L’If, stèle vivante et phénix

L’If accompagne Homo Sapiens* depuis ses premiers pas. Chasseurs, druides, anthropologues, mythologues, alchimistes (et même, de nos jours, les laboratoires pharmaceutiques qui luttent contre le cancer) : tous se passionnent pour les propriétés de cet arbre qui défie le temps et les époques. Quelles-sont les raisons d’une telle longévité et surtout d’une telle diversité d’usage : funéraire, guerriers, textile, religieux, médicinal ? Cet arbre « tue et guérit à la fois ». Très initiatique comme programme ! Car en plus de défier nos instruments classiques de datation, cet arbre a développé la propriété de se consumer de l’intérieur et de renaitre de ses cendres, tel un phénix…  

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A partir d’un exemple tiré de sa propre histoire, Jacques Berruchon nous propose ici de parcourir la symbolique de cet arbre et de découvrir l’immense richesse de ses propriétés et usages.

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De Yggdrasil, « Arbre Monde » dans la tradition nordique, à Dagda, « Bon Dieu » des druides irlandais…

Souhaitez-vous découvrir les spécificités pour le moins extraordinaires de cet arbre, contemporain de Stonehenge ?

Eléments de réponse de Jacques Berruchon dans cette allocution filmée lors du XLIe congrès de la Société de Mythologie Française portants sur la mythologie des plantes.

* Jacques Berruchon nous dévoilera même, au cours de cet exposé, qu’une récente découverte archéologique (en cours de confirmation actuelement) attesterait que même l’homme de Neandertal vénérait cet arbre.

Extrait de la vidéo

J'ai essayé de faire quelque chose de plus personnel et de tenir compte de découvertes récentes. Auprès de mon if j'ai vécu heureux, c'est un if irlandais, mâle, il a été planté sur un ex-potager vers 1905, peut-être à la suite d'un deuil cruel d'ailleurs, puisque ce serait la mort d'un enfant avec sa mère. Je suis né à quelques mètres de lui et depuis je l'ai régulièrement fréquenté chaque été et j'en suis désormais le serviteur, parce que cet if est une personne.

Voyez sa photo en 1900, la flèche verte désigne ces rameaux qu'il tend vers le haut, un tantif irlandais, il dirige ses branches vers le haut, l'if anglais lui dirige ses branches à l'horizontale plutôt. Le voilà ce jeune homme, parce que c'est un jeune if quand même, et il est sous un érable sycomore, il a un petit peu les pieds dans l'eau aussi, ce qui fait qu'il est assez prospère. Vous voyez d'ailleurs qu'on a essayé de relever sa couronne comme on dit et il nous a montré qu'il a beaucoup souffert, c'est plus rouge que brun ces coupes, et il a réagi en envoyant de multiples petits rejets, voyez quelle vitalité il a.

La vue classique de l'if, Taxus bacchata aliné, c'est une apparence de conifère, et j'insiste sur les arilles qui ne sont pas des fruits, c'est une excroissance de l'enveloppe de la graine, cette arille est la seule partie qui soit comestible dans l'if. Ce dessin était un peu équivoque, le dessin de la coupe de fleurs mâles, vous verrez pourquoi, parce qu'il y a un dessin d'orifromage qui y ressemble, mais ce n'est pas du tout la même chose.

Donc voilà l'if dans toute sa splendeur, et j'ai une photo assez exceptionnelle ici, c'est qu'au moment d'un coucher de soleil, le reflet sur l'eau d'ailleurs de ce coucher de soleil fait qu'il apparaît rouge, et dans le dakda qui a comme symbole l'if, passe aussi pour être un rouge, cette couleur rouge se voit très bien, ça se voit aussi sur ses coupes évidemment. Pourquoi une telle fascination pour cet arbre ?

Parce qu'un peu plus loin il y a un vieux chêne qui a 600 ans au moins, un bornier probablement, et un immense érable sycomore qui est juste au-dessus. Le bruissement du vent dans leurs feuilles évoque les voix des chers disparus, de mes chers disparus, mais c'est lui l'if qui capte l'attention. Alors pourquoi ? Il a du caractère, il a une présence, il occupe les lieux, chacun en éprouve un respect distant, il n'incite ni à la conversation, il n'est pas drôle, ni à profiter de son ombre, il faut le contourner, c'est d'ailleurs pour ça qu'on a fait relever sa couronne.

On connaît, tout le monde le sait, sa toxicité violente qui est bien réelle, et à vrai dire, enfant, on disait de ne pas en approcher, mais je le voyais, mais ne le regardais pas et je l'observais encore moins. Et aujourd'hui, avec ce qu'il est courant de savoir sur l'if, trois caractéristiques nourrissent une mythologie qu'ils appellent du quotidien, c'est la dureté et la souplesse de son voix, sa longévité exceptionnelle, et la toxicité de toutes ses parties, sauf les fameuses arilles rouges qui sont comestibles, on en fait même de la confiture.

Son bois est dur, sans les graines, son bois est dur mais flexible, il est donc idéal pour fabriquer des armes, pour la chasse et la guerre, et en particulier des arcs, d'où une étymologie qui voudrait que Taxus vienne de Toxon, l'arc en grec, il y a au moins deux autres étymologies proposées. Il a été découvert une lance en bois d'if fichée dans le thorax d'un mammouth, 400 000 ans. Euthy était porteur d'un arc en bois d'if de 1m83 de long, et tout le monde sait qu'il a contribué à la mort de la fine fleur de la chevalerie française, surtout à Azincourt, et nous serions peut-être anglais aujourd'hui s'il n'était apparu d'autres types d'armes, en particulier des armes à feu.

Il tue aussi le gibier, mais alors pour le gibier, les Gaulois utilisaient en plus un poison, c'était de l'élébor, qui rajoutait l'if. Donc très utilisé au néolithique l'if, on l'a retrouvé, il y a un article extrêmement intéressant publié par Martin et Thiebaud de Genève sur le fumier fossile qu'ils ont découvert dans les Alpes, avec des traces importantes de branches d'if, ils servaient probablement à assainir les bergeries, donc c'était les branches brutes, et les habitations, car il est insecticide, mais aussi bactéricide.

Le bois d'if, chacun le sait, sert en boissellerie, mais, là on parle de tonneaux en if, pour ce qui est de la Gaule romaine, c'est absolument faux. Nous avons des centaines de vestiges de tonneaux, mais aucun effet de bois d'if, il faut bien le retenir, d'ailleurs je pense que le vin serait un petit peu raide. Certains foyers néolithiques découverts dans les Alpes contenaient jusqu'à 90% de charbon d'if, traduisant une utilisation quotidienne à une époque où il était courant.

On va voir pourquoi il était courant à cette époque, c'est la période dite Atlantique. Il vit, c'est sa deuxième propriété, il vit très longtemps, le plus vieil if du monde aurait 4000 ans, il est à Languernive, au nord du pays de Galles, contemporain de l'édification de Stonehenge, la Normandie, comme chacun sait, comporte des ifs millénaires, ceux de la haie de Routeau, deux ifs, on peut y mettre, il y a deux chapelles, on peut y mettre un certain nombre de personnes, un nombre assez grand, et le plus vieil if français se trouverait à Estrie, dans le Calvado, il aurait pu nous connaître, Clovis, Ditton.

Vous allez voir que c'est, il faut nuancer un peu ces choses là, sa longévité, en fait une stèle vivante qui explique sa présence dans les cimetières, où de tout temps il était le gardien des morts, et là c'est une donnée récente, c'est une communication orale à la société Nantes de préhistoire, suite à une fouille récente, non encore publiée, donc le président nous dit qu'on aurait trouvé des feuilles d'ifs miraculeusement préservées sous des cornes de cerfs, dans une tombe du Mésolithique, donc Neandertal lui attribuait probablement une valeur symbolique.

Il a été trouvé en Égypte, deux cercueils en bois d'ifs, on en a trouvé aussi en Corse. La mort, il la fréquente de près, puisque sa longévité lui fait émettre des racines qui au fil du temps vont se diriger vers les tombes, et il lui arrive, il y a eu des constatations archéologiques, de pénétrer dans la bouche des morts, ce qui est évidemment très suggestif.

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