Ce sujet suscite donc toujours autant d’intérêt et concerne autant les sociologues que les historiens des religions. Natale Spineto se livre tout d’abord à une typologie de l’eschatologie, cette étude des choses ultimes, en se référant aux travaux de Jean Carmignac, créateur de la Revue de Qumrân, et en distinguant les notions de Millénarisme, Apocalypse et Eschatologie.

Dans une seconde partie, l’auteur se livre à une étude comparative : les religions monothéistes considèrent-elles toutes les trois le même type de fin des temps ?
Qu’en est-il des traditions païennes, scandinaves, grecques, hindoue, mazdéenne, zoroastrienne, ismaélienne, dont la transmission fut, pour la plupart d’entre elles, essentiellement orale ?

Entre le IVème siècle et le XXème siècle, entre les écrits de Saint Augustin et les recherches de scientifiques tels que Henry Corbin, Mircea Eliade et Jürgen Kuhlmann, constatons-nous une continuité, une rupture, une polysémie de la vision eschatologique ? Orient et Occident en ont-ils la même conception ?
L’eschatologie est intrinsèquement liée à la conception du temps de chaque civilisation. Comme l’a établi l’épistémologue français Hervé Barreau, il existe trois conceptions du temps cyclique : linéaire, cyclique « le temps n’est qu’un éternel retour au mythe originel » ou ramifié « le temps est le lieu des possibilités ».
Si Dieu est le créateur du temps, il se placerait donc au dessus de lui ? Temps et Destin peuvent-ils être transcendés ?

Et pour conclure de citer Henry Corbin «Le Combat pour l’Ange » : « Pour nous, le temps, tel que nous l’impose et nous le fait vivre l’état de civilisation que nous appelons « moderne » s’étire au devant de nous et au derrière de nous comme une ligne droite se perdant à l’infini et inexorable perspective. Chacun de nous tombe dans le temps, il est prisonnier d’une date, il est ou il fut « de son temps », comme nous le disons hélas trop souvent, en croyant ainsi tout expliquer mais était-ce ou est-ce vraiment son temps « à lui » ?

Pour que son temps fut « son » temps, il faudrait que pour chacun la conjonction se fit par et à partir de son essence absolument propre. Est-ce un lien de ce genre qu’expriment nos dates chronologiques ? Pour qu’elles l’expriment, il faudrait précisément que notre vision du monde disposât du temps total d’une cosmogonie, d’un tout, qu’elle achèverait déjà par anticipation de son eschatologie, et qui conférerait alors à chaque moment sa signification essentielle parce que le moment du temps présent s’identifierait aux parties signifiantes de ce tout. Toute philosophie qui tente un effort de ce genre est devenue une théologie, en réalité une philosophie eschatologique. »