Comprendre la mosaïque du bouddhisme contemporain

Arhat ou Bodhisattva ? Theravada ou Mahayana ? Si le nombre de pratiquant(e)s du bouddhisme est en constante progression (700 millions de personnes dans le monde aujourd’hui), la compréhension de son histoire et de ses nombreuses composantes demeure en revanche toujours très parcellaire Tant auprès de ses pratiquants et sympathisants, que du grand public. Un voile d’ignorance qu’il s’agirait de lever ?

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Une expression circule dans les couloirs de certaines pagodes : « la voie du Dharma : sa première marche mesure dix centimètres…  Mais la seconde dépasse le mètre ! ». Cet échange se propose justement d’aplanir cette « seconde marche », d’en esquisser une graduation, des contours. Exercice de médiation tant culturelle que spirituelle.

Emmanuel Leroy - BAGLIS TVSandy Hinzelin BAGLIS TV

Revenir à cet axe central, socle et trait d’union de cette mosaïque : les quatre nobles vérités.

Sandy Hinzelin, interviewée par Emmanuel Leroy, nous rappelle ainsi les grandes lignes de la généalogie historique de cette philosophie. Elle nous rappellera aussi les grands principes que sont les quatre vérités des êtres nobles.

1. Constat : l’attachement, les cinq agrégats
2. Diagnostic et identification des causes : soif, ignorance et roue du Samsara
3. Le chemin à suivre comme voie de guérison
4. Le fruit

Souhaitez-vous embarquer avec Sandy dans son véhicule (« Yana ») pour découvrir à quel point l’amour, la lumière et la compassion jalonnent cette spiritualité, contrairement à ce que certaines voix, sur notre continent, ont pu affirmer au siècle précédent ?

Extrait de la vidéo

Bonjour Sandhya Anzala, bonjour, merci d'être là avec nous pour parler de la mosaïque du bouddhisme contemporain, ce qui est quand même tout un sujet, alors pourquoi c'est toi qui es là avec nous aujourd'hui à Bagdistevée, je crois que tu es docteur en philosophie et que tu as fait une thèse sur le bouddhisme tibétain, oui la nature de bouddha, et d'ailleurs tu as écrit aussi trois ouvrages, Habiter le moment présent, Tous les êtres sont des bouddhas, ce qui est aussi une promesse sympathique, tout à fait, et les douze doigts du karma, et puis tu es en train de préparer un quatrième ouvrage, oui, sur les vagues, exactement, et en plus tu es chercheuse associée alors au PHIER, qui est le laboratoire de philosophie et de rationalité de l'université Clermont-Dauvernier, oui c'est ça le PHIER, en fait c'est là où j'ai fait ma thèse, j'ai fait ma thèse en co-direction entre Clermont-Ferrand et le PHIER, et donc je suis restée rattachée au PHIER, voilà donc je pense que tu es la bonne personne pour nous parler du bouddhisme, et justement première question, c'est quoi le bouddhisme ?

Alors le bouddhisme, qu'est-ce que c'est ? Déjà je pense que c'est bien de dire que c'est un néologisme, enfin qui est apparu assez tardivement seulement au XIXe siècle, et en fait pourquoi ce mot a été trouvé, le bouddhisme ? Eh bien parce qu'on s'est rendu compte que dans différents endroits du monde, on parlait d'une personne qui s'appelait le Bouddha. Et est-ce que cette personne a existé ?

Alors ça c'est une grande question, il y a un débat là-dessus, bon pour les bouddhistes je pense que la question ne se pose même pas, et puis après au niveau des recherches universitaires, il y a un débat là-dessus pour savoir, bon j'ai pas plus creusé que ça donc je pourrais pas dire quels sont les arguments pour ou contre, mais il y a quand même pas mal d'éléments qui font dire que oui, il y a bien une personne qui s'appelait, enfin initialement Siddhartha, parce que Siddhartha c'est son prénom, on va dire son état civil en quelque sorte, et après Bouddha c'est un au sens pris qui veut dire celui qui s'est éveillé.

Donc a priori il y a quand même pas mal d'éléments qui montrent qu'il aurait bien existé. Et on le situe à peu près à quelle époque et à quel endroit ? Alors pour l'endroit j'ai commencé le plus facile, c'est le nord-est en gros de l'Inde actuelle, enfin c'est ce qu'on appelle la région du Magadha, donc aujourd'hui l'état qui s'en rapproche le plus c'est le Bihar, enfin Bihar peut-être à plus prononcer comme ça, en sachant que le Magadha c'est une région assez vaste, donc c'est plutôt donc nord-est de l'Inde actuelle on va dire, et la question c'était quand ?

Oui c'est ça, à peu près à quelle époque ? Oui alors voilà, là aussi il y a des débats, mais en gros on va dire 5e, 6e siècle avant Jésus-Christ, mais tout le monde n'est pas d'accord sur les dates. Alors comme on va parler de mosaïque, ça veut dire qu'il y a des formes différentes du bouddhisme, mais est-ce qu'il y a quelque chose de commun à toutes les formes qu'on va aborder ensuite ? Alors déjà comme je l'ai dit tout à l'heure, bouddhisme, tout le monde est d'accord pour dire qu'on se réfère à Bouddha, au Bouddha historique, voilà Shakyamuni, Bouddha Shakyamuni ou aussi qui s'appelait initialement donc Siddhartha, donc a priori il y a un consensus déjà sur la vie du Bouddha, en tout cas les principales étapes qu'il a traversées pour atteindre l'état d'éveil.

Au niveau de la vie, là aussi il y a différentes versions, chaque école on va dire a sa propre version de la vie du Bouddha, mais quand même dans les grandes lignes, on retrouve une enfance, un fils de roi, il avait toutes les qualités, il était promis à une belle destinée et puis il rencontre, je le fais très rapidement, il se rend compte qu'il y a la vieillesse, la mort, la maladie et plutôt que de devenir roi, et bien il préfère suivre un chemin spirituel pour trouver une solution, pour dépasser la condition humaine on pourrait dire.

Donc ça, il y a déjà ce point commun là, tout le monde se fédère autour de ça. Bon je suis allée vraiment très rapidement sur la vie parce qu'après il y a d'autres choses, il y a d'autres éléments, je pense qu'on y reviendra peut-être un peu plus tard après. Donc après justement là, moi j'ai tendance à dire, si vous ne connaissez rien du bouddhisme et si vous voulez savoir un peu de quoi il s'agit, c'est d'étudier les quatre vérités des êtres nobles.

Bon parfois on traduit aussi les quatre réalités des êtres nobles, mais c'est vraiment l'enseignement a priori où tout le monde est d'accord. Ça c'est le discours fondateur. Exactement, c'est le premier enseignement du Bouddha, donc là finalement on est toujours dans sa vie, voilà, il se rend compte qu'il y a de la souffrance, il veut trouver un chemin pour trouver une solution on va dire, il s'éveille et après il enseigne ce qu'il a découvert et le premier enseignement c'est ces quatre vérités-là.

Donc voilà, je crois... Tu peux nous rappeler les quatre vérités ? Oui bien sûr, je peux les rappeler les quatre vérités. Donc la première, c'est tout est souffrance.

Donc souffrance, c'est la traduction de dukkha en sanscrit. Donc j'aime bien préciser que c'est tout est souffrance, mais il faut bien lire la dernière ligne de la première vérité, quand il y a de l'attachement, il y a l'attachement aux cinq agrégats ou les cinq scandas. Donc ça, ça me semble essentiel en fait de bien voir la vérité dans son ensemble parce que parmi les mauvaises interprétations du bouddhisme, il y a une forme de pessimisme, tout est souffrance...

On reviendra à cette interprétation. Ouais, ok, on y reviendra après, mais en tout cas pour la première vérité, c'est très court, voilà, on naît, on vieillit, on meurt, parfois on est uni à ce qu'on n'aime pas, parfois on doit se séparer de ce que l'on aime, donc tout ça, ça génère de l'insatisfaction. Mais il précise bien que c'est un certain état de conscience qui génère tout ça, si je reformule la dernière ligne de cette première vérité.

Donc il y a un constat, il y a quelque chose qui ne va pas. Deuxième constat, deuxième vérité, comme un médecin, on va essayer de comprendre l'origine, la cause. Donc c'était déjà à la fin de la première vérité, il y avait quelques éléments, et il développe ces quelques éléments dans la deuxième vérité. On peut dire que c'est le diagnostic.

Exactement, donc on va essayer de repérer les causes. Et alors là, il peut déjà avoir quelques divergences selon les écoles, mais les deux grandes idées qu'on peut retenir, à mon avis, c'est, il y a un problème avec le désir, une certaine forme de désir, Trichna, donc parfois c'est peut-être mieux de traduire par soif, pour pas non plus avoir une mauvaise interprétation au niveau du désir, parce que c'est pas le désir en soi qui est nié, mais c'est une certaine forme de désir.

On parle d'ignorance aussi. Qu'est-ce que l'ignorance ? Peut-être on verra ça plus tard. Et après, la deuxième vérité, un enseignement qui permet de tout condenser, c'est ce qu'on appelle la coproduction conditionnelle, coproduction conditionnée, qui est représentée par l'image, la roue du samsara.

Voilà. Le samsara, on peut rappeler, on sait ce que ça veut dire. Oui, tout à fait, donc c'est un mot qui désigne, justement, cet état de souffrance permanente, on pourrait dire, tant qu'on n'est pas éveillé. Alors souffrance permanente, c'est un peu fort, mais, en gros, tant qu'on n'a pas découvert un autre état de conscience, a priori, on ne peut pas atteindre un véritable bonheur.

Voilà, ce sont les états de conscience insatisfaisants. Exactement, c'est qu'à un moment donné, ça ne peut pas marcher, en fait, même si, bien sûr, même si on n'a pas fait un certain chemin, on voit bien que dans notre vie, il y a des choses quand même sympathiques, ce n'est pas toujours désagréable, mais si on regarde sur la durée, à un moment donné, ça ne va plus marcher. Voilà. Troisième noble vérité, après ?

Troisième noble vérité, donc un constat, un diagnostic, un chemin. Voilà, on peut le présenter dans des ordres différents, mais en tout cas, un chemin pour se sortir du samsara, justement. Ce n'est pas définitif, cet état-là, ce samsara s'est construit. On peut guérir.

On peut guérir, on pourrait dire ça comme ça, donc troisième vérité, il nous propose un chemin. Et quatrième vérité, le fruit, donc nirvana ou éveil, selon les écoles, mais en tout cas, ça désigne bien que la conscience a fait un certain chemin qui lui permet de découvrir ou d'être dans un état d'être véritablement serein et, enfin, généralement, on parle de sagesse et d'amour. Enfin, voilà, c'est les deux mots-clés.

Donc ça, c'est vraiment ce qui est commun à toutes les formes de bouddhisme ? Je crois, oui. Après, le bouddhisme, c'est très vaste, mais il me semble que, oui, tout le monde sera d'accord là-dessus. Et alors, comment ça se fait qu'il y ait des formes différentes ?

Alors, comme dans toutes les voies spirituelles,

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