La seconde naissance et l’édification de l’homme intérieur

Quels chemins de traverse peuvent amener un  polytechnicien à se passionner pour l’astrologie, la kabbale ou la numérologie ? "Une inlassable quête du fondement du réel" répond Eric Coulon, en évoquant l'oeuvre de Raymond Abellio, grand mystique du XXème siècle, dont il est question ici. Afin de décrypter l’œuvre de ce grand penseur, nous avons organisé trois tables rondes.

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51:44
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Cette seconde table ronde aborde la question de la "seconde naissance": une naissance non plus biologique mais spirituelle, et notamment celle que connut Raymond Abellio au contact de Pierre de Combas, en 1943.
Réunis autour de Françoise Bonardel : Daniel Verney, René Chaminade et Eric Coulon vont ensuite tenter de nous décrire le chemin qui mène à "l'homme intérieur".


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Si la première table ronde abordait la notion de "raison", notion chère à Raymond Abellio, le mot clef qui pourrait caractériser ce second volet serait celui de "transmutation".  Quel processus permet à un homme de connaitre cette soudaine illumination qui le font basculer d'une volonté de puissance à celui de "Connaissant". Si Raymond Abellio a toujours été très critique sur les initiations dites traditionnelles, comment réaliser cette alchimie spirituelle (une auto-initiation selon ses propres termes) et quelle place occupent (métaphysiquement) Lucifer, Satan ou le Christ dans ce parcours ?


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Réponses de nos quatre intervenants dans cette table rondes de 52 minutes.

Extrait de la vidéo

Alors, peut-être faut-il commencer par cet événement majeur, n'est-ce pas, qui a été dans la vie d'Abélio ce qu'il nomme lui-même sa seconde naissance, qui a justifié d'ailleurs l'adoption d'un pseudonyme, puisque ce n'est pas son nom, son nom, on n'aurait peut-être pu d'ailleurs le dire tout de suite, c'était Georges Soulès, qu'il a abandonné au profit d'Abélio.

Donc, pourriez-vous nous parler de cette seconde naissance, de la rencontre donc avec celui qu'il considérait comme son maître, Pierre de Combasse, qui se situe en 1943.

C'est la charnière chez Abélio, c'est-à-dire entre l'homme de puissance qu'il a voulu être, très certainement, il a eu cette tentation pendant quelques années, entre grosso modo, fin des années 30, à un moment où il participe lui-même au gouvernement du Front Populaire, en tant qu'ingénieur, que technicien, et responsable des grands travaux qui d'ailleurs n'auront jamais lieu, mais vraisemblablement, il a cette tentation au fil des années, en plus avec la rupture de 1940, de la défaite de la guerre, où il est prisonnier, où il rentre dans un mouvement dit collaborationniste, il y a beaucoup de nuances à apporter, mais là, on n'a pas le temps d'aborder cette question.

Et en 1943, un moment qui est charnière dans l'histoire de l'Europe, dans l'histoire de la France, où là, les choses commencent à basculer, on peut entrevoir la défaite de l'Allemagne pour la première fois, Abélio, certainement, à ce moment-là, se rend compte que la puissance pour lui n'est plus de saison, n'est plus de mise, mais ça ne débouche sur quoi ? Sur rien, pour le moment.

Et il y a cette rencontre inopinée dans une réunion où ils n'ont rien à faire ni l'un ni l'autre, une réunion très politique, cet homme mystérieux lui apparaît, c'est Pierre de Combas, Pierre de Combas est un ancien guérisseur, car il a arrêté son acte de guérir, et c'est un homme qui est plongé essentiellement dans deux traditions ésotériques et religieuses qui sont la Bible d'un côté, surtout l'Ancien, mais aussi le Nouveau Testament également, et la Bhagavad Gita.

Et progressivement, il va, en somme, former Abélio à ce nouveau champ pour Abélio, même s'il a été chrétien, il a eu des tentations de mysticisme quand il était jeune, certainement également, mais tout ça est un petit peu loin vraisemblablement, et voilà qu'Abélio, qui ne va pas choisir son nom tout de suite, ça va venir lorsqu'il va commencer à écrire, qu'il aura besoin d'un nom, en 1946, avec Heureux les Pacifiques et parallèlement Montségur, la pièce de théâtre également, qui sera à peu près écrite en même moment.

Donc Pierre de Combas va être très important, il va l'obliger en quelque sorte, je crois que ça va durer à peu près trois ans, où ils se voient quotidiennement, tous les soirs, géographiquement ils sont proches l'un de l'autre, ils habitent tous les deux dans le 16e arrondissement, et ça facilite les choses bien sûr.

Et Pierre de Combas le fait travailler sur ces deux textes religieux que j'ai évoqués, sur la numérologie biblique qu'on retrouve dans Heureux les Pacifiques, si nos téléspectateurs veulent se rendre compte de ça, il faut qu'ils lisent Heureux les Pacifiques, ils verront la base de ce qu'Abelio a travaillé toute sa vie, de loin en loin, et quelquefois c'est le premier roman, absolument.

Alors, est-ce qu'il n'y a pas quand même quelque chose d'un peu paradoxal, dans cette mutation intérieure, en ce sens qu'Abelio a aussi maintes fois exprimé une certaine réticence à l'égard de l'initiation dans ces formes traditionnelles, de transmission traditionnelle.

Donc est-ce que vous pourriez essayer de préciser comment s'est faite cette transmission, puisque ce n'est pas dans le cadre d'une filiation traditionnelle, par contre, par rapport à son rattachement au christianisme, est-ce qu'on peut en dire la même chose, c'est-à-dire au fond, est-ce que Pierre de Combas l'a initié au christianisme, ou est-ce qu'il avait déjà une éducation catholique ?

Oui, il avait eu cette éducation, Abelio c'est certain, il était très pratiquant quand il était adolescent, c'est là qu'il y a eu sûrement la tentation mystique.

Non, je crois que si on peut faire un parallèle par exemple avec René Guénon, qui ne veut pas sortir de cette acception de l'initiation, où il est impératif de faire partie d'une tradition collective, comme la franc-maçonnerie, d'ailleurs Guénon ne parlait que de la franc-maçonnerie et de l'église catholique comme étant les derniers dépositaires d'une tradition ésotérique, Abelio va progressivement, je crois que ça ne va pas se faire du jour au lendemain, devenir, pour moi en tout cas, c'est comme ça que je le ressens, l'exemple qu'on peut à sa suite vivre également, personnellement, d'une, ce que j'oserais appeler, une auto-initiation.

Alors c'est très prétentieux, ça paraît très prétentieux en tout cas, et ça lui a été beaucoup reproché par les tenants guénoniens par exemple, Par rapport à la question que vous posiez, je crois que ce qu'il trouve dans le christianisme très tôt, c'est ce qu'il appelle une religion de l'individu.

Alors je sais qu'on abordera ce sujet sans doute, mais c'est véritablement cela qui lui importe.

Ce qu'il voit dans le christianisme, qu'il va travailler lui-même à sa façon, qui ne sera pas du tout orthodoxe évidemment, mais il sent qu'il y a là quelque chose qui est de l'ordre d'une passion, à la fois de la connaissance mais surtout de la spiritualité, qui est une épreuve individuelle.

Et c'est cela qui l'intéresse, à mon avis, dans le christianisme.

Et la rencontre avec Pierre Decombois, il faut quand même se rendre compte, me semble-t-il, que c'est un véritable affrontement.

Il y a, il évoque à maintes reprises, il s'affronte avec cet homme-là.

Il est raciste, il s'affronte à lui-même d'abord, parce qu'il est dans une période charnière, mais il affronte cet homme qui est un transmetteur, je pense, plus qu'un initiateur.

Il est sémé, Abelio résiste, me semble-t-il.

Il résiste fortement, il y a quelque chose en lui qui résiste, qui est ce désir de clarté qu'il ne trouve pas dans les autonomies.

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