Quête de la Pierre Philosophale et quête du Soi 11/13

La Chaîne d’Or (Aurea Catena) constitue une transmission qui relie le monde des hommes au Monde des Dieux. Pour Françoise Bonardel cette transmission, qui perpétue une certaine idée de la Tradition Hermétique, ne s’est jamais interrompue, unissant Orient et Occident. Selon elle, l’un des derniers exemples de sa persistance contemporaine se trouve dans le continuum que Carl Gustav Jung établit entre quatre piliers : les forces invisibles de la Nature, l’alchimie du moyen-âge, la psychologie analytique et le christianisme.

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Se basant sur les deux ouvrages emblématiques de Jung, Psychologie et Alchimie (1944) et Psychologie du Transfert (1946), elle nous démontre que l’alchimie représente aux yeux de Jung, une « psychologie en action  ».

Françoise BOnardel, séminaire de Vézelay, BAGLIS TVAlchimie Chrétienne - BAGLIS TV

« Ce que l’on considère comme réalité n’est que la projection de notre inconscient » (Jung)

Alchimie et psychanalyse usent d’un même mot : la projection. Si la projection psychanalytique, c’est ce mécanisme par lequel un sujet attribue à autrui ou à des objets des contenus psychiques qui lui appartiennent ; la projection alchimique, c’est ce processus analogue par lequel l’alchimiste projette sur la matière non seulement ses propres contenus inconscients mais aussi d’autres matériaux en vue de l’Opus.
Quelle est la nature de la réalité ? Quel lien unit transmutation et transsubstantiation ?

Françoise Bonardel nous donne ici un exposé magistral permettant d'identifier le lien qui unit les trois Œuvres, basculer du moi au Soi. Un bréviaire pour réaliser La Pierre....

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Exposé tiré du séminaire « L’Alchimie : mort et résurrection d’un mythe, d’une philosophie et d’une pratique » enregistré à Vézelay (déc. 2022).

Liste des films :
Volet 1 : L’Alchimie : mort et résurrection d’un mythe, d’une philosophie et d’une pratique, introduction
Volet 2 : Le phénix symbole de l’Œuvre au rouge
Volet 3 : Les alchimistes sont fils d’Hermès
Volet 4 : Les trois mondes et trois noms d’Hermès
Volet 5 : Le cosmos, une réalité vivante pour les alchimistes
Volet 6 : Hermétisme antique et alchimie occidentale : quelle filiation ?
Volet 7 : De ton poison tu as extrait un baume : symbolique de l’Ouroboros
Volet 8 : Le Rosaire des Philosophes
Volet 9 : L’Œuvre du Soleil
Volet 10 : Psychologie et alchimie : l’individuation jungienne est-elle une transmutation ?
Volet 11 : Quête de la Pierre Philosophale et quête du Soi
Volet 12 : Art et alchimie, un lien entre macrocosme et microcosme
Volet 13 : L’alchimie, un art de cultiver la vie

Merci à la Libraire L'or des Etoiles, Vézelay, pour son accueil et organisation.

NB : le son est légèrement altéré pendant les 25 premières minutes de l’exposé, petit souci technique… 

Extrait de la vidéo

J'aimerais maintenant essayer de vous présenter quelques points plus précis qui justifient, aux yeux mêmes de Jung d'ailleurs, cette analogie entre psychologie des profondeurs, processus d'individuation et quête de la profondeur. Alors le premier point que je voudrais soulever rapidement, c'est, et qui relie à mon avis Jung aux alchimistes, c'est le rapport à la nature de Jung. J'ai mis une photo ici, c'est une photo de Jung, c'est une photo de Jung, Alors le premier point que je voudrais soulever rapidement, c'est, et qui relie à mon avis Jung aux alchimistes, c'est le rapport à la nature de Jung.

J'ai mis une photo ici de sa demeure de Bollingen au bord du lac de Zurich, une demeure qu'il a élaborée de ses mains, il m'a sonné à l'occasion, demeure isolée au bord de l'eau, tout ça pour vous dire dans quel cadre Jung aimait vivre. Donc le rapport à la nature chez lui n'est pas occasionnel, c'est pas le promeneur du dimanche, il a besoin fondamentalement de ce rapport quotidien à la nature, et plus il vieillissait, plus il passait de temps dans sa maison de Bollingen.

Maison, puisque son cabinet de consultation et sa demeure familiale étaient à Kusnart. Alors j'ai sélectionné ces deux images, parce que je les trouvais absolument parlantes, à l'intérieur, vous voyez, Jung cuisinait, faisait tout lui-même, avec un minimum de confort, faisait sa soupe, je crois qu'il n'y avait même pas d'électricité, taillait son bois, faisait de la sculpture sur pierre, etc. C'est l'homme d'œuvre, c'est l'homme qui met la main à la pâte, qui est dans la matière et qui ne dissocie pas ça de son contact avec la nature.

Je crois que ces images, au fond, disent beaucoup. Elles disent beaucoup d'une manière de prendre les choses en main et de ne pas théoriser, c'est pour ça que tout ce qu'il écrit sur l'alchimie, ça passe par ce sens de l'œuvre. Donc, rapport à la nature, on pourrait dire beaucoup de choses, je vais être relativement brève là-dessus, je dirais simplement que dès son plus jeune âge, Jung a eu ce sentiment qu'il avait besoin, un besoin viscéral de la nature, dans laquelle il trouvait la confirmation de son besoin de solitude et la nature qui nourrissait aussi sa défiance envers les hommes.

Il y a chez lui, non pas une misanthropie, mais un scepticisme à l'égard du genre humain et des capacités d'évolution du genre humain. Il écrit par exemple dans ma vie, à cette époque, je me suis plongée dans la nature, je me suis glissée dans son essence, loin de tout monde humain, écrit-il. Donc, son rapport à la nature n'avait pourtant rien de sentimental et de bucolique et c'est même pour avoir un jour reconnu que sa mère portait en elle et incarnait l'esprit de la nature, qu'il assuma de plus en plus consciemment l'ambivalence et les conflits internes de cette mystérieuse partenaire.

La nature, disait-il, n'est pas seulement harmonieuse, elle est aussi épouvantablement contraincitée et chaotique. Et les alchimistes ne disaient pas autre chose, même si la mère alchimie était capable de surmonter tous les conflits. Donc, je pense qu'il faut bien prendre en compte l'importance de ce rapport à la nature et à la fin de sa vie, Jung aura cette formule tout à fait magnifique et digne d'un sage taoïste quand il dit « Je me tiens là, debout, admirant ce dont la nature est capable.

» C'est-à-dire qu'à la fin de sa vie, avec la sagesse, avec l'expérience, il a l'impression, d'une certaine façon comme les alchimistes, qu'il n'est là que pour admirer ce que fait la nature, pour l'accompagner, mais pas du tout pour intervenir d'une façon volontariste et faustienne. Et ce n'est pas pour rien que Jung fera inscrire au fronton de sa demeure de Kusna, que c'est la demeure qui est, comment dirais-je, l'asile de Philemon et qui est dédiée à la pénitence de Faust.

Autrement dit, Jung s'était donné comme mission de racheter par son œuvre la faute commise par Faust. On donne asile au sage Philemon et on rachète la faute de Faust, c'est-à-dire de l'homme moderne toujours désireux d'intervenir et de bouleverser les équilibres naturels. Ça c'est un premier point. Le second point que je voudrais mettre en évidence, en dehors de ce rapport privilégié à la nature, c'est ce que j'appellerais le sens de l'opus, le sens de l'œuvre.

Jung y insiste à plusieurs reprises. Il dit la base de l'alchimie est l'œuvre, l'opus. Mais il précise aussitôt une partie de cet ouvrage est pratique, l'opération, ouvrage proprement dit, que nous pouvons définir comme l'expérimentation réalisée avec des corps chimiques. Donc je crois que ce qui est important c'est de comprendre ce que ça veut dire que œuvrer.

Quand je dis que Jung avait le sens de l'opus, quelle signification cela a-t-il véritablement ? Et à quel moment sentons-nous que nous sommes en train d'œuvrer, de réaliser une œuvre ? Une œuvre qui peut être modeste ou plus ambitieuse, mais une œuvre qui nous est propre et qui donne de ce fait du sens à la vie. Jung écrit dans la psychologie du transfert, en 1946, le but n'a d'importance qu'en tant qu'idée.

L'essentiel c'est l'opus qui mène à ce but. Il remplit d'un sens la durée de la vie. Et je crois que Jung nous invite à une réflexion sur, je dirais, la différence entre un travail ordinaire et l'œuvre. Le fait d'œuvrer.

Et il me semble qu'il apporte ici une contribution importante à la clarification de cette distinction. Quand est-ce que nous avons le sentiment que nous ne faisons pas seulement que travailler, même si ce travail est très intéressant, est passionnant, etc. et si nous y sommes compétents, mais à quel moment est-ce que nous avons l'impression que le travail devient œuvre, opus ? Est-ce que c'est une question de temps ?

Est-ce que c'est une question de concentration ? Ce que Jung nous dit nous laisse entendre que nous commençons à œuvrer quand nous assistons à la conjonction d'un savoir-faire, et ça renvoie à ce que j'ai dit hier, à la conjonction d'un savoir-faire, d'un modus operandi.

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