Salut de l’âme et pronostics astrologiques dans le Liber introductorius de Michel Scot

Philosophe, astrologue, mathématicien, traducteur des textes d’Aristote, Avicennes et Averroès, Michel Scot est une figure majeure et énigmatique dans l’histoire des sciences du XIIIème siècle. Sa biographie, ainsi que son œuvre foisonnante et éclectique, nous fait voyager entre l’Espagne musulmane, Bologne et Florence, l’Ecosse mais surtout à la cour de Frédéric II de Hohenstaufen, empereur du Saint-Empire romain germanique, empire qui occupait à cette époque la moitié de l’Europe actuelle.

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Son plus important traité, le Liber introductorius maior in astrologiam (Grand livre d'introduction à l'astrologie) est une tentative ordonnée d'expliquer les savoirs célestes et terrestres.

Eleonora Andriani - Michel Scot - BAGLIS TVLiber introductorius de Michel Scot BAGLIS TV

Le ciel et les différents phénomènes que l'on y voit sont-ils des messages de Dieu ? Des présages ?

L’exposé d’Eleonora Andriani vise à explorer le thème du salut de l’âme en relation avec deux formes distinctes de « divination » présentes dans le Liber introductorius de Michel Scot : les pronostics et l’astrologie judiciaire.

Elle aborde ainsi la question du salut à travers des pronostics concernant des événements inattendus, ainsi que par le biais des interrogations astrologiques du Liber introductorius, visant à révéler, par exemple, si une personne défunte se trouve en enfer, au purgatoire ou au paradis.

Conférence enregistrée le vendredi 18 octobre 2024, à la Sorbonne, journée d’étude « Divination et salut à travers les siècles » organisée par Elsa Giovanna Simonetti (EPHE-LEM) et Nathan Fraikin (EPHE-LEM) en partenariat avec l’Association Francophone pour l’Étude Universitaire des Courants Ésotériques (FRÉSO), que nous remercions.

NB : le titre original de l’intervention, que nous avons dû écourter, est le suivant : Le thème du salut dans les pronostics et les interrogations astrologiques du Liber introductorius de Michel Scot.

Extrait de la vidéo

Nous sommes heureux d'accueillir Eleona, Eleonora, pardon, Andriani, qui est docteure en philosophie libérale des universités de Salento en Italie et de Cologne en Allemagne. Madame Andriani occupe actuellement un poste de chercheuse postdoctorale au sein de l'Institut de recherche et d'histoire des textes du CNRS. Elle dirige le projet de recherche PATH, so Philological Approaches for Texts in the History of the Astral Sciences.

Ses recherches portent principalement sur les textes latins touchant au domaine des sciences astrales et produisant entre le XIIIe et le IIIe quart du XVe siècle, ainsi que sur la divination et la magie médiévale en général. Elle est donc toute prête à vous parler aujourd'hui du thème du salut dans les pronostics et les interrogations astrologiques du Liber Introductorius de Michel Scott. Merci beaucoup.

Bonjour à tout le monde. Je tiens à remercier chaleureusement Elsa et Nathan pour l'invitation à participer à cette journée d'études sur un temps stimulant et très ambitieux, enrichi par une pluralité de perspectives. Donc, dans mon intervention, j'explorerai le thème du salut des larmes en lien avec deux formes de divination entendues en manière large, présentes dans le Liber Introductorius de Michel Scott et une introduction latine aux sciences astrales écrite dans le premier tiers du IIIe siècle.

Ma présentation sera structurée en trois parties. Je commencerai par une brève introduction au cas d'études. Je poursuivrai en examinant le thème du salut et de la damnation des larmes dans les contextes pronostiques du Liber Introductorius et je conclurai en explorant ce même thème dans une section d'astrologie pratique avant de tirer mes conclusions. Cette enquête se concentre sur une œuvre composée avant la célèbre condamnation de 1277, émise par l'évêque de Paris, Étienne Tempier, contre 219 propositions issues de l'enseignement des maîtres de la faculté des arts de l'université parisienne, et bien que la condamnation n'adressait pas directement l'astrologie, elle incluait des articles contre le déterminisme astral et la divination.

L'œuvre de Michel Scott, qui précède ce moment crucial, qui comme a bien dit Jean-Patrice Baudet était en mise au point, un doctrinal crucial dans l'histoire de l'Occident médiéval, nous offre un aperçu précieux de la manière dont un auteur chrétien, au service d'un empereur chrétien et engagé dans les croisades, pouvait évoluer au sens des limites de l'art de l'orthodoxie. Dans le Liber Introductorius, le thème du salut et de la damnation des larmes révient fréquemment, tant dans les nombreuses sections théologiques de l'œuvre que dans celles consacrées aux pronostics et à l'astrologie pratique.

Michel Scott rapporte que, par des signes dans le ciel et sur la terre, Dieu place ses créatures face à leur péché, cause de leur damnation éternelle. De même, dans une section d'astrologie pratique, Michel instruit l'apprendi astrologue sur la manière d'interpréter la disposition des corps célestes pour déterminer, à la demande d'un client, si les défunts se trouvent au paradis, au purgatoire ou à l'enfer.

Par ailleurs, la santé des larmes apparaît comme un don devant accordé aux practices des sciences astrales, mais inaccessible à ceux qui pratiquent des formes de divination jugées illicites. Michel Scott est reconnu comme l'un des principaux intellectuels de l'Europe occidentale dans le premier tiers du troisième siècle. Son œuvre est fondamentale pour explorer les relations entre astrologie, divination, magie et orthodoxie religieuses au Moyen-Âge.

Le Liber Introductorius, dédié à l'empereur du roman germanique Friedrich II de Hoffenstaufer, c'est l'introduction aux sciences astrales pour les élèves novices. L'œuvre est précédée d'un prologue, le Proemium, et se décompose de trois livres, le Liber Quattor Distinctionum, le Liber Particularis et le Liber Physionomia. Le Liber Quattor Distinctionum et le Proemium, qui introduisent l'ensemble du Liber Introductorius, ont été transmis dans deux versions distinctes.

Trois manuscrits contiennent une version longue et complète du Liber, c'est le Deux Manuscrits de Munich et le Manuscrit d'Oxford. Pendant que le Manuscrit de Paris 1.401 et le Manuscrit d'Escorial transmettent deux versions courtes divergentes. Il existe aussi de nombreux manuscrits qui incluent seulement certaines sections spécifiques de cette œuvre, comme c'est le cas des Deux Manuscrits que nous trouverons dans la troisième partie de cette présentation et qui sont les premières et les dernières dans cette diapo.

Récemment, Charles Barnett a analysé comment Michel Scott utilise certains aphorismes du centiloquium attribué à Ptolemy dans un chapitre du Liber Quattor Distinctionum qui traite de la conduite de bons astrologues. Au Moyen-Âge, le centiloquium était considéré comme un œuvre célèbre et essentielle décrivant la pratique de l'astrologie comme une synthèse de science rationnelle et d'inspiration divine.

Dans son interprétation de ces aphorismes, Michel Scott identifie parmi ceux qui peuvent exprimer des véritables jugements des amis de Dieu, tels que des arémites saints, des sages vieillards, des paysans bien-dispensés, etc., qui reçoivent des révélations spirituelles ou des visions. Parmi eux, il inclut également les fous, les enfants, les malinconiques et les malades, les retribuant une connaissance donnée par l'inspiration divine, semblable à celle des prophètes et des apôtres, la distinguant de la connaissance artificielle acquise par l'étude typique des philosophes.

Michel insiste sur le fait que la connaissance naturelle est supérieure à celle de l'astrologie et que celui qui possède les deux est un philosophe parfait. Cependant, exagérer la valorisation de l'intuition par rapport à l'observation simple peut entraîner les risques de tomber dans la magie. Ces risques se manifestent également dans l'exercice de certaines disciplines divinatoires qui sont souvent interdites pour ne pas compromettre les saluts de l'âme.

Ces pratiques incluent l'interprétation des rêves, l'interprétation des chants des oiseaux, ainsi que des pratiques divinatoires impliquant des sacrifices de sang. Michel dit dans les proémiums que plusieurs sciences ou arts qui, dans certaines manières, se dissimulent sous les normes de l'astronomie. Il s'agit de la geomancie, l'hydromancie, l'aeromancie, l'apéromancie, en fait c'est la liste plus ou moins d'arts divinatoires que nous a montré Jean-Charles, d'augure, physiognomie, de nécromancie, de prestigio-mancie ou prestidigitation, en fait la chimie, l'arts notoria, les sources, l'incantation et la constellation.

Michel affirme que ces arts sont des sciences de la divination à travers lesquelles se produisent mala plurima, beaucoup de mots, et bona vera parum, peu de biens. En effet, ce qui se sent assez pratique, dit Michel, avec son sarcasme caractéristique, ne les font certainement pas pour connaître les

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