ces racines, toutes à la fois sémantique que botanique, et inattendues de la Menthe ?

Eléments de réponses par Charles Videgain dans cette allocution filmée lors du XLIe congrès de la Société de Mythologie Française consacré à la "La mythologie des plantes".

Extrait de la vidéo

... Maintenant, nous allons accueillir M. Wigert, qui est professeur à l'Université de Copenhague, qui va nous parler de la mente. Bonjour, merci.

Tout d'abord, je tiens à remercier la Société de Mythologie qui m'a invité. Alors, je me suis inscrit très tardivement, mais je suis un peu un intrus, puisque, non, je ne suis pas un mythologue ni un botaniste. Et je suppose que ça va se voir. Ma signature...

Oui, pardon. Ma signature, ça n'a rien à voir avec la menthe. J'ai mis un lucan, un cerf-volant, parce que je l'aime bien. Il n'y en a presque plus.

Et dans ma langue, on l'appelle le seigneur sauvage pour le mal, et la dame de la forêt sauvage, quand elle n'a pas de corde, pour la femelle. Et ça me rappelle un travail sur le berger Kerambos, dans un ouvrage intitulé « La Tortue et la Lyre », où on voit qu'un berger se comporte mal par rapport au dieu, et il est transformé. Il s'appelle Kerambos, ça veut dire lucan, un cerf-volant. Il est transformé en cerf-volant.

Il est condamné à manger du bois du chêne à perpétuité. Je reviens à la menthe. Je disais que je pars d'un contexte d'enquête lexicale. Je suis sur un atlas linguistique, qui consiste à aller interroger des locuteurs natifs, en leur posant 3000 questions sur 145 points d'enquête, ce qui permet l'accumulation de 4000 à 5000 heures d'enregistrement.

Le plus long, c'est ensuite transcrire et faire une carte, question par question, la belette, le petit doigt. C'est essentiellement des termes concrets, évidemment, et il y a une partie grammaticale sur laquelle je ne reviens pas. Dans l'enquête, on demande aux gens comment ça s'appelle, par exemple si je montre le lucan, mais après je refais un tour derrière, ce qu'on appelle les faits négatifs, les réponses proposées, suivant la technique des folkloristes et de Ravier.

Comment vous appelez les 12 premiers jours de l'année, ou le cycle des 12 jours ? Il ne sait pas, mais je reviens et je lui propose des réponses plausibles. Il me dit, ah oui, oui, je ne disais pas mon grand-père, on lance un filet, on ramasse beaucoup d'informations. La méthodologie d'enquête, c'est question-réponse, mais dans mon cas, j'ai essayé de produire un contexte autour du mot recherché, et dans certains cas, comme celui de la menthe, les gens ont parlé de leur savoir empirique et ont donné des récits que j'ai recueillis, et dont certains, vous allez le voir, sont connus ailleurs, et une dizaine de récits qui m'ont paru originaux, parce que même s'il y a eu beaucoup de correcteurs en Pays-Basque, à date depuis longtemps, ces récits n'ont pas été recueillis, et c'est déjà un de leurs avantages.

Je vous montre ce que sont des cartes linguistiques. Je fais ça, par exemple, pour Madame les Vierges Buissonnières, où on voit que, par exemple, pour la carte épine, Arantxa est dominant sur tout un espace, et c'est de là que vient la fameuse Arantxa Sud, dont vous avez vu une photo l'autre jour, en Notre-Dame-des-Vignes. Par contre, du côté de chez moi, à droite, on dit Sista, typique, ou bien Elori.

Alors, une remarque, aujourd'hui, beaucoup de jeunes filles s'appellent ou Arantxa, il y a des joueuses de tennis, et quelques-unes qui s'appellent Elori. Ça, c'est pour la carte épine. Puisque dans la désignation du prunelier, il y a Prunus et il y a Spinoza, je crois, vous allez voir que dans la carte suivante, on va retrouver les deux mêmes motivations, avec le Pacharan, que certains ont vu ici, et qui est un jus, un produit à partir de la prune sauvage, on voit que c'est parti partout, Aran qui l'emporte.

Alors, je reviens maintenant à la vraie carte, qui nous intéresse, c'est la suivante, la carte concernant la menthe, le sujet d'aujourd'hui. En gros, je fais une remarque sur l'étymologie à partir d'un article de Laffont, qui, lui, est persuadé que le Basque vient des langues caucasiennes. Il y a trois formes majoritaires. Un patan, batan, dont il explique que c'est lié avec certaines langues du Caucase, de l'Ocète, pitines, peut-être.

Admettons, c'est une désignation assez éloignée des langues romanes. Au milieu, Menda, tout le monde reconnaît le terme venu du latin. Et à droite, les mots qui m'intéressent, alors, la région, c'est Saint-Jean-Pied-de-Port, Mont-Léon, pour ceux qui connaissent. Et c'est Peldo, Meldo, Meldou.

Peut-être que ça vient de Mendo aussi, et c'est une forme assez éloignée de Menda, mais je n'en sais rien. Alors, quand je parle de la menthe, c'est la menthe en général, et pas les 15 sous... Je ne sais pas si c'est sous espèces. La menthe en général.

Donc, je vais parler surtout de l'espace qui est un peu à droite, qui n'est pas en vert ni en bleu. Je parle ensuite de la menthe sur les espaces voisins, que vous connaissez aussi bien que moi. Dans le dictionnaire de Sergent, il y a l'article ambiguïté, qui montre comment certains attributs opposés sont donnés à des protagonistes. La menthe, soit elle est bénie et bienfaisante, soit elle est maudite et malfaisante.

Il y a de très nombreux récits. Je parlerai très, très peu. Ensuite, à partir de Tenière, sur les actes et de Proppes, sur la morphologie du comte, on voit la variation du protagoniste. Le protagoniste, dans la plupart des récits qui m'intéressent, c'est la menthe, mince peut-être, la fougère, la renouée, le chardon, la ronce, l'aubépine, l'ortie et même l'agave dans un récit de Amadeus.

Dans mon domaine, je n'ai pas beaucoup recueilli d'informations de type, disons, encyclopédique, sauf que la menthe, on s'en sert pour frotter les abeilles dans les anciennes ruches qui étaient formées d'une armature d'osier, bouse de vache, on frotte avec la menthe. Sinon, je n'ai pas recueilli grand-chose. La suite, le récit que vous connaissez bien, par exemple, c'est celui de la menthe qui est coupable parce qu'elle trahit l'enfant Jésus lorsqu'il s'enfuit, poursuivi par Hérode.

Alors ça, c'est Lodo qui est ramassé dans le Tarn, vous connaissez sans doute. Je traduis rapidement. Les semeurs sont en train de semer. Le blé est en train de s'engrener.

Ils commencent à faire, disons, des petites faux. Ils commencent la gavelette, ça me rappelle la vieille. Là, c'est la première javel, la première gerbe. Et la Sainte Vierge passe.

Il y a des soldats qui demandent s'ils n'ont pas vu des enfants. Eux, ils disent que non, ils ont traversé la mer. Vous n'avez pas vu une petite jeune fille ? Et alors, c'est la menthe qui se met à crier.

Oui, elle est derrière la gerbe. Et alors, ils ne sont pas attrapés quand même. Et là, l'enfant se lève et leur dit « Vai, vai, tu mentas, tu fleuriras, tu fleuriras, mais tu ne graineras pas. » Et il y a déjà là le jeu de mots entre menthe et mentir.

Et ce jeu de mots est repris dans les contes catalans d'Amade, ou Amadeus. Alors, ça c'est, ce comportement, la menthe, bon, elle va être punie. L'autre récit, c'est un peu la même chose. La menthe bienfaisante.

Alors, la Vierge Marie va très mal. Elle a appris qu'elle est poursuivie. Elle a très mal au ventre. Non, le lait qu'elle fournit donne mal au ventre à l'enfant Jésus.

Alors, elle fait une soupe dans laquelle elle met de la menthe. Et l'enfant dérit aussitôt et donne de la menthe bénie, bienfaisante.

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