Wronski ou une philosophie de la réconciliation
Les termes ésotérisme et occultisme renvoient le plus souvent au milieu du XIXème siècle, période marquée l’avènement d’énergies nouvelles (gaz, pétrole, électricité) et que les historiens nomment la seconde révolution industrielle (la première, antérieure, fut liée au charbon). Chronologiquement donc, « avec Wronski, on tient un spécimen à part » : un vrai précurseur dans ces domaines.
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L’homme, né en 1776 en Pologne (Wolsztyn), naturalisé français vers 1800 à Marseille, et mort en 1853 à Neuilly-sur-Seine, fut un philosophe-métaphysicien, mathématicien et scientifique de haut niveau.


Une de ses particularités : il fut témoin de la Révolution Française, et aussi contemporain – et lecteur - de philosophes tels que Kant et Schelling
Ce pionnier qui tenta de « rationnaliser l’occultisme » : quelle fut son œuvre, sa postérité et ses continuateurs, lui qui, au crépuscule de sa vie, rencontra le jeune Eliphas Lévi ?
Gino Sandri tente de répondre ici à ces nombreuses questions, tant épistémologiques que généalogiques.
Se basant tant sur ses recherches personnelles que sur les travaux de Francis Warrain, François d’Arcy et Augustin Berger (qu’il a bien connu), il dresse ici les grandes lignes du messianisme propre à Wronski (« Annoncer, anticiper et créer l’avenir »).
Il évoquera ensuite les continuateurs de son œuvre, avec la Société des Sciences Anciennes, présidée par Pierre Piobb et dont l’un des administrateurs était Francis Warrain. Cercle officiellement actif jusqu’en 1914 mais qui perdurera de façon plus informelle sous le nom de Groupe Paléosophique (néologisme pour « sciences anciennes ») où l’on retrouve l’astrologue Eugène Caslant, tandis qu’au même moment, Francis Warrain devenait le représentant français de la Société Wronski de Varsovie.
A la suite de quoi, le même Augustin Berger, fonda les amitiés wronskiennes de France, qui poursuivit les études de l’ancien « Groupe Paléosophique »….
Ami chercheur de l’occulte et de la parapsychologie : es-tu prêt à poursuivre et réactualiser ces travaux entamés il y a plus de deux siècles ?
Image lecteur : « Idyll » de Louis Welden Hawkins (1849-1910)
Extrait de la vidéo
Bonjour à celles et ceux qui suivent Bagliss TV, alors nous allons aborder aujourd'hui la vie d'un personnage de roman, on l'a qualifié de personnage de roman, il s'agit de Joseph-Marie Enebronski. Personnage de roman, il l'est probablement, puisque selon toute vraisemblance, il a servi de modèle à Balzac pour un des épisodes de la comédie humaine intitulé La recherche de l'absolu. Alors, Joseph-Marie Enebronski est polonais, il est né le 20 août 1776 en Poznanie, mais il est mort à Neuilly le 9 août 1853.
Il était le fils de l'architecte du dernier roi de Pologne, il rejoint Varsovie où il sera élève de l'école d'artillerie, donc jeune officier, il prend part immédiatement à la défense de Varsovie contre l'armée du roi de Prusse. Il commande une batterie et où il se comporte avec vaillance. Et lors du troisième partage de la Pologne, de ce malheureux pays, il combat pour l'indépendance, mais il est fait prisonnier par les russes le 10 octobre 1794.
Trois ans plus tard, il quitte l'armée, il va en Allemagne et il reprend des études. Il étudie le droit, les mathématiques et la philosophie. Et c'est là probablement où il commence à nouer des contacts qui vont le rapprocher de la philosophie allemande qui est en plein développement à l'époque avec Kant, avec Emmanuel Kant qui sera un de ses modèles, ainsi que les successeurs, les disciples de Kant.
C'est donc un émigré, son pays, la Pologne ayant été découpée. Et en 1800, il débarque à Marseille et il réussit à être nommé à l'Observatoire de Marseille. C'était un élève officier d'artillerie, donc il avait un penchant pour les mathématiques et les sciences, certains. Et il étudie l'astronomie, il pratique l'astronomie et il commence à préparer des publications.
C'est en langue française qu'il va composer tous ses écrits et d'ailleurs il va vivre en quasi-totalité à partir de cet instant en France. Alors, si les premières réflexions portent sur la philosophie d'Emmanuel Kant, d'autres vont suivre qui sont consacrées aux mathématiques. Et là, on trouve un des paradoxes, disons, de Bronski, c'est qu'il se veut mathématicien, il se veut philosophe, tout en mélangeant un peu tout cela, ce qui va rebuter ses contemporains.
En 1803, il y aurait eu un événement, le 15 août 1803, il découvre ce qu'il appelle l'absolu. S'agit-il d'une révélation extatique ou est-ce le résultat d'un raisonnement ? Ou peut-être les deux, d'un raisonnement philosophique, peut-être les deux. Les sept années qui suivent vont être consacrées à un travail intense dans la solitude.
Et d'ailleurs, Bronski restera un solitaire, même s'il veut publier, même s'il a des penchants d'hommes publics. En 1810, il présente un premier mémoire à l'Académie des sciences de Paris sur la loi suprême des mathématiques. Et le rapport est lu par Lagrange et Lacroix le 15 octobre. L'année suivante, il y a un autre mémoire sur le problème universel des mathématiques.
Le rapport d'Arago et de Legendre est lu le 11 novembre 1811. L'intérêt de ces deux mémoires est reconnu, mais il suscite de grandes critiques. Et Bronski, qui n'avait pas un caractère facile, en conçoit de grands ressentiments. À l'égard des savants à privilège, c'est son expression favorite.
Et les années suivantes, il publie sur un rythme soutenu un nombre conséquent d'ouvrages sur les mathématiques. Donc, Bronski appartient bel et bien à l'histoire des mathématiques. Simultanément aussi, il se révèle un inventeur. Un inventeur sans grand succès.
Il va chercher à mettre en pratique un certain nombre de théories. Mais c'est lui qui a l'idée des chenilles pour les véhicules militaires, c'est-à-dire l'ancêtre du char d'assaut. Depuis sa découverte de l'absolu, Népronski cesse à recourir au langage mathématique pour exprimer ses recherches métaphysiques. Par un raccourci, on pourrait dire qu'il cherche à mettre la philosophie en équation.
Il publie sur le sujet, mais son caractère tourmenté lui vaut bien des déboires sur le plan relationnel. Il y a un épisode curieux, d'ailleurs. En 1814, un banquier, Arsens, veut lui racheter le secret de l'absolu. Donc, Bronski lui fait toute une série de cours sur le sujet.
Mais Arsens n'honore pas la totalité de la somme convenue. Bronski rend l'affaire publique, ce qui va lui causer un discrédit. Les polémiques se multiplient. Alors, apparaît un trait caractéristique de Bronski, c'est que ses publications, en fait, sont écrites dans un langage hyperbolique.
Et il mélange allègrement mathématiques, philosophie, on pourrait même dire métaphysique. Ce qui fait que les mathématiciens sont intéressés par sa démarche, mais, par contre, les conclusions qu'il en tire les rebutent et ils sont tendés de classer ça dans les recherches d'un illuminé. Ils ont un problème similaire, d'ailleurs, avec les philosophes. Symétriques, pourrait-on dire.
Et puis, de surcroît, ils se mettent à dos ce qu'on pourrait appeler les spiritualistes, ou même, au prix d'un anachronisme, les occultistes ou l'ésotériste. Il engage une polémique avec la société de la morale chrétienne qui tente de concilier le martinisme et l'enseignement de Swedenborg. Et l'animateur de cette société, le capitaine Jean-Jacques Bernard, publie d'ailleurs les opuscules théosophiques en 1822.
Et là, on voit un trait caractéristique de Bronski, c'est son hostilité à ce qu'il appelle le mysticisme. Je le mettrais entre guillemets. Pour Bronski, le mysticisme, et il met là-dedans Swedenborg, Saint-Martin et d'autres, représente tout ce que l'humanité a de pervers. C'est l'ennemi du genre humain.
C'est le refuge privilégié de la force adverse. Alors, ce jugement sévère doit être nuancé. S'il n'épargne pas Louis-Claude de Saint-Martin et guère plus Fabre d'Olivet, il convient de regarder avec beaucoup de recul ce qu'une première approche peut montrer de caricatural. Il rejette de même Messmer et les sociétés dites secrètes.
Quelque part, il se révèle anti-maçon. Ces sociétés secrètes sont innocentes par elles-mêmes, dit-il, mais elles servent de refuge aux ennemis du genre humain. Bronski n'est pas un théosophe mystique, mais on pourrait le qualifier de mathématicien théosophe. Et quelque part, ceci annonce le clivage qui apparaîtra discrètement un siècle plus tard à Paris entre l'école occultiste et le groupe de la Société des sciences anciennes qui postule un occultisme rationnel.
Alors, comme on l'a vu, les premières communications de Bronski traitent des mathématiques. En 1811, il publie une introduction à la philosophie des mathématiques, suivie en 1814 de la philosophie de l'infini. Le premier ouvrage est dédié au tsar de Russie, Alexandre Ier. Il en est le même pour le Sphinx qui sort en 1818.