La naissance de l’homme unifié à travers l’Evangile selon Thomas
Le XXIème siècle naissant porte un fait singulier que la chrétienté dans son ensemble n’a pas connu depuis dix-huit siècles : de nos jours, et selon nous, les forces vives du christianisme se situent en dehors de ses structures officielles. Ses caractéristiques ? Elles se déclarent ouvertement mystiques, happées par un souffle puissant qu’elles ressentent au plus profond de leur être. Si elles entrent régulièrement dans des églises pour y allumer un cierge, en dehors des horaires messes qu’elles évitent ; la liturgie leur parait désuète et les sermons mortifères autant de litanies abscondes. Où retrouve-t-on ces "brebis égarées" ? Expression que nous prêterions volontiers à l’aumônier du Titanic. Dans le chamanisme, le Bouddhisme, les cours de Yoga, les courants gnostiques et même dans la Franc-Maçonnerie.
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L’Evangile selon Thomas : un texte libertaire ?

De nos jours, grâce à des penseurs tels que Kant, Nietzche, Wolfgang Pauli, Jung et tant d’autres, les injonctions quant à nos croyances, notre conscience, notre mode de vie n’ont plus aucune epèce d’importance. L’individualisme qui caractérise notre époque attend, exige même, un sens personnel beaucoup plus profond qui n’a plus rien d’infantile ni de grégaire.
Le méditant sur Thomas n’a pas besoin d’intermédiaire ni de structure.
Néanmoins, "jeter le bébé avec l’eau du bain" serait une grave erreur car le christianisme recèle de nombreuses pépites, qui méritent d’être mise en avant aujourd’hui plus qu’hier. C’est le cas de l’Evangile selon Thomas. Un Evangile qualifié de "gnostique" puisqu’il nous invite à une perception intérieure de la sagesse de Jésus. En cela, il revivifie notre "royaume intérieur" mais ébranle ses structures temporelles ….
A la suite des Apollonius de Tyane, Basilide, Valentin, systématiquement pourchassés par cette vision paulienne de l’Eglise qui, ivre de son hégémonie, allait assoir un système basé sur le pouvoir et la coercition, souhaitez-vous découvrir l’Esprit de tolérance qui anime cet Evangile apocryphe ?
Eléments de réponse en compagnie de Michel Théron, François de Borman et Cédric Mannu.
Extrait de la vidéo
Bonsoir, merci d'être aussi nombreux à nous suivre sur Salamandre TV, merci aux équipes de Bac 10 TV d'avoir rendu cette émission possible. Vous nous rejoignez ce soir pour une émission sur la naissance de l'homme unifié à travers l'évangile selon Thomas avec deux invités qui sont François Debormann et Michel Théron. Je tiens à remercier ici Philippe Laurence en qui cette émission n'aurait pas été possible et qui nous a donné l'idée de prendre le temps en cette période si particulière de l'année d'aborder un thème qui va nous porter de la gnose jusqu'à la transformation de soi à travers un exercice qui s'appelle parfois Métanoïa.
Donc François Debormann, vous êtes l'auteur de ce très intéressant livre publié aux éditions MOLS et qui est donc repris chez Descret-de-Brouwer. Tout à fait, oui. Vous vous présentez en quelques mots comme marié ou un heureux grand-père, que pouvez-vous nous dire de plus sur ce qui vous a conduit à plus de plusieurs années de travaux sur l'évangilisme selon Thomas? Mais ce n'était pas du tout écrit dans les astres parce que mon métier de base jusqu'à ce que je sois mis à la retraite a été d'être ingénieur et donc j'ai travaillé dans l'industrie pétrochimique.
J'ai entre autres passé une vingtaine d'années à travailler sur l'environnement mais depuis longtemps je me suis passionné pour les droits de l'homme. J'ai toujours été intéressé par l'aspect humain, les questions philosophiques en fait et un jour tout à fait par hasard je suis tombé sur un bouquin, un bouquin de Jean Dorès d'ailleurs dans une librairie qui parlait de l'évangile de Thomas et je me suis dit tiens ça c'est intéressant je ne connais pas et j'étais très intéressé par le texte.
Le texte m'a tout de suite d'emblée parlé et en même temps je n'y comprenais pas grand chose parce que c'est un texte il faut bien le reconnaître quand on l'aborde comme ça hop, c'est pas évident de s'y retrouver et donc voilà à la fois l'intérêt pour la place de l'humain dans la vie et l'intérêt religieux aussi ou l'intérêt sur la destinée de l'homme ont fait que j'ai creusé et ça a abouti à ce livre.
Michel Théron, vous êtes l'auteur de nombreux livres qu'on va présenter au long de cet émission, un livre qui s'appelle Une voie aux éditions Dervis. Pour dire simplement il y a un autre livre qui a mon sens, un livre qui est petit par le format mais puissant par le contenu qui est La source intérieure aux éditions Goliath. Que pouvez-vous nous dire de votre parcours Michel Théron, comment vous êtes arrivé à l'évangile selon Thomas?
Oui, bonsoir à tous, je suis professeur de lettres à la retraite maintenant, j'étais professeur au lycée Joffre de Montpellier en classe préparatoire, en Hippocane et en Cagne, j'enseignais le français et le latin. Je connais aussi le grec de par ma formation. Pourquoi est-ce que je me suis intéressé à cet évangile selon Thomas? Il s'agit de quelque chose de très personnel.
J'ai constaté à la mi-vie, entre 40 et 50 ans, mettons à quarantaine, que d'un seul coup les choses cessaient d'avoir de l'intérêt et elles étaient en quelque sorte insipides. Donc c'est la fameuse crise de la mi-vie que j'ai trouvé analysée après chez Jung, dans l'oeuvre de Carl Gustav Jung. Et puis en ouvrant cet évangile selon Thomas, j'ai vu que l'essentiel pour conjurer cette dépression, cette anthropie, cette dégradation par le temps, très typique justement de la moitié de la vie, celle la même que les psaumes, par exemple, modélisent quand ils parlent du démon qui ravage à midi.
Attention, le démon de midi ce n'est pas, comme on le croit banalement, la crise, si vous voulez, de l'homme mûr qui s'en va avec une jeunesse, ce n'est pas ça, ou pas seulement ça. A midi, la lumière est zénithale et écrase tous les plans, donc plus rien n'a d'intérêt. Alors, je reviens à mon évangile selon Thomas, j'ai vu que dans ce texte, il s'agissait, quand on est dans cette situation, de revenir à quelque chose de perdu, de rétablir quelque chose, non pas d'espérer quelque chose de nouveau, mais finalement de se réunir à un être essentiel que nous avons connu dans notre enfance en tant qu'archétype, et ensuite, une fois cette réunion faite, opérer une sorte de régression positive, volontaire, non pas une régression subie.
Donc ce livre correspond chez moi à un désir vital, savoir comment déchiffrer l'existence, spécialement à partir de ce qui se produit au milieu de la vie. Nous avons un troisième invité avec nous, ce troisième invité, c'est tout simplement l'évangile selon Thomas lui-même, alors effectivement, dans ce petit format là, pourquoi pas, parce que ça va nous permettre de dialoguer autour de ce que c'est qu'une traduction aussi.
Déjà, le titre, évangile selon Thomas ou évangile de Thomas, qu'est-ce que vous en pensez Michel Théron de cette différence entre les uns et les autres en termes de traduction ? Je pense qu'il vaudrait mieux dire l'évangile selon Thomas, pour être conforme au texte égypte, la version grecque, papyrus d'Oxyrene qui dit Qatar, selon, parce qu'il s'agit de Thomas qui parle, tandis que si on dit l'évangile de Thomas, ça supposerait que Thomas est un protagoniste de l'histoire racontée dans l'évangile, si on dit qu'il y a une histoire.
Par exemple, on dit l'évangile de Judas, c'est un évangile gnostique qui a beaucoup occupé l'actualité dans une date assez récente, et donc là, l'évangile de Judas convient parce que Judas est un protagoniste, c'est quelqu'un à qui Jésus transmet son message, tandis que s'agissant de Thomas, il vaut mieux dire l'évangile, me semble-t-il, selon Thomas, c'est-à-dire qui le concerne, c'est un génitif, si vous voulez, subjectif, c'est un évangile que Thomas nous transmet, tandis que dans l'évangile de Judas, il s'agit d'un génitif objectif, c'est-à-dire l'évangile concernant Judas.
François de Bormann, quand on regarde l'intérieur de cette présentation, de ce texte, il est distribué en logia, c'est-à-dire ce qu'on appelle des paroles, des paroles rapportées de Jésus, on en compte 114 dans la représentation usuelle qui en est donnée à partir de la