Géostratégie des Protocoles des Sages de Sion

Les Protocoles des Sages de Sion représentent probablement l'exemple le plus célèbre de « faux » texte, conspirationniste, et capable aujourd'hui encore, d'influencer l'opinion d’individus hagards dont l’ignorance et le rejet pour leur société contemporaine cherchent à se cristalliser contre telle ou telle cause. Ainsi, tel le phénix qui renaît de ses cendres, les Protocoles des Sages de Sion semblent insubmersibles : ils constituent en effet un modèle parfait de vision prophétique, apocalyptique et anti-juive centrée sur le thème de la domination planétaire.

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Apparus pour la première fois dans la Russie Tsariste, les Protocoles furent publiés, d'abord partiellement, dans la presse,  en 1902  dans  "Novoye Vriemia",  en 1903 dans "Znamia" - un journal d'extrême droite de St Petersbourg - puis, dans une version complète, en 1905 et 1906.

Sous la forme de comptes-rendus de réunions secrètes réunissant juifs et franc- maçons, ils mettent en scène un "sage de Sion" qui, s'adressant à ses pairs réunis en conseil,  illustre un plan de conquête et de domination mondiale. Ce plan prévoit de noyauter les postes clés de la finance internationale, des médias, du pouvoir pour infiltrer et renverser l'ordre existant (démocratique et chrétien) sur les ruines duquel la suprématie juive doit s'instaurer.

Protocoles des Sages de SionhProtocoles des Sages de Sion

Passés au début relativement inaperçus, les Protocoles des Sages de Sion gagnent en notoriété après les bouleversements de la Grande Guerre. Leur dénonciation en 1921 par le journal The Times (qui avait par ailleurs contribué à les faire connaître) comme « faux » ne va guère freiner leur diffusion.
Mais pourquoi a-t-on fabriqué les Protocoles? Quelle influence des évènements comme la Révolution d’Octobre, l’Affaire Dreyfus ou la première guerre mondiale ont-ils eu dans leur propagation et surtout leur accueil ? Ce document a-t-il en partie inspiré la doctrine délirante nazie ?

protocole sage sionSages de Sion

Par ailleurs, ce prétendu "document secret" est-il vraiment né en Russie? Ou est-il plutôt le fruit d'une série successive d’emprunts plus ou moins habiles, notamment français ? Quelles sont ses sources exactes?

Réponse dans cette table ronde de 54 minutes animée par Jacques Halbronn avec les historiens Daniel Lindenberg, Emmanuel Kreis et Pierre Barrucand et filmée au Forum 104.

Nota Bene : en complément de cette table ronde, nous vous invitons à prendre connaissance d’une autre table ronde réunissant Jean-Pierre Laurant, Jérôme Rousse-Lacordaire et Emmanuel Kreis sur les Théories du complot (Juillet 2010)

Extrait de la vidéo

Nous allons aborder une autre manifestation de cette présence, cette prégnance du prophétisme en Europe, autour encore une fois de la question juive et avec une problématique géographique extrêmement complexe entre la France, la Russie, mais d'autres chaînons géographiques apportants, et notamment la question de l'Europe de l'Est, ce qu'on appelle l'Europe centrale, c'est-à-dire la Pologne, la Tchécoslovaquie, en tout cas la Bohème, l'Autriche-Hongrie, et en quelque sorte ça serait une façon de réhabiliter le chaînon austro-hongrois qui a été, je crois, très souvent très mal traité, y compris chez ceux qui ont consacré des ouvrages à la question des protocoles de sages de Sion qui sont au cœur de notre travail.

Les protocoles de sages de Sion sont-ils une œuvre prophétique ? On peut considérer qu'en tout cas elles impliquent les Juifs et qu'elles vont apparaître comme ayant prophétisé en quelque sorte la révolution d'octobre de 1917 et les Juifs deviennent en quelque sorte un instrument prophétique, c'est-à-dire connaître les Juifs et savoir ce qu'ils préparent, c'est également connaître l'avenir du monde en quelque sorte.

D'où la question de la théorie du complot, d'où la question aussi qui me paraît essentielle des contrefaçons, de la fabrication des faux. On va présenter les participants à cette table ronde brièvement. Alors Emmanuel Kreis, vous êtes avec nous, c'est un sujet sur lequel vous avez travaillé d'une certaine façon. Pas les protocoles directement mais les textes en effet anti-juifs au XIXe et au XXe siècle et puis de façon un peu parallèle les protocoles puisque j'ai étudié des auteurs qui sont impliqués dans la diffusion des protocoles comme par exemple Mgr Jouin qui est l'un des premiers à les avoir publiés en France.

Oui, la réception des protocoles. La réception et la création aussi de fait puisque je travaille principalement sur la Troisième République et sur les milieux français donc les protocoles ont été créés dans ce milieu français avec pour une part en tout cas une part non négligeable des sources françaises. Alors vous M. Barucan, ce qui vous passionne c'est le monde russe.

Moi ce qui m'a particulièrement intéressé c'est le problème de la genèse de l'antisémitisme au XIXe siècle. Je ne dis pas qu'il n'y en avait pas un peu avant mais le problème n'est pas là. Avec le rôle essentiel de certains prêtres catholiques. Tout de même La Croix qui est actuellement un journal extrêmement agréable à lire se déclarait le journal le plus antisémite de France.

Plus anti-juif. Oui. C'était pas antisémite, c'était bien anti-juif, c'était pas la même chose. Et bien ça m'a amené à me pencher sur le problème des protocoles des sages de Sion où j'avais été très impressionné par le livre de Rollin jusqu'au moment où j'ai constaté un certain nombre de choses qui m'ont paru superficielles.

Le livre de Norman Cohn ne fait guère que reprendre Rollin pour l'essentiel à ceci près qu'il mentionne presque en bas de page une femme qui s'appelait Justine Glinka. Or quand j'ai essayé de regarder d'un peu plus près j'ai constaté que Justine Glinka dans cette affaire est un personnage absolument fondamental. On va y revenir, effectivement. Et on voit mêlée à cela des tas de gens très étranges.

C'est un milieu très particulier qui va se trouver en France. C'est un milieu de Russe qui va se trouver en France et certainement influencé par un certain nombre de catholiques nettement antisémites. C'est avant la révolution d'octobre. Après la révolution d'octobre, il est arrivé que les protocoles se sont diffusés.

C'est autre chose. Mais les protocoles sont typiquement français, y compris des allusions très nettes à la construction du métro. L'auteur des protocoles était contre le métro parisien. Qui a été construit en 1900, non ?

Non, ça sur la date c'est à peu près... Mais Drumond aussi était contre la construction... C'est entre 95... Les protocoles ont probablement été écrits entre 95 et 99.

Effectivement, les protocoles des sages de Sion... Monsieur, on va vous demander... Celui de Dönberg, vous les connaissez, les protocoles des sages de Sion. Vous savez ce que c'est ?

Oui. Pour l'historien des sciences politiques que vous êtes, qu'est-ce que ça représente pour vous, les protocoles des sages de Sion ? Ça représente en tout cas le texte matriciel de l'antisémitisme politique au XXe siècle, et même encore au XXIe, en particulier par la lecture qu'en ont faite les nazis, en particulier Arthur Rosenberg, mais aussi on a les propos... Ça se représente comment ?

Je parle sous le contrôle de mes voisins, mais c'est effectivement l'idée du complot, puisque les protocoles, à ma connaissance en tout cas, ont toujours été considérés comme la preuve, on avait enfin la preuve du complot juif. C'est une idée qui était déjà comme ça en suspension depuis, on peut dire presque depuis la Révolution française, puisque c'est pas dans le livre de l'abbé Baruel sur l'histoire du jacobinisme, il n'y a pas d'implication des juifs, mais il y a une lettre ensuite d'un militaire à Baruel qui lui dit mais t'as oublié les juifs, etc.

On peut suivre comme ça cette idée que les contre-révolutionnaires du XXe siècle ont toujours, ça ça renvoie au débat précédent, c'est les protestants, c'est les francs-maçons, c'est les juifs, de même que de l'autre côté c'est les jésuites, etc. Il y a une idée du complot. Moi je vois les protocoles comme un texte qui a sans arrêt été réutilisé dans ce sens et qui donc, effectivement, justifie peut-être en partie le sous-titre du livre de Norman Cohn dont on peut penser ce qu'on veut, etc.

Mais enfin, en anglais ça s'appelait « Warrant for Genocide », c'est-à-dire que c'est quand même le texte sur lequel justification du génocide en particulier, donc c'est extrêmement important. Donc je voudrais maintenant un peu reprendre les choses par le commencement, à savoir que, pour moi, l'enjeu, donc j'ai publié un ouvrage sur les protocoles des Sages de Sion en 2002, l'enjeu c'est que, pour moi, on ne peut pas comprendre, bon, quelles sont les sources des protocoles des Sages de Sion ?

Comment on les a fabriqués ? A partir de quoi ? Bon, alors il y a évidemment le plagiat de Maurice Joly, où il y a une reprise littérale d'un très grand nombre de passages, mais je crois que c'est insuffisant, ça, ça a déjà été dit, donc on n'est pas là uniquement pour répéter des choses qui sont connues, mais il y a autre chose qui me paraît très importante, c'est l'antitalmudisme, l'antitalmudisme qui annonce les protocoles des Sages de Sion.

Parce que finalement, qu'est-ce que c'est que l'antitalmudisme ? L'antitalmudisme qui, justement, se développe essentiellement, notamment autour de Rowling, autour du monde allemand,

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