Le Jihad majeur selon Mullâ Sadrâ

Au même titre que la prière, l’aumône, le pèlerinage et le jeûne, le « Jihad » représente une obligation canonique pour tous les musulmans, qu’ils soient chiites ou sunnites. Mais à quoi pouvait donc bien correspondre cette notion de « guerre sainte » pour un philosophe perse du XVIIe. siècle, imprégné de philosophie platonicienne, comme Mullâ Sadrâ ? Et qu’impliquerait cette hiérarchisation (qui n'est pas une opposition) entre un Jihad « mineur » et un Jihad « majeur » ?

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« Le Jihad, c’est combattre les ennemis de Dieu et du Prophète » nous-rappelle Christian Jambet. Une affirmation qui, au-delà de son premier sens, littéral et guerrier, suggère plusieurs niveaux de lectures et de réalités : géopolitique, théologiques et … mystique.

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Le Jihad majeur est interne, « c’est un combat que l’on mène contre sa propre âme »

Christian Jambet nous cite le Hadith: « quittons le combat du Jihad mineur pour nous tourner vers le Jihad majeur, le combat de nos âmes » et le place en exergue de l’apophtegme* de Platon « il faut s’assimiler à Dieu, il faut se rendre semblable à Dieu, cela, dans la mesure du possible ».

Il s’agit de se prendre, soi-même, pour cible.

« L’ennemi à combattre n’est plus une personne qui pense différemment : il s’agit de se prendre soi-même pour cible » nous-dit Christian Jambet.

Il nous rapelle ainsi ici l'exigence de la vie contemplative que Mullâ Saddrâ appelait de ses vœux : « une ascèse progressive dont le but est l’unification avec l’intellect divin, puis l’assimilation à Dieu… ».

Un intellect qui se transforme en chef de guerre intérieure pour affronter un autre chef ennemi, nommé « ignorance »…

Quatre siècles se sont écoulés depuis Mullâ Sadrâ : quant est-il de ce rapport de forces entre ténèbres et lumiéres ?

Un exposé magistral, et passionant, enregistré lors des XVe Journées Henry Corbin, colloque placé sous l'égide : « Combat spirituel, combat terrestre ».

* apophtegme = « parole mémorable ayant une valeur de maxime ».

Extrait de la vidéo

L'objectif que je souhaite atteindre, au moins un peu, dans cette présentation, est le suivant, c'est de comprendre quelle signification pour un philosophe, pour un écrivain, pour un écrivain, pour un écrivain d'être humain, d'être humain, d'être humain, d'être humain, d'être humain, d'être humain, d'être humain, d'être humain, d'être humain, d'être humain, d'être humain, d'être humain, d'être humain, d'être humain, d'être humain, d'être humain, d'être humain, d'être humain, d'être humain, d'être humain, d'être humain, d'être humain, d'être humain, d'être humain, d'être humain, d'être humain, d'être humain Le philosophe iranien du XVIIe siècle de notre ère, Mullah Sadra, le djihad pouvait-il avoir ?

Le djihad est une, je ne traduis pas pour le moment, est une obligation canonique, pourrait-on dire, en islam, fait partie des obligations de la foi, et donc il serait vain de l'extraire artificiellement des obligations majeures. Tout musulman est par essence un mujahid, c'est-à-dire un praticien du djihad, et doit absolument combattre les ennemis de Dieu et du prophète. Ce point est une évidence pour tous, y compris pour les chiites qui sont désormais dominants, désormais, enfin pour peu, depuis peu dominants en Iran, en Perse, au XVIIe siècle.

Je veux dire par là que, contrairement à des images trop souvent reçues, le monde iranien, qui comprend non seulement la Perse, l'actuel Afghanistan, mais il faut s'en souvenir, une partie, une grande partie du sous-continent indien, et ça nous conduit quasiment aux limites extrêmes orientales du monde persanophone de l'Inde, et bien dans ce vaste, ces vastes terres iraniennes, c'est de langue persane majoritairement, le chiisme, quoique présent depuis les origines de l'islam quasiment, n'est devenu dominant que par la naissance d'un état, au sens presque moderne du terme, l'état safavide, au tout début du XVIe siècle.

Donc même, et j'ai presque envie de dire surtout pour des chiites, le djihad est une obligation majeure, au même titre que la prière, l'aumône, le pèlerinage et le jeûne. Alors pour Moulasadra, qui donc est un philosophe qui est mort probablement en 1640, certains pensent 1635, enfin un homme donc qui a illustré de la façon la plus éclatante l'essor philosophique et théologique et mystique dans l'espace de la religion chiite en Iran.

Pour quelqu'un comme Moulasadra, la thématique du djihad n'est pas d'abord celle d'un combat guerrier, au sens où l'on entend ordinairement ce terme. Alors il emploie une expression qui est tirée d'un hadith, probablement faux, enfin j'ai supposé qu'il y en ait qui soient vrais, je ne tiens pas à dire quels sont les hadiths qui sont vrais et ceux qui sont faux, attribués aux prophètes. En tout cas, parmi tous ceux qui sont attribués aux prophètes et qui sont des milliers et des milliers, ce hadith ne passe pas, en règle générale, pour particulièrement solide.

Mais il a eu cependant un retentissement tout à fait considérable chez les mystiques, chez les spirituels, chez les philosophes et d'autres formes d'ailleurs de théologiens. Mohammed aurait dit à ses compagnons, nous nous en retournons aujourd'hui du petit djihad, du djihad mineur, pour nous consacrer désormais au djihad majeur, au plus grand djihad, le combat dans nos âmes, ou de nos âmes. Et cette phrase a été commentée un très grand nombre de fois.

Elle n'oppose pas à la hiérarchie de djihad un combat, traduisons ainsi pour l'instant, mineur, de petite importance, ça ne veut pas dire qu'il ne soit pas important, celui par lequel les musulmans exterminent leurs ennemis, et un deuxième combat, lui de beaucoup plus grande importance, le combat par lequel les musulmans s'exterminent eux-mêmes. Je vais revenir sur cette formule. C'est-à-dire se prennent eux-mêmes pour cible, prennent pour cible leurs âmes.

Donc un combat tourné vers l'ennemi extérieur, un combat tourné vers l'ennemi intérieur. Et ce que semble dire le prophète, c'est que le combat contre l'ennemi intérieur est plus important que le combat contre l'ennemi extérieur, bien que celui-ci soit évidemment une obligation et une nécessité. Alors pour Moulassadra, eh bien ceci permet de concevoir toute sa philosophie morale, sa philosophie éthique.

Il s'agit en effet, pour lui, de considérer que notre intelligence, je dirais l'intellect, l'intellect humain, c'est-à-dire l'âme rationnelle, a deux missions dans son perfectionnement de soi. La première mission, la plus fondamentale, consiste à progresser vers la contemplation et la vie contemplative. Nous n'en parlerons pas précisément parce que la contemplation et la vie contemplative ne relèvent pas de la dimension du combat, mais relèvent des catégories que sont l'unification avec l'intellect divin, l'assimilation à Dieu.

Le mot d'ordre de la vie contemplative qui est emprunté par notre philosophe, à la suite de bien d'autres, à un apoptègue de Platon, c'est il faut s'assimiler à Dieu, se rendre semblable à Dieu dans la mesure du possible. Mais en dehors de cette mission que l'intellect humain reçoit de Dieu, s'assimiler à lui, il y a une mission qui consiste à être au combat. Notre intellect est au combat parce qu'il doit mener, conduire une purification morale qui est un combat contre soi,

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