L’Inde et le dialogue des religions

Conférence de Jean Mouttapa, éditeur chez Albin Michel Spiritualités.Jean Mouttapa est l’auteur chez Albin Michel, entre autres, de Religions en dialogue, Dieu et la révolution du dialogue et La parole au cœur du corps.
Il est né d’une famille transculturelle de Pondichéry, catholique avec des racines indiennes et vietnamiennes. Ne se prétendant pas spécialiste de l’Inde, il est toutefois un observateur zélé du dialogue interreligieux où l’Inde va démontrer une place prépondérante.

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L’Inde est-elle le foyer précurseur du dialogue interreligieux ?

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La présentation de trois personnages majeurs va nous permettre d’entrer dans le vivier religieux de l’Inde : l’empereur Ashoka, Akbar le Moghol et le philosophe Vivekananda.

Ashoka, après avoir été un empereur et guerrier sanguinaire affrontant la conquête d’Alexandre au IIIe siècle avant notre ère, devient bouddhiste. Une révélation portée par l’un de ses petits neveux, rayonnant, lui fait adopter la non-violence et la tolérance religieuse dans tout l’empire.

Akbar est le grand Moghol de la seconde moitié du XVIe siècle, descendant de Tamerlan et de Gengis Khan. Il prône à son tour la non-violence et la compassion. Favorisant le dialogue entre les diverses tendances islamique, il se signale dans l’histoire chrétienne comme ayant reçu les jésuites de Goa pour intégrer le christianisme à son projet de dialogue interreligieux. L’un de ses fils est considéré aujourd’hui comme l’un des fondateurs du comparatisme religieux.

Vivekananda, né au Bengale à la fin du XIXe siècle, philosophe, s’intéresse à la pensée du brillant Ramakrishna lequel perçoit une convergence non syncrétique des religions.
Vivekananda deviendra malgré lui et avant l’heure un tenant de l’unité transcendante des religions.

Extrait de la vidéo

Le mot spiritualité, malheureusement, écorche encore quelques oreilles. Et donc je me présente plutôt comme éditeur, en général, éditeur chez Albain Michel, parce que je fais aussi des documents, des documents d'histoire, des documents sur la Shoah, des témoignages qui ont tous plus ou moins trait, bien sûr, à des questions d'ordre religieux ou spirituel ou d'histoire des religions. Voilà, à part cela, je n'ai aucune expertise, aucune, pour ce qui concerne l'Inde, malgré les apparences, malgré, j'allais dire, ma gueule de métèque, c'est un peu de circonstance aujourd'hui.

Mon père était français de Pondichéry, n'y est jamais retourné, en tout cas, avant notre rupture. Je sais qu'il y est allé après. Lui-même était donc de tradition catholique. Dans la famille, ils étaient français depuis 1915 et catholiques depuis plus longtemps.

Est-ce qu'il s'était fait catholique pour devenir français ? Peut-être. Surtout, il était de cette communauté d'Indiens pondichériens français qui étaient aux côtés des colons français en Indochine. Donc, il a vécu toute sa jeunesse, son enfance, il est né à Yfong, son enfance, sa jeunesse, son adolescence au Vietnam.

Et il n'a fait que passer à Pondy deux petites années, je crois, avant de faire ses études en France et donc d'y rester parce qu'il s'est marié. Si je vous raconte ça, c'est pour vous dire à quel point je n'ai pas eu, je n'ai eu aucun élément de culture indienne, quelques petits éléments culinaires, mais c'est vraiment très peu, et qui étaient d'ailleurs plus vietnamiens qu'indiens. Je me suis malgré tout intéressé à l'Inde d'abord, je vous dirai pourquoi tout à l'heure, parce que j'en ai connu quand même quelques aspects concernant les castes plutôt négatifs.

Et ensuite, parce qu'en tant que chrétien, je me suis beaucoup intéressé au dialogue interreligieux, dont j'ai été, dont j'essaye d'être toujours un acteur. Et j'ai essayé de travailler l'histoire du dialogue interreligieux des origines à nos jours, si vous voulez. Qu'est-ce qui fait qu'on sait que les civilisations se sont intéressées les unes aux autres ? Ce n'est pas évident, parce que la plupart du temps, elles se sont fait la guerre.

Et voilà, c'est l'objet de ce travail en stand-by pour l'instant que j'avais commencé il y a 15 ans, que j'ai beaucoup avancé d'ailleurs, et qui devrait voir le jour dans 15 ans, parce qu'entre temps, je suis très pris par d'autres combats. Et justement, dans ce travail, je me suis aperçu de l'importance de l'Inde. Alors entre temps, bien sûr, étant devenu, et ayant repris le flambeau de ce département spiritualité qui a commencé avec Jean Herbert, enfin, ce n'était qu'une collection au départ, mais qui a commencé avec Jean Herbert, orientaliste, dans les années 40 même, avant la mort de Gandhi.

Jean Herbert publiait Gandhi, avant la mort de Ramana Maharshi, avant la mort de Mahamanda Moï. Et donc, ce département qui s'était diversifié avec Marc de Smet, mais quand même, restait, au moment où je l'ai pris, très marqué par l'indianisme. Donc, c'était étrange de me retrouver avec le nom que je porte à la tête de ces collections. Et puis, donc, ce travail sur le dialogue interreligieux m'a ramené sur l'Inde, au début, au milieu et à la fin.

Je vais essayer de vous en dire deux mots. Je vais juste prendre quelques noms qui me semblent importants. Trois noms indiens surtout, Ashoka, Akbar et Vivekananda, et puis peut-être quelques autres qui m'ont aussi passionné au cours de ce travail que j'ai fait. Mon premier chapitre ne pouvait être qu'Ashoka.

Ashoka, vous savez, dont on voit, il y a une chaîne hôtelière indienne qui porte ce nom, il y a une marque de ventilateurs, on voit le nom sur les énormes camions, sur les routes, etc. Très connu comme le premier unificateur de l'Inde, mais aussi comme un très, très grand personnage qui a mal commencé. Il a mal commencé parce que c'était le petit-fils de Chandragupta, donc on est au IIIe siècle avant Jésus-Christ.

Chandragupta qui était un guerrier assez cruel. Enfin, du moins, c'est ce que les Grecs rapportent. Les Grecs qui, au temps d'Alexandre, s'étaient heurtés à lui. Alors là, il y avait eu déjà des petits contacts, des petites dialogues, des petites bribes de dialogue entre ces Grecs débarquant en Inde de l'Ouest, du Nord-Ouest, et ce qu'ils appelaient les gymnosophistes, c'est-à-dire les sages nus.

Ils avaient dû voir des sanyasines dans les forêts. Ça s'était limité là, et puis Chandragupta les avait boutés hors de l'Inde. Donc, il ne l'aimait pas beaucoup. Et donc, son petit-fils était de tradition absolument guerrière.

Il a largement augmenté la surface de l'Empire, et il a même fait une guerre absolument atroce qu'il décrit lui-même plus tard après sa conversion pour s'emparer du royaume du Kalinga, où il décrit les 150 000 déportés, les 100 000 morts, etc., qu'il a lui-même causés. Mais cette guerre, justement, du Kalinga, le plonge, après toutes ces atrocités, dans une sorte de dépression. Il est là, dans son palais, et il a soudain une apparition.

Il voit son neveu, un enfant de 7 ans, porteur d'une paix intérieure, d'une noblesse, d'une grandeur inouïe, et il l'appelle. Il faut dire que ce neveu, c'est le seul neveu qui lui reste, puisqu'il a tué 98 de ses frères pour s'emparer du pouvoir. Il n'en reste qu'un seul, et ce neveu, c'est le fils du frère, qui aurait été le frère héritier légitime, si vous voulez. Et ce neveu est converti au bouddhisme, parce que le bouddhisme est né quelques temps avant, il n'y a pas trois siècles, et restait, en fin de compte, une petite secte parmi d'autres, parmi la multitude, la diversité indienne déjà de l'époque.

Mais, petit à petit, commence à séduire les élites, et entre autres, la mère de ce neveu, qui s'était converti au dharma. Et donc, première conversion, Ashoka est très, très intéressé, et très bouleversé par ce qu'il entend, par ce que lui explique, ce que donc le petit gosse de 7 ans lui fait l'école du dharma,

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