Le combat pour l'Ange, propos de philosophie mazdéenne
« Que ceux que la métaphysique agacent, et bien qu’ils s’occupent d’autres choses ! », nous-dit ici Daniel Proulx, relatant, avec humour, les propos de l’islamologue/iranologue Henry Corbin. Si, comme nous, vous vous passionnez à l’idée qu’un lien invisible unisse les Troubadours à la pensée de Jakob Böhme, en passant par Dante, alors cet exposé vous ravira. Car il est en effet question ici de cosmogonie et théologie du monde perse : comment l’ancien « panthéon » mazdéen fut rénové par la figure de Zoroastre. Autrement dit, comment du mazdéisme, la Perse devint zoroastrienne. Nous sommes alors bien avant l’avènement du Christianisme et de l’Islam…
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Daniel Proulx a récemment exhumé des archives Corbin un livre non publié, complet, de 107 pages intitulé, « Propos de philosophie mazdéenne ». Il nous relate ici l’histoire de ce texte, l’évolution de son « histoire intellectuelle » au fil du séjour que Henry Corbin fit à Téhéran, de 1945 à 1954, puis nous propose une incursion dans le texte même…


Un précis d’herméneutique spirituelle comparée.
Ainsi, autour de cinq grands axes :
1°) la hiérophanie dans l’espace, 2°) la hiérophanie dans le temps, 3°) les angélophanies zoroastriennes, 4°) le mystère zoroastrien, puis 5°) les exégèses de la hiérophanie mazdéenne dans l’Iran islamisée
Daniel Proulx nous livre ici un précis d’herméneutique comparée, justifiant, dans la perspective corbinienne, la présence de l’Ange et le pourquoi de son Combat…
Souhaitez-vous ainsi découvrir « ce fil invisible » qui rattache l’Iran « à la grande patrie des philosophes et des poètes » ?
Eléments de réponses dans cette allocution enregistrée lors des dernières Journées Henry Corbin à l' E.P.H.E.
Extrait de la vidéo
Donc aujourd'hui, j'ai décidé de vous parler d'un texte inédit d'Henri Corbin qui s'appelle « Le combat pour l'ange ». Si tantôt avec M. Jambet, on était très centré sur Suravardi, ici on va se recentrer sur Corbin lui-même. Puis on va essayer de situer un petit peu ce texte dans sa pensée.
Pour faire ça, on va d'abord commencer avec l'histoire matérielle, on va ensuite passer à l'histoire intellectuelle du texte et ensuite on va faire vraiment une incursion dans le texte. Donc ce livre inédit a été élaboré à partir d'une conférence que Corbin prononçait à l'Institut franco-iranien de Téhéran le 22 mai 1947. Une étude qui est inédite en français, mais qui a été publiée dans une traduction italienne faite par Raphael Hebji en 2011.
Je précise que je ne connais pas tout à fait les circonstances qui ont mené à la publication du texte en italien et que moi j'ai travaillé essentiellement à partir du texte qui se trouve dans les archives Corbin, puis que toutes les citations qui seront lues aujourd'hui sont les citations, les mots de Corbin lui-même. Donc le manuscrit dans la version amplifiée et remaniée de la conférence de l'Institut franco-iranien est daté et signé du 7 avril 1950.
Donc trois années séparent le texte de la conférence initiale prononcée en mai 47 et la version quasi-finale du texte que l'on trouve dans les archives Corbin. Ce texte est une dactylographie de 107 pages, accompagnée d'une page de présentation manuscrite destinée à l'éditeur et d'une table des matières présentant cinq grands thèmes et divisées en 16 sections de cinq à dix pages chacune. À noter que le texte a été dactylographié à partir de deux machines à écrire différentes, puis pour la personne qui a fait le catalogue des archives Corbin, il faudrait un jour prendre le temps de vérifier les typographies pour voir si on est capable de restituer encore plus précisément le texte lui-même.
Donc les cinq grandes sections, donc d'abord la hiérophanie de l'espace, ensuite la hiérophanie du temps, les angélophanies zourastriennes, le mystère zourastrien, puis l'exégèse des hiérophanies masdéennes dans l'Iran islamisé. Ici juste une petite note sur le mot exégèse, en 50, de 47 à 50, Corbin utilisait exégèse plutôt que herméneutique ou herméneutique spirituelle. Donc avec ce texte-là, ce qui va être très intéressant, c'est justement de situer des évolutions dans son langage et dans sa pensée.
Donc si j'ai précisé qu'il s'agit d'une version quasi-finale du projet de livre de Corbin, c'est parce que sur la page de présentation manuscrite destinée à l'éditeur, Corbin précise que l'introduction a été préparée dans un autre cadre et qu'elle nécessite encore quelques ajustements pour bien introduire l'architecture des différentes sections du livre. Il indique également qu'un postlude d'une dizaine de pages sera aussi à ajouter au manuscrit.
Celui-ci devait discuter, dit-il, de l'aspect masdéen de l'ange. Dans ça, je cite sa signification absolue actuelle. Donc un postlude qui, d'après mes recherches, n'a jamais été écrit. Donc malgré son intention d'ajuster l'introduction et d'ajouter un postlude, on peut considérer ce texte de 107 pages comme un texte final, puis il ne s'agit pas d'un texte fragmentaire ou reconstitué.
Donc sur l'origine des textes qui composent ce livre, plusieurs choses sont à dire. D'abord, deux projets distincts ont porté le même nom, qui est « Le combat pour l'ange ». Donc il y a d'abord un texte inédit, celui que je présente aujourd'hui, et qui est le premier projet à porter ce nom. Il faut savoir que le titre « Combat pour l'ange » est lui-même déjà une transformation du titre originel de la conférence du 22 mai 1947, qui était simplement intitulée « Propos de philosophie masdéenne ».
Ce premier titre est encore présent sur le tapuscrit du « Combat pour l'ange », mais Corbin propose à l'éditeur ce nouveau titre qui correspond à la neuvième section du texte. Le titre de la conférence du 22 mai 1947 a lui aussi pris plusieurs formes. D'abord, « Recherches philosophiques autour de Zaratustra », ensuite « Essais de philosophie masdéenne autour de Zaratustra », et finalement « Propos de philosophie masdéenne ».
Puis la rédaction de ce texte-là fut terminée le 14 mai 1947 à 4h40 du matin. Donc on voit que M. Corbin travaillait très tard le soir. Donc au départ, « Le combat pour l'ange » était destiné à être publié dans le recueil « L'âme de l'Iran » sous la direction de René Grousset.
Toutefois, dans une lettre du 23 mai 1950 envoyée à ce dernier, Corbin indiquait « Relisant la conférence que vous aviez tenue en main, « Propos de philosophie masdéenne », elle ne m'a pas plu du tout. J'ai refondu toutes les notes que j'avais rédigées là-dessus et tout ce qui a mûri dans ma tête depuis. Il en est résulté un manuscrit de 107 pages. La taille de l'article maintenant proposé par Corbin étant totalement disproportionnée pour le livre par rapport aux autres textes, il n'était plus possible pour lui de le publier dans ce volume-là.
Donc voilà pourquoi Corbin, il republiera finalement « L'Iran, patrie des philosophes et des poètes », un petit texte initialement publié dans l'Observatoire protestant à réforme qui datait du 19 octobre 1946. D'ailleurs, la présentation de Corbin faite par les éditeurs du journal, qui n'a pas été reprise dans « L'âme de l'Iran », mérite, je pense, d'être rappelée, parce qu'elle est quand même extrêmement significative.
Donc on y lit dans cette introduction faite par l'éditeur dans le texte « L'Iran, patrie des philosophes et des poètes », « Notre ami Henri Corbin, philosophe, traducteur d'Heidegger, qui fut le père de l'existentialisme, théologien, orientaliste éminent et particulièrement versé dans les problèmes de la philosophie iranienne », et là on annonce de quoi il nous parlera. Mais je pense que c'est quand même assez significatif la manière dont on présente Corbin à ce moment-là.
Donc je pense que ça résume vraiment bien le personnage Corbin. Pour revenir à la publication de « Combats pour l'ange », l'intention de publier le texte dans « L'âme de l'Iran » est aussi confirmée par une note de bas de page qui se trouve dans sa première conférence Eranos de 1949. Il écrit à la note 109 du récit d'initiation et l'hermétisme en Iran, « Voir nos propos de philosophie mazdéenne dans le recueil « L'âme de l'Iran », publication de la Société des études iraniennes Paris 1950 ».
Donc maintenant parlons du second projet ayant lui aussi porté le titre « Combats pour l'ange », ce qui n'est pas pour rendre la situation légèrement confuse quand on fait des recherches dans le fond d'archives. Donc le second projet portant le titre « Le combat pour l'ange » consistait à la publication des trois premières conférences Eranos de Corbin, celles de 49, de 50 et de 51, et du texte destiné au « Festschrift » de Jung pour ses 75 ans, puis qui correspond en réalité au volume 18 de l'Eranos-Yarbourg.
Dans l'ordre, ce livre devait relier le récit d'initiation et l'hermétisme en Iran, « Recherche angélologique », le livre du « Glorieux » de Jabir Ibn Ayan, « Rituel sabéen et exégèse ismaélienne du rituel » et « Le temps cyclique dans le masdéisme et dans l'ismaélisme ». Dans les dossiers aux archives, on trouve aussi