La notion d’énergie dans la tradition occidentale
En Occident, "personne ne sait ce que contient la notion d’énergie…. " regrette Bertrand Vergely. Et de nous conseiller : "il faut faire taire notre mental qui cherche à rabaisser la notion d’énergie à un fluide quelconque ou à un courant électrique…. L’énergie est invisible, immesurable car elle n’est QUE possibilité". Mais ce "QUE" forme en fait un "TOUT" ! L’énergie constitue en effet un processus de transformation continuel qui fait que je pars du possible pour atteindre le réel, et du réel je reviens au possible: l’énergie forme donc la Vie.
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Quelqu’un qui est plein d’énergie, c’est qu’il est plein de réserve de possibilités. Il est donc fort et peut affronter héroïquement le chaos de son époque.
Il y a plus de deux mille ans, les matérialistes (Démocrite, Epicure qui pensaient que la réalité se limitait à l’étude de l’atome, du Feu, de l’Eau etc) s’opposaient aux idéalistes (Parménide, Platon, Pythagore qui pensaient, eux, que le fondement de l’être était Esprit). Deux mille ans de chrétienté plus tard et en particulier suite aux grands changements qui s’opérèrent au XVIIème siècle (sociaux, politiques, culturels et scientifiques avec la lunette astronomique, le microscope par exemple – changements qui allait former le socle de notre monde moderne et son rapport à la réalité) quelle est la prégnance de ces questions atemporelles : Qu’est-ce que la vie, la réalité, l’énergie et en filigrane de ces questions, une interrogation non pas existentielle mais bien métaphysique : quid de l’origine, de la destination et de l’identité profonde de l’Homme ?


Est-ce dans des penseurs modernes tels que Michel Onfray (auteur de "La sculpture de soi" ! entre autre…) qui illustre bien l’état d’esprit moderne qui tend à affirmer que "Dieu ça dépasse l’entendement" ou encore "la seule chose valable c’est nous, donc appuyons-nous sur nous-mêmes"…
En se référant aux travaux d'Aristote ou de Bergson, Bertrand Vergely nous exhorte à emprunter une voie toute opposée : "Dieu est connaissable, car quand on dit que Dieu est inconnaissable, on se rabat sur soi. Et quand on se rabat sur soi, on finit inévitablement par créer un monde totalement déséquilibré".. (citation de Saint-Grégoire de Palamas )
Souhaitez-vous comprendre en quoi Bertrand Vergely qualifie notre société de "passionnante mais totalement déséquilibrée" et justement de comprendre que "faire une expérience d’énergie, c’est faire l’expérience de la Lumière, c’est entrer dans la totalité du vivant »… ? .
Réponse de cet homme extraordinaire dans cette intervention publique réalisée au Forum 104.
Extrait de la vidéo
Je voudrais parler de l'énergie dans la tradition occidentale et pour vous parler de l'énergie, je vais vous parler d'une controverse extrêmement importante qui a eu lieu au XVe siècle entre Saint Grégoire Palamas et d'autre part Varlam, un moine catholique, parce que cette controverse va être au cœur de la question de l'énergie et ça va nous permettre de retrouver certaines choses que Colette a développées.
Au XVe siècle, nous sommes dans un moment de mutation, nous sommes au début de l'humanisme et un moine catholique, Varlam, va développer une certaine approche de la condition humaine de la transcendance.
Son idée est la suivante, Dieu est absolument inconnaissable.
La connaissance humaine n'est peut-être que de l'ordre de l'empirisme.
Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que Varlam fait une distinction totale à l'intérieur de la connaissance entre ce qui relève de Dieu qui est inconnaissable et ce qui relève de l'homme et de l'expérience.
Au fond, la vision de Varlam, c'est la vision de quelqu'un qui a du bon sens quand il est question des choses divines.
Qu'est-ce que c'est que la vision du bon sens ? La vision du bon sens consiste à dire que les choses divines nous dépassent infiniment, nous ne pouvons pas les connaître et en l'absence de cette connaissance, faisons des choses humaines, appuyons-nous sur nous, appuyons-nous sur la raison, soyons pragmatiques.
Je connais un certain nombre de personnes qui, quand il est question des choses divines, disent c'est tellement compliqué et les religions sont tellement opposées les unes aux autres que je préfère, comme disait Montaigne, bien faire l'homme plutôt que de me lancer dans des connaissances qui dépassent mon entendement.
C'est important, c'est important ce que dit Varlam, parce que ce que dit Varlam, c'est au cœur de toute la problématique de l'Occident, à la Renaissance tout change et Varlam nous donne une certaine manière de vivre dans un monde où tout change.
Vous avez trois grands changements qui marquent la Renaissance et l'apparition du monde moderne.
Le premier changement est un changement physique, astrophysique, astronomique, le deuxième changement est un changement culturel et le troisième changement est un changement politique.
Premier changement, l'image du monde, on va découvrir grâce au microscope du septième siècle et la lunette astronomique de Galilée, du septième siècle également, des mondes nouveaux.
Le monde n'est pas ce que l'on voit, la réalité n'est pas ce que l'on voit, la réalité est infiniment plus complexe.
Tout d'un coup, tous les repères se mettent à vaciller.
Ensuite, après cette expérience-là, deuxième expérience, culturellement, socialement, il n'y a pas qu'un système, à l'époque, en Europe, le système chrétien.
Il y a d'autres manières d'organiser la société, la morale qui arrivent à une certaine cohérence.
Le monde de la Renaissance fait l'expérience de l'infini, mais il fait l'expérience de la pluralité, du multiculturel, ce que nous vivons.
Et puis, le monde de la Renaissance fait l'expérience d'un monde changeant grâce et du fait des relations économiques, c'est un monde qui va vite, c'est un monde où il y a énormément de changements, de brassages qui se font.
Alors, qu'est-ce que fait comme expérience la Renaissance ? Il fait exactement la même expérience que nous.
Il fait l'expérience du chaos, du multiple, de la diversité.
Et face au multiple et à la diversité, il a exactement la même réaction que nous.
Sur quoi s'appuyer quand on vit dans un monde où tout est chaotique ? Eh bien, un certain nombre de penseurs comme Montaigne, comme Descartes, ou bien comme près de nous Nietzsche ou bien encore Sartre diront, mais la seule chose de valable, c'est nous ! Appuyons-nous sur nous-mêmes et nous pourrons vivre ! Et c'est vrai que ça marche ! C'est vrai que dans un monde qui est un monde chaotique, si j'apprends à ne rien attendre du monde extérieur et à tout attendre de moi, je trouve un certain nombre de moyens pour m'en tirer.
Je me construis, je me bâtis.
Michel Onfray écrit un livre qui s'appelle « La sculpture de soi ». Je sculpte ma statue, mais nous sculptons tous notre statue depuis la Renaissance.
Et nous disons quoi ? Dieu ?
Écoutez, ça dépasse l'entendement.
Alors ça produit quoi ? Ça produit le monde dans lequel nous vivons, c'est-à-dire un monde passionnant, mais totalement déséquilibré.
Passionnant, pourquoi ? Parce que les gens ont un certain courage, ils vivent héroïquement en s'appuyant sur eux-mêmes afin de traverser le chaos.
Mais ils manquent totalement la dimension divine de l'existence, ils n'ont aucune réponse sur les problèmes métaphysiques de fond.