Martinès de Pasqually : quel message pour notre temps ?
Martinès de Pasqually (1710 ?-1774) fonda un ordre mystérieux : les Chevaliers Maçons élus coëns de l'univers. Un rite maçonnique de hauts grades où se mêlent Franc-Maçonnerie et magie angélique.... Quelle est de nos jours la prégnance de la doctrine élaborée par Martines de Pasqually ? Son message ?
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Le traité de la Réintégration des Etres et sa théurgie sont-ils encore pratiqués par ces Chevaliers Maçons élus coëns de l'univers ou par d'autres ordres appelés "néo-coëns" par Robert Amadou ?


Eléments de réponses dans cette table ronde de 53 min. clôturant le colloque du tricentenaire de Martinès de Pasqually, organisé par l'Institut Eléazar et la revue Renaissance Traditionnelle, à Marseille.


Sont ici réunis Jean-Marc Vivenza, Roger Dachez, Serge Caillet, Pierre Mollier, Jean-François Var, Dominique Clairembault, Alain Marchiset et Robert Guinot.
Extrait de la vidéo
Y compris, on l'a entendu hier, les Kohens ne sont qu'un voile de cette initiation. Le rectifié n'est qu'un voile du Saint-Ordre perpétuel. Il l'incarne aujourd'hui, mais il n'en est que la formulation, aujourd'hui maçonnique, et qui demain pourrait être d'une autre nature également. Il détient la partie scientifique et philosophique de cette science divine.
Il la détient, pourquoi ? Parce que Villermose, habilement, l'a logé à l'intérieur du régime écossais rectifié. Ce qui fait que chaque candidat, chaque cherchant du régime écossais rectifié, le reçoit, souvent, je vous l'accorde, bien malgré lui, des éléments de cette doctrine, cette science divine de la réintégration qui apparaît, j'ai essayé de le démontrer dans le dernier ouvrage publié, dans les nombres, les batteries, les couleurs, la progression même du régime écossais rectifié, et y compris dans l'assistance qu'il fait sur les vertus dont on sait l'importance qu'elles ont chez Martinez de Pasquali.
Donc, oui, je vous réponds très sincèrement, si vous considérez de façon positive que la théurgie consiste uniquement à tracer des circonférences et éclairer des bougies et invoquer les anges, évidemment, ce n'est pas la méthode du régime écossais rectifié. Si on considère que l'accomplissement du culte primitif participe de la conception quaternaire du mineur spirituel et que la réintégration de ce mineur peut se faire selon la méthodologie, y compris celle du régime écossais rectifié, le frère ou la sœur du régime écossais rectifié, celui qui chemine, en bénéficie malgré lui et se trouve placé...
Alors le chemin d'initiation va consister à ce qu'il s'en rende conscient et qu'il s'aperçoive, évidemment, de cette nature. Ce n'est pas évident. Je dirais même que c'est même la plupart du temps loin d'être évident. Mais s'il y a présence – et il y a présence – de la doctrine divine de Moïse, selon l'expression de Martinez de Pasquali, oui, invisiblement, le régime écossais rectifié reçoit légitimement le nom que lui avait donné Robert Amadou d'ordre substitué.
Il y a plusieurs manières d'être théurge, comme dit Louis-Claude de Saint-Martin. Il y a une théurgie qui peut s'exprimer y compris par une forme de prière. Et Saint-Martin va même jusqu'à dire que la véritable théurgie, c'est la prière. Donc je crois qu'il faut être attentif à distinguer entre la forme prise par le régime écossais rectifié qui évacue cette théologie opérative telle que Martinez l'avait mise en œuvre – pour des raisons d'ailleurs qui peuvent peut-être s'expliquer par les difficultés de Jean-Baptiste Villermos lui-même avec ses opérations, les dangers qu'il y a vus, et j'ose dire en présence de mon voisin de l'influence peut-être sur Jean-Baptiste Villermos des thèses de Louis-Claude de Saint-Martin à ce sujet.
Et je n'écarte pas – parce que n'oublions pas qu'il écrit « Des erreurs de la vérité » chez Villermos, que le tableau naturel est quasi préfiguré chez lui, même s'il va l'écrire chez la marquise de la Croix, et que c'est la période où il va se rendre dans les différents temples cohènes à Metz où il va délivrer un discours très dur par rapport à la manière de pratiquer. Il dit, par exemple, à Metz, à un frère, « Le très puissant Metz vous avait expliqué de pratiquer de cette façon-là, mais il ne faut plus du tout faire comme ceci.
» À la grande stupéfaction des frères qui l'entendent, ils disent « Mais enfin, le Metz nous a expliqué de cette façon. Ne faites plus ceci ». Et je pense – pour faire court, j'essaye – que Jean-Baptiste Villermos a été positivement influencé par ce discours. Les discussions ont dû être importantes.
Parfois, il a dû même avoir des frictions – on le sait – entre l'un et l'autre. Mais Saint-Martin a eu une influence sur Jean-Baptiste Villermos sur ce point, à mon sens. – D'abord, c'est à Versailles, cet épisode que tu as signalé, et qui est relaté dans un courrier entre les frères de Versailles et de Metz. Alors, je crois qu'il faut quand même bien distinguer les choses.
Il y a quand même deux choses très très différentes chez les humains cohènes. Il y a d'une part la doctrine et de l'autre la pratique. Certains que cette doctrine, on va la retrouver dans le RER, magnifiquement, avec beaucoup de génie d'ailleurs intégré. Mais il faut quand même bien prendre confiance qu'il y a chez les humains cohènes une négociation avec l'invisible qui est quand même très particulière, et qu'on ne va pas retrouver chez les cohènes, qu'on ne va pas retrouver dans le RER.
Par contre, il faut souvenir aussi que dans les humains cohènes, la pierre joue un rôle extrêmement important. — Je me souviens d'une conversation avec Robert Amadou sur ce sujet. Et lui était convaincu que finalement, la theurgie n'était qu'une préparation à la prière. Et au fond, ce qui est à voir pendant la doctrine martinaise, c'était la prière.
— Sur la censure de l'Église, c'est l'Inquisition espagnole qui a censuré les erreurs et de la vérité uniquement. Rome, d'ailleurs, si elle s'est prononcée sur la franc-maçonnerie, n'a jamais rien dit du tout sur le martinisme ni les cohènes, si vous y êtes attentifs. D'autre part, lorsque Saint-Martin apprend que son livre a été censuré par l'Inquisition espagnole, on peut vous assurer que ça lui fait pas grand-chose.
C'est-à-dire qu'il est surpris... Le motif... Je sais pas si vous connaissez le motif de la censure. On craignait que l'exercice de la prière personnelle par les laïcs puisse leur donner idée que la présence du clergé était au fond un peu superfétatoire dans la relation à Dieu.
C'est-à-dire qu'en fait... Elle avait pas tort, hein, d'une certaine manière. Je dis ça en présence... — Il l'approuve.
— Ah, il l'approuve. Le père Jean-François Varre approuve. Donc... Alors autre chose, puisqu'il y a plusieurs éléments dans votre question.
Est-ce qu'il subsiste aujourd'hui encore la grande profession ? D'après certains écrits, et en particulier celui de Maharba, qui fait autorité sur la question, il semblerait que oui. Quand je dis « grande profession », c'est pas une néo-profession, hein. C'est celle qui, par Antoine Pont, est passée de Jean-Baptiste Villermose jusqu'à nous.
Voilà. Quant aux erreurs et de la vérité, notre ami Alain... Ici, on a souvent quelques exemplaires dans de bonnes éditions dans son catalogue. Il est très cher, parce qu'il est en édition originale.
Mais en reprint, je crois qu'il a été plusieurs fois réédité. Et on le trouve. Voilà. On le voit, là.
Voilà. Très bien. — Je voulais intervenir pour apporter un élément tiré de l'histoire des récupératifs. Qui peut nous renseigner indirectement.
J'y pensais en entendant les deux conférenciers. Qui peut nous renseigner sur la manière dont le groupe des élus a lui-même considéré que l'ordre cohène était vraiment état.