Shankara et la non-dualité

Shankara est né en Inde au début du VIIIe siècle. C’est l’un des plus grands philosophes de la pensée indienne, et son nom est intimement lié à celui de l’Advaita Védanta, terme sanskrit que l’on traduit par "non-dualité". Nous profitons de la réédition du livre de Michel Hulin (Ed. Almora, 2017) pour demander à son auteur de nous retracer la vie de Shankara.

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Distinguer les faits historiquement avérés de la légende, puis plonger dans l′interprétation traditionnelle des textes sacrés des Indes : telle est l’ambition de cet échange qui vous révèlera l′extraordinaire influence de la pensée de Shankara dans la philosophie indiennes ainsi qu’au sein des monastères.

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Spécialiste réputé de ces sujets, auteur de nombreux ouvrages, Michel Hulin nous donne ici une clef précieuse pour la compréhension du caractère universel et atemporel de la pensée de Shankara.

Extrait de la vidéo

Michel Hulain, bonjour, et c'est un plaisir de vous retrouver juste par caméra interposée pour parler de votre dernier livre sur Shankara que vous avez récemment publié aux éditions Almora, Shankara, ou La non-dualité. Permettez-moi de vous présenter puisque je crois que c'est la première émission que vous faites sur Bagliss TV, vous êtes indianiste de réputation internationale et vous êtes aussi philosophe, vous étiez professeur de philosophie comparée en même temps que d'études indiennes à la Sorbonne, et l'entretien que nous avons aujourd'hui ne peut pas ne pas me remémorer un certain nombre d'entretiens que nous avons eus aussi par le passé quand j'exerçais moi-même et j'enseignais la philosophie des religions.

Disons que l'intérêt qui nous est commun et qui va nous permettre de dialoguer aujourd'hui c'est justement la comparaison Orient-Occident que nous avons pratiquées l'un et l'autre. Alors en dehors de ce livre sur Shankara dont nous allons parler, j'aimerais rappeler aux téléspectateurs un certain nombre d'ouvrages que vous avez publiés précédemment, certains étant des ouvrages plus savants, plus techniques disons, mais un certain nombre d'autres, et c'est ceux-là que je vais citer principalement, étant à la fois savants bien sûr, mais disons accessibles à un plus large public, et je crois que c'est ce qui en fait leur intérêt.

Alors je voudrais signaler tout particulièrement « La mystique sauvage », ouvrage que j'aime personnellement beaucoup et que je m'arrive de citer très souvent, mais aussi la traduction que vous avez faite de la Bhagavad Gita et de certains extraits donc du commentaire de Shankara. Vous avez également publié un très beau livre qui s'intitule « La face cachée du temps c'est-à-dire l'imaginaire de l'au-delà » et enfin c'est le dernier que je citerai « La doctrine secrète de la déesse Tripura », c'est une traduction que vous avez effectuée vous-même et qui a été publiée dans la magnifique collection des documents spirituels chez Fayard.

Voilà, brève présentation, j'espère qu'elle vous convient, n'hésitez pas à ajouter tout ce qui vous paraîtrait nécessaire pour qu'on vous connaisse mieux. Disons que, si je peux intervenir brièvement, à côté de « La déesse Tripura » qui remonte quand même pas mal de temps, j'ai publié un autre ouvrage dans les années 80 qui a été récemment réédité et qui s'appelle, si ma mémoire est fidèle, cette récit initiatique tiré du Yoga Vajishtha.

Yoga Vajishtha est un texte un peu du même type que « La déesse Tripura » mais de beaucoup plus grande ampleur, d'ambition à la fois épique et métaphysique considérable. Donc je signale ça au passage. Vous avez raison et je vous en remercie. Alors, si vous le voulez bien maintenant, venons-en donc à ce livre n'est-ce pas qui va être l'objet de notre entretien.

Livre qui a, entre autres mérites, celui de répondre à un réel manque puisque, en effet, les ouvrages de qualité sur Shankara ne sont pas très nombreux, c'est le moins qu'on puisse dire. Et je dirais que votre ouvrage a aussi cet autre mérite de présenter à la fois une étude très savante mais en même temps très accessible, j'y insiste, et écrite dans un langage parfaitement clair, ce qui est important par rapport à des sujets tout de même relativement difficiles.

Et aussi vous présentez dans ce livre un choix de texte, texte que vous avez traduit vous-même et ce qui permet au lecteur d'avoir un aperçu à la fois théorique et concret de ce qu'était la pensée de Shankara, son style, etc. Donc je trouve ça, pour ma part, particulièrement intéressant. Pourriez-vous nous parler, puisque c'est l'objet de cet entretien, en quelques mots, de Shankara lui-même ? Votre livre laisse entendre que, comme beaucoup d'autres personnages de la littérature indienne, sa biographie se mêle d'éléments légendaires voire mythiques, n'est-ce pas ?

Et je crois que ce serait intéressant pour les téléspectateurs d'avoir une petite idée de ce que fut la vie de Shankara. Oui, volontiers. Oui, naturellement, vous avez raison, il est encore aujourd'hui assez difficile de séparer nettement les éléments biographiques à peu près assurés, et puis l'aura de sacré, de légende qui entoure la figure de Shankara. Alors, pour fixer les choses, et sans entrer dans des discussions compliquées concernant sa datation exacte, on considère aujourd'hui qu'il était probablement actif dans la première moitié du 8e siècle, c'est-à-dire dans les années 700-750.

En Inde, il y a une datation très précise des années de la biographie de Shankara, mais elle n'est plus considérée aujourd'hui comme fiable à aucun point de vue. Donc, disons, il vivait à cette époque, il était originaire de l'état actuel du Kerala, dans le sud-ouest de la péninsule indienne. On connaît même avec exactitude l'endroit supposé de sa naissance, une certaine bourgade appelée Kaladi. Au passage, à l'endroit supposé de sa naissance, évidemment, on ne peut pas imaginer qu'on va retrouver sa maison natale telle qu'elle, après des siècles, et surtout dans les conditions indiennes.

Mais enfin, il y a une maison qui est actuellement dans cette bourgade de Kaladi, qui est supposée être la maison natale de Shankara, qui a été évidemment rebâtie, embellie, etc., et qui, aujourd'hui, fait l'objet, je ne dis pas d'un tourisme de masse, ça serait exagéré, mais quand même, c'est assez actif. En particulier, ce qui est un peu émouvant, je trouve, c'est que du balcon de cette maison, en quelque sorte, on a une vue sur une rivière, un petit peu, un torrent, mais enfin une rivière assez tumultueuse, qui elle-même est liée de très près à ce qu'on pourrait appeler la vocation religieuse de Shankara.

En effet, le jeune Shankara, né d'une famille, bien sûr, de parents brahmins, très pieux, etc., donc, comme ça se fait encore aujourd'hui, avait l'habitude de descendre au bord de cette rivière pour faire toutes sortes, pas simplement d'abulsions, enfin oui, des abulsions corporelles, etc., mais aussi, comme les indiens le font encore, de se livrer à un certain nombre de rites religieux, d'offrandes, etc.

Et, une fois, lui est arrivé un accident, un crocodile l'a râpé par la jambe, et donc ses parents, notamment sa mère, voyant la scène et n'étant pas capable de lui porter secours, imploraient les dieux et, d'une certaine façon, fait le vœu que si son fils s'était relâché par le

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