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Art d’interpréter : herméneutique

Pour Christian Jambet cette vie de l’Esprit, autrement dit "cette conception d’une philosophie comme science de l’esprit est une invitation à l’herméneutique. Plus qu’une invitation : une injonction". Et l’on retrouve cette injonction herméneutique des textes sacrés non seulement dans l’idéalisme allemand* mais aussi dans la spiritualité chrétienne catholique. Selon lui, c’est cette disposition herméneutique de la conscience qui donne ses lettres de noblesse à l’ésotérisme.
Dès lors, comment expliquer que dans l’Islam depuis cinquante ans et dans la chrétienté depuis plusieurs siècles, on ait assisté, impuissant, au constant triomphe de l’exotérique sur l’ésotérisme, du social sur l’individuel, de la figure apparente du législatif sur sa signification mystique ou spirituelle ?

Le sens apparent d’une religion est-il nécessairement figé, littéral ?

Nos médias tente de nous informer, mais sur certains sujets, notamment sur la spiritualité, il semblerait qu’ils nous déforment plus qu’ils ne nous informent. En effet, en octroyant bien trop souvent la faveur de leur antenne à des tenants du "tout sociologique" ou du "tout politique", bref à des gens qui commentent sur un plan qui est le leur : extérieur, et sans aucune autre forme d’expérience ni d’intériorité et donc de légitimité; ils ne font que prolonger, plus ou moins consciemment, cette état de fait, cette tendance qui porte inévitablement la marque de ce redoutable ennemi : "l’esprit du Temps" (Zeitgeist).
Ce même "esprit du temps" qui (selon nous) profane, caricature, aplanit outrageusement les choses de l’esprit et dévie l’appel naturel de l’Homme à la verticalité. Un ennemi pour Christian Jambet qui prit forme au XXème siècle dans la suprématie de la philosophie dialectique, où "toute pensée s’appuie sur des notions universelles, de sorte que l’universel abstrait l’emporte sur le concret singulier …".
Henry Corbin, mais aussi Carl-Gustav Jung, Mircea Eliade, Coomaraswamy, Gilbert Durand, Gaston Bachelard et tant d’autres n’ont eu de cesse de lutter contre cette tendance qui tend à abaisser le sacré à la seule sphère historique, sociale ou politique. A travers différents cercles de réflexion (Eranos, Université Saint-Jean de Jérusalem etc…), ils ont tenté de réhabiliter les sciences traditionnelles en vue d’une renaissance spirituelle, comme nous le rappelle Christian Jambet.
Qu’en est-il en ce début de XXIème siècle ? Nous, qui à la différence de nos ainés n’avons certes pas connu la guerre, sommes-nous toujours dépositaires de ce même "feu sacré" ?
Eléments de réflexion par Christian Jambet dans cette intervention filmée lors des dernières Journées Henry Corbin.

* Nota Bene : chacun sait qu’en France, on aime, et on l’a prouvé, décapiter ou avilir les représentants du sacré. Ce rejet de tout ce qui dépasse l’homme, voire de la métaphysique même, a conduit nos « philosophes » hexagonaux à bannir de leur vocabulaire le mot « Esprit ». Etrange paradoxe, proche de la Tartuferie dont la France a le secret, puisque ce que nous réduisons ici au nom de « sciences humaines », (et dont la philosophie fait partie), en Allemagne est nommé : « sciences de l'esprit » (Geisteswissenschaften)…