La tentation de l'homme-Dieu par Bertrand Vergely

"De nos jours, les gens se préoccupent beaucoup trop de leur corps et très peu de leur âme !" constate amèrement Bertrand Vergely.... L’homme a pourtant toujours été animé par des questions existentielles : qui suis-je, d’où viens-je, qu’adviendra-t-il après ma mort ? Pour tenter de répondre à ces questions, des écoles de pensée ou des courants religieux se sont formés. Mais depuis quelques années, nous assistons à un bouleversement complet de notre "rapport à Dieu", c’est-à-dire de notre rapport à la vie, et à la Mort. C’est justement l’objet de cet entretien, situé à l’aurore d’un nouveau courant, le transhumanisme…

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XVIème : humanisme, XXème : antihumanisme, XXIème : transhumanisme ?

L’histoire ne cesse de s’accélérer, donc un retour en arrière s’impose. Le XVIème siècle connût l’avènement de l’humanisme et donc l’accessibilité des savoirs, la traduction de la Bible en latin, le développement des universités. Conséquemment, cette époque (très cerveau droit ?) se caractérisa par un rejet de la mystique, du surnaturel et de la métaphysique. Le siècle des Lumières (cf nos films sur Prométhée) enfonça ce clou ennemi de la transcendance et fut l’occasion, sur un plan pratique, au Fils de décapiter son Père. Passé la révolution industrielle, son obsession pour le progrès technique avec en fanion son athéisme tonitruant, puis ses 50 millions de morts (1939-1945) : les enfants issus de cette époque créèrent différents mouvements que l’on peut regrouper sous le vocable "cool". On y retrouve un rejet de toutes les structures et de tous les "systèmes". Ce courant "baba" que Betrand Vergely décrit comme "antihumaniste" est basé sur un individualisme forcené.
A présent, puisque ces "babas-cools" nous quittent progressivement, et qu’entretemps les nanotechnologies, Internet, les imprimantes 3D ont fait leur apparition : de quel nouveau courant de pensée sommes-nous les témoins ?

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Les nouveaux maitres du monde (ceux de la Silicon Valley) n’ont qu’une seule obsession : dépasser Dieu.

Certes, proposer une main bionique à une personne amputée est un formidable progrès médical. Mais au-delà d’une chirurgie de périphérie, lorsque l’on pénètre dans la structure même de l’être humain, à savoir sa longévité (greffer une nouvelle tête par exemple), ne franchit-on pas là un seuil prodigieusement dangereux ? Un seuil portant le sceau de l’antéchrist ?
Pour Bertrand Vergely : "les jeunes garçons de la Silicon Valley ont l’air cool, sympa et anticonformistes. Ils n’ont pas du tout des têtes de nazis ! Et pourtant : ils poursuivent les mêmes buts qu’eux !" Cette phrase peut certes choquer. Non, elle ne sort pas de la bouche d’un odieux réactionnaire, mais de celle d’un théologien, homme de lettres, et viscéralement préoccupé du devenir du genre humain….

Ce que l’on se refuse de faire avec la mystique, allons-nous y parvenir grâce à la technique ?

Accroitre la longévité humaine va-t-il s’accompagner d’un accroissement de sagesse ?

Ces questions d’une grande importance, et paradoxalement très peu souvent abordées, vont l’être ici dans cet interview. Une interview réalisée par Sébastien Morgan à l’occasion de la sortie du dernier ouvrage de Bertrand Vergely: "La tentation de l’homme-Dieu"(2015, Ed. Le Passeur).

 

Extrait de la vidéo

Bonjour à tous, bienvenue sur Salamandre TV, en partenariat avec Baguisse TV. Nous vous remercions de nous regarder et nous vous rappelons qu'aujourd'hui nous faisons donc un entretien avec Bertrand Vergeli, entretien qui a pour thème le transhumanisme ou la tentation de l'homme-dieu. Bertrand Vergeli, bonsoir. Bonsoir.

Alors, vous êtes philosophe, vous êtes aussi théologien orthodoxe, vous enseignez en classe préparatoire à Orpéléon ainsi qu'à l'Institut Saint-Serge à Paris et vous êtes l'auteur d'un très grand nombre d'ouvrages de philosophie générale et d'essais, parmi lesquels Un ouvrage sur la souffrance, une très très belle collection aussi d'explications, de vulgarisation de grands philosophes, je pense que vous avez écrit un livre sur Nietzsche, sur Saint-Augustin, et aussi une très belle collection aussi de petits livres qui reprend des thèmes comme l'esthétique par exemple, qu'est-ce que l'esthétique dans l'art, etc.

Et vous avez aussi écrit, co-écrit avec Marie de Haenzel, Une vie pour se mettre au monde en 2010. Vous venez de publier aux éditions du Passeur, La tentation de l'homme-dieu, que je vous montre à l'écran, La tentation de l'homme-dieu, qui est un livre en fait sur le transhumanisme. Alors Bertrand Vergeli, qu'est-ce que le transhumanisme ? Écoutez, le transhumanisme c'est le projet de la post-modernité et du post-humanisme.

Qui consiste à, on peut le dire, fabriquer ce qu'on peut appeler une humanité augmentée, en mélangeant l'homme et la technique. Donc le but n'est pas l'anti-humanisme, mais le méta-humanisme. Vous savez que la philosophie occidentale est devenue humaniste au XVIe siècle. Et puis au XXe siècle, il y a une réflexion sur l'humanisme.

Est-ce que l'humanisme est le responsable de toutes les horreurs totalitaires qui ont eu lieu ? Alors certains le pensent, c'est l'anti-humanisme. Et cet anti-humanisme va vers un ultra-individualisme post-68A. Et puis on assiste à quelque chose d'autre qui est le transhumanisme, qui est non pas un anti-humanisme évoluant vers l'individualisme moral, mais l'idée au fond de joindre ensemble les possibilités de la modernité, c'est-à-dire les possibilités techniques et l'humanisme, pour fabriquer finalement ce transhumanisme en se disant qu'au fond, le jour où les hommes pourront arriver à une nouvelle vie, voire à une vie immortelle, grâce à cette humanité augmentée, peut-être qu'ils ne rêveront plus des cas totalitaires pour pouvoir les sauver.

Voilà, je pense qu'on peut résumer les choses ainsi. Comment va-t-on augmenter cette humanité ? On va l'augmenter par le fait de fabriquer ce qu'on peut appeler un nouveau corps et un nouvel homme, en n'hésitant pas à utiliser toutes les technologies pour cela. Des cyborgs, en quelque sorte.

Oui, ou ce qu'on peut appeler l'homme bionique, si vous voulez. Alors, je dirais qu'en petit, le transhumanisme n'a pas de mal à pouvoir se frayer une voie. Pourquoi ? Parce que nous sommes tous déjà un petit peu appareillés.

Nous avons pour certains des prothèses dentaires, pour d'autres des lentilles de contact. Certains ont eu des opérations, ils ont des plaques à l'intérieur du corps. Certaines personnes ont un pacemaker qui leur permet de régulariser le rythme cardiaque. Et l'idée, c'est d'utiliser de plus en plus les nouvelles technologies pour pouvoir peut-être à un moment venir au secours des organes.

Par exemple, redynamiser, stimuler. Et donc, ça amène des choses tout à fait spectaculaires. Ensuite, il y a peut-être l'idée, pourquoi pas, d'utiliser la même chose au niveau cérébral pour pouvoir activer telle ou telle région du cerveau. Alors, il faut savoir que ce genre de technique peut faire des choses assez spectaculaires.

Je ne sais pas si vous l'avez vu, moi je ne l'ai pas vu. Mais je crois, par exemple, en stimulant certaines zones du cerveau, on peut arriver à stopper le Parkinson. Vous voyez ? Donc, c'est assez spectaculaire.

Oui. Pierre Bertrand-Vergely, comme tout le monde, je sors sur le net et on peut voir assez facilement ces nouvelles prothèses imprimées par imprimante 3D. Voilà, avec chaque doigt est articulé. Donc, la main.

La main, voilà. Et à des enfants qui ont eu un accident, qui sont amputés au niveau du coude, on plug cette prothèse sur le coude et immédiatement les terminaisons nerveuses la détectent. Et l'enfant peut faire ses lacets parce que ça lui donne une super rigidité. Voilà.

C'est magnifique, quelque part. Oui. Alors, il faut bien voir, il va falloir faire une distinction entre, d'une part, des choses qui sont, à mon avis, spectaculaires mais tout à fait admissibles. C'est-à-dire, le but n'est pas de changer la structure humaine, mais de faire ce que la médecine a toujours fait, c'est-à-dire essayer de réparer l'individu pour lui permettre de vivre.

Maintenant, certains ont commencé à y dire, et si au lieu d'aller simplement dans le sens de la réparation, on allait un peu plus loin et on touchait à la structure même de l'être humain. Donc là, c'est là où apparaît à un moment ce que j'appelle la tentation de l'homme-dieu. Alors, la tentation de l'homme-dieu, je la vois apparaître à quel niveau ? Je la vois apparaître au niveau de la question de la mort.

C'est-à-dire que, pour la première fois, nous sommes programmés pour vivre 120 ans et certains tenants du transhumanisme se sont dit, et si nous nous mettions à vivre non plus 120 ans, mais pourquoi pas 200 ans, 250 ans, 300 ans, voire plus ? Certains vont jusqu'à 1000 ans. Donc là, on a affaire à autre chose, on a affaire à une nouvelle humanité. On n'est plus simplement dans une technique qui respecte le cadre et les limites dans lesquelles l'homme a toujours vécu et qui améliore la vie à l'intérieur de ce cadre.

C'est autre chose. Et donc ça, c'est la grande question qui va se poser dans tous les niveaux de la vie quotidienne. Est-ce que nous sommes prêts ? Est-ce que nous voulons d'une nouvelle humanité ?

Ça s'appelle en fait humanité augmentée, mais c'est ce que j'appellerais une néo-humanité. Voilà. Je pense que c'est la question qui va se poser. Mais là aussi, on pourrait vous rétorquer, mais quelle bonne nouvelle, si nous pouvions vivre 300 ans dans un corps avec une forme d'un corps de 30 ou 40 ans, ce serait magnifique.

Imaginez, vous êtes écrivain, vous imaginez tous les livres que vous pourriez écrire ? Oui, mais je me suis amusé à réfléchir sur les scénarios et j'imagine que si par exemple, est-ce qu'on a bien réfléchi à ce qui allait se passer

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