Fin des temps et vie après la mort - Modèles d’eschatologie

Depuis quelques mois, les théories qui annoncent la fin du monde pour le 21 décembre 2012 sont revenues sous les « feux » des médias. Cette rumeur date de 1986 alors des chercheurs ont découvert que le calendrier maya s’arrêtait à ce moment précis. Les adeptes du New Age, les marchands et prédicateurs s’y sont engouffrés car cette idée nourrissait leur soif de merveilleux, de distraction ou bien de peur, bien que tous les scientifiques : géophysiciens, astronomes et même les spécialistes de la civilisation maya aient récusé cette théorie de « fin du monde ».

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Ce sujet suscite donc toujours autant d’intérêt et concerne autant les sociologues que les historiens des religions. Natale Spineto se livre tout d’abord à une typologie de l’eschatologie, cette étude des choses ultimes, en se référant aux travaux de Jean Carmignac, créateur de la Revue de Qumrân, et en distinguant les notions de Millénarisme, Apocalypse et Eschatologie.

Dans une seconde partie, l’auteur se livre à une étude comparative : les religions monothéistes considèrent-elles toutes les trois le même type de fin des temps ?
Qu’en est-il des traditions païennes, scandinaves, grecques, hindoue, mazdéenne, zoroastrienne, ismaélienne, dont la transmission fut, pour la plupart d’entre elles, essentiellement orale ?

Entre le IVème siècle et le XXème siècle, entre les écrits de Saint Augustin et les recherches de scientifiques tels que Henry Corbin, Mircea Eliade et Jürgen Kuhlmann, constatons-nous une continuité, une rupture, une polysémie de la vision eschatologique ? Orient et Occident en ont-ils la même conception ?
L’eschatologie est intrinsèquement liée à la conception du temps de chaque civilisation. Comme l’a établi l’épistémologue français Hervé Barreau, il existe trois conceptions du temps cyclique : linéaire, cyclique « le temps n’est qu’un éternel retour au mythe originel » ou ramifié « le temps est le lieu des possibilités ».
Si Dieu est le créateur du temps, il se placerait donc au dessus de lui ? Temps et Destin peuvent-ils être transcendés ?

Et pour conclure de citer Henry Corbin «Le Combat pour l’Ange » : « Pour nous, le temps, tel que nous l’impose et nous le fait vivre l’état de civilisation que nous appelons « moderne » s’étire au devant de nous et au derrière de nous comme une ligne droite se perdant à l’infini et inexorable perspective. Chacun de nous tombe dans le temps, il est prisonnier d’une date, il est ou il fut « de son temps », comme nous le disons hélas trop souvent, en croyant ainsi tout expliquer mais était-ce ou est-ce vraiment son temps « à lui » ?

Pour que son temps fut « son » temps, il faudrait que pour chacun la conjonction se fit par et à partir de son essence absolument propre. Est-ce un lien de ce genre qu’expriment nos dates chronologiques ? Pour qu’elles l’expriment, il faudrait précisément que notre vision du monde disposât du temps total d’une cosmogonie, d’un tout, qu’elle achèverait déjà par anticipation de son eschatologie, et qui conférerait alors à chaque moment sa signification essentielle parce que le moment du temps présent s’identifierait aux parties signifiantes de ce tout. Toute philosophie qui tente un effort de ce genre est devenue une théologie, en réalité une philosophie eschatologique. »

Extrait de la vidéo

Je commence tout de suite en évoquant quelque chose, une petite mode de ces derniers mois, en Italie au moins, c'est-à-dire l'annonce qui est passée à la télé et dans les journaux et revues et qui a été aussi le sujet de conversation chez les débats télévisés et même dans les discussions informelles avec lesquelles les gens passent leur temps, l'information d'une fin du monde qui aurait lieu le 21 décembre 2012.

Ce n'est pas une nouveauté puisqu'on en parle depuis 20 ans et elle a été lancée en 1986 la première fois et elle a été très appréciée, elle a eu beaucoup de succès auprès du nouvel âge. Mais comme le jour de la fin du monde se rapproche, alors on a commencé, au moins en Italie justement, à en reparler. Et comme toutes les modes de ce genre, on en trouve traces tout de suite dans Wikipédia qui en donne une présentation équilibrée que je vous transcris en attirant de la version de Wikipédia italienne parce que la version française est plus scientifique, la version italienne est plus tranchante sur la question.

Alors le 21 décembre 2012, à la date dans laquelle, d'après les attentes diffusées dans des sites internet, dans les livres et à la télévision, il devrait se vérifier quelques événements historiques nouveaux ou une véritable catastrophe désastreuse. De telles attentes se fondraient sur la fin d'un des cycles du calendrier Maya. Cette idée ne trouve aucune base dans la communauté scientifique, ni dans la communauté géophysique, ni dans celle astronomique, ni par ailleurs chez la courant principale des chercheurs qui s'occupent des anciens Mayas.

Donc quelque chose qui n'a pas beaucoup de fondement apparemment, mais dont on parle beaucoup maintenant. Je l'ai évoqué simplement pour dire que le sujet de l'eschatologie ne manque pas d'être d'actualité, mais il n'interpelle pas seulement les sociologues, il interpelle aussi et surtout les religions du passé et du présent. Il est difficile, voire impossible, de donner un cadre systématique de ce sujet pour son ampleur et pour sa complexité.

Donc je me bornerai à présenter quelques considérations d'ordre général en essayant de réfléchir sur la possibilité de considérer ce thème d'un point de vue complexif, et surtout sur la possibilité de construire une sorte de typologie des eschatologies, en limitant mes exemples à ce qui était dispensable pour mon discours, et en me limitant à traiter des eschatologies cosmiques ou collectives, parce que normalement quand on parle d'eschatologie, on distingue entre eschatologie individuelle, le sort de l'homme après sa mort, et les eschatologies collectives ou cosmiques, la fin du monde.

Et là c'est deux problèmes qui sont très liés l'un à l'autre, mais qui demandent des discours partiellement différents et très complexes. J'ai choisi le problème de l'eschatologie collective, et j'adopte tout de suite la suggestion d'un ancien théologien français, Jean Carmignac, qui a traité du sujet et dont je parlerai plus tard, pour qui le mot eschatologie devrait être utilisé, premièrement pour indiquer l'étude des choses ultimes, et pas les choses ultimes elles-mêmes.

Alors comme il s'agit d'études des choses ultimes, des derniers temps, je prends comme point de départ l'un des premiers travaux scientifiques sur l'histoire critique des religions qui a paru, c'est-à-dire l'Encyclopédia of Religion and Ethics, qui présente un long article, eschatologie, c'est la période dans laquelle l'histoire des religions, qui est née seulement dans le dernier quart du 19e siècle, commence à se développer le plus, et elle est en train de construire son système conceptuel.

Il est intéressant de voir que dans le système conceptuel de cette discipline qui vient de naître, le concept d'eschatologie, à côté des concepts de rites, de mythes, de sacrifices, etc., a déjà une place. Le concept d'eschatologie continuera à être présent dans les encyclopédies et dans les dictionnaires des religions suivantes jusqu'à aujourd'hui, mais si on en fait une étude comparative, on se rend compte qu'après une définition normalement assez approximative du sujet, on laisse peu d'espace à l'étude de l'eschatologie des religions non chrétiennes, on parle surtout du christianisme, et on ne pose pas de problèmes épistémologiques.

On remarque aussi que le concept d'eschatologie dans les ouvrages collectifs ou dans les ouvrages généraux sur l'histoire des religions est de moins en moins présent. Et c'est assez frappant le fait que la dernière et plus importante encyclopédie des religions qui est apparue récemment, c'est-à-dire la nouvelle édition de l'Encyclopédie d'Eliade éditée par Lindsay Jones aux États-Unis, reprend l'article « Eschatologie » de Zwerverblavski, qui était un article très bien fait, mais d'il y a vingt ans, sans le mettre à jour, ou en ajoutant trois références bibliographiques qu'ils auraient pu même éviter d'ajouter.

Donc pourquoi cet intérêt assez limité pour le concept d'eschatologie d'un point de vue épistémologique général en dehors du christianisme ? On peut faire une hypothèse de réponse en prenant au point de départ la question terminologique. Il y a trois mots qui font partie de la famille sémantique de l'eschatologie, surtout le mot « millénarisme », le mot « apocalypse » et le mot « eschatologie », justement.

Or, le mot « millénarisme », qui naît d'un passage de l'apocalypse canonique que nous connaissons tous, est un terme qui a une origine et une histoire complètement chrétiennes, mais qui a été utilisé aussi, surtout récemment, en dehors de la religion chrétienne. Je cite par exemple un travail de Dominique Brickell sur la religion étrusque, où il parle de eschatologie, de conception eschatologique millénariste des étrusques.

Mais c'est un terme qui a toute une histoire plutôt complexe, sur laquelle je ne peux pas m'arrêter, à l'intérieur du monde chrétien. Deuxième terme de la famille de l'eschatologie, le terme « apocalypse », « apocalyptique », vient d' « apocalypsis », qui signifie « révélation », et qui vient d'une racine

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