Psychométrie, une archéologie médiumnique de la télévision

En 1849, Joseph Rodes Buchanan, médecin américain et adepte spiritualiste du magnétisme animal, publie dans sa revue « Journal of Man » une série d’articles sur la Psychométrie dans lesquels il analyse la faculté de certains médiums à voir le passé d’un objet au simple contact avec ce dernier. 

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Ainsi, en touchant à l’aveugle un quelconque vestige archéologique, sa propre femme douée de ce pouvoir de clairvoyance pouvait en discerner l’origine, dissolvant les frontières spatio-temporelles dans une forme radicale d’ubiquité. 

Joseph Rodes BuchananPascal Rousseau en conférence à l'IMI

Une rupture des repères spatio-temporels connus.

Son Manuel de Psychométrie, loin de rester lettre morte, va susciter de nombreux débats dans les cercles (méta)psychiques alors naissants, cercles qui discernent dans cette faculté psychométrique une modalité de la vision à distance. 

Pascal Rousseau et la psychométrieexpérience de psychométrie 1844 USA

L’imaginaire médiumnique comme base d’une archéologie des médias

Pascal Rousseau revient au cours de cette conférence sur cet imaginaire médiumnique « d’extension de la vision », en établissant un parallèle avec une histoire de la télévision. 
Ce sera là une façon de rejoindre ce que l’on appelle aujourd’hui une archéologie des médias qui a beaucoup à voir avec une histoire culturelle des médiums….
Conférence enregistrée à l’I.M.I, Institut Métapsychique International, que nous remercions. 

Extrait de la vidéo

C'est ce qu'il s'est passé avec Pascal Rousseau, il s'est intéressé donc à tous ces mouvements, mais également en relation avec ce qui est lui notre centre d'intérêt, c'est d'avoir des phénomènes tels que la télépathie, l'hypnose, et aujourd'hui par exemple la PK, et donc il a été commissaire de plusieurs expositions, dont notamment celle sur hypnotisme, art et hypnose, de Mesmer à nos jours, et également Cosa Mentale, art et télépathie.

C'est au Centre Pompidou à Metz, et ça c'était en 2015, c'est l'ouvrage qui est afférent à cette exposition. C'était une exposition qui essayait de relier deux termes qu'on n'a franchement pas l'habitude d'associer, donc art et télépathie, et qui était une manière de revenir sur un phénomène qui est assez frappant dans l'art du XXe, qui est celui de la dématérialisation de l'œuvre d'art. Et donc j'ai essayé de montrer combien l'histoire de la dématérialisation de l'œuvre d'art, qui culmine dans les années 60 avec ce qu'on appelle l'art conceptuel, a beaucoup pu avoir avec l'imaginaire de la télépathie qui émerge à la fin du XIXe.

Voilà, c'était une première proposition. Je peux vous dire que c'est un très gros travail. Et donc Pascal Rousseau a également obtenu le prix du livre d'art pour quel livre ? Pour Hypnose, qui est le livre qui a accompagné l'autre exposition, qui est presque le volume 2 de Cosa Mental, une exposition qui a lieu à Nantes, au Musée des Beaux-Arts de Nantes, qui a eu le malheur d'ouvrir en plein Covid.

Donc elle a ouvert trois semaines, elle a refermé, elle a réouvert. Ça a été un peu compliqué, c'était un peu épique, mais voilà, c'était en 2020. Eh bien sans plus tarder, je vous laisse la parole. Merci, merci.

Je suis ravi de revenir dans ces lieux. Je suis voisin, il m'arrivait de venir ici. J'ai découvert le lieu ici à l'occasion précisément de la préparation de cette exposition. J'avais même fait venir certains de mes étudiants du séminaire de master qui m'accompagnent aussi dans les projets de recherche.

Donc on était venus ici pour consulter en particulier toute la littérature liée à ce que je vais appeler les cultures psychiques, puisque c'était quand même un des champs sur lesquels je travaillais. J'avais fait une exposition qui est, j'ai envie de dire, mon petit morceau de bravoure. Il y a maintenant longtemps, c'était en 2003, c'était « Les origines de l'abstraction » à Orsay. Et dans cette exposition, en fait, j'étais revenu plutôt sur, puisqu'on était au Musée d'Orsay, le musée du 19e siècle, sur l'abstraction avant l'abstraction.

L'abstraction n'est pas née comme une sorte de mythe qu'avaient entretenues les propres artistes comme Kandinsky en disant, voilà, je suis rentré dans mon atelier, une pièce m'a surprise, je ne la reconnaissais pas, elle était sans dessous dessous, et donc il l'a remis à l'ordre, et ça faisait en quelque sorte la naissance mythifiée de l'abstraction. Et je voulais en fait revenir sur cette affaire pour essayer de montrer comment l'abstraction n'était pas tombée du ciel en 1912, 1913, puisqu'il y a une vraie convergence des artistes à ce moment-là, précis pour essayer de sortir d'une tradition qui était la tradition figurative, mimétique.

Et donc je me suis beaucoup intéressé, pour le projet de l'exposition du Centre Pompidou, à la question des sources plutôt physiologiques, les théories de la perception, les théories des couleurs et autres, la physique en fait de la perception dans les débuts justement de l'abstraction. J'ai fait toute une histoire du long 19e siècle, qui commence avec Goethe, qui traversait tout le romantisme, l'impressionnisme bien évidemment et autres, et pour montrer que tout ça cumulait au début du 20e siècle avec l'abstraction.

C'était un projet qui était très recentré sur justement la question du percepte, de la perception, de la physiologie, c'est-à-dire plutôt des sciences que l'on qualifie plutôt de pures. Et je m'étais quand même assez vite aperçu, et je n'avais rien inventé puisqu'il y avait une grande exposition qui pour moi était vraiment une référence absolue, c'est l'exposition Spiritual in Art. Spiritual in Art, une exposition qui a eu lieu en 1985 au LACMA, le Los Angeles Art Museum, qui est une exposition vraiment, comme on en fait peu à mon avis, c'est-à-dire vraiment une exposition qui changeait radicalement les points de perspective sur justement l'histoire canonique de l'abstraction.

L'histoire canonique de l'abstraction, c'était plutôt de se dire, les gens ont voulu se dédouaner justement de la représentation, la photographie était là, faisait beaucoup mieux en termes d'objectivation du réel, il fallait aller vers autre chose, l'autonomie de la couleur et autres. Ça c'était le récit canonique, ce qu'on appelle la lecture moderniste. Mais cette lecture en fait avait tendance, et elle était d'ailleurs assez idéologiquement marquée, elle avait tendance à occulter, c'est le cas de le dire, toute une part qui avait été essentielle dans justement les imaginaires des pionniers de l'abstraction, qui était plutôt ce qu'on va appeler justement le pont un peu spiritualiste.

Incarné par Kandinsky, un des grands pionniers de l'abstraction, dont l'ouvrage qui raconte son cheminement vers l'abstraction, s'appelle quand même « Du spirituel dans l'art et dans la peinture en particulier ». Donc c'était pas rien. Alors, comme par hasard, l'exposition n'est pas venue en France, elle ne risquait pas, parce que ce n'était pas du tout le discours qu'on avait envie d'entendre, évidemment en France, où on est un petit peu rationnel, et où la question justement des sources spirituelles avait tendance à être franchement occultée.

Donc je connaissais en fait ces travaux, je m'étais beaucoup intéressé à toutes ces pistes, je m'y intéresse encore bien évidemment, et donc là j'avais découvert aussi qu'il y avait tout un pan, que je vais appeler plutôt les cultures psychiques. C'est à en fait toutes ces questions autour des rapports esprit-corps, le fonctionnement de la pensée, et donc là ça réorientait un tout petit peu aussi la question de la perception, du rapport au visible, du rapport au réel.

Et c'est dans ce champ-là que j'ai commencé à m'intéresser justement à cette autre part, l'autre pan, ce qui a conduit à l'exposition, la proposition un peu particulière sur la télépathie, et puis sur l'hypnose, et puis ce qui me conduit à aujourd'hui vous parler de la psychométrie. Quand on regarde le dictionnaire, la psychométrie en fait est un terme qui qualifie vraiment plutôt le pan rationnel de cette affaire, c'est-à-dire en fait un terme apparu plutôt à la fin du XIXe dans le champ de ce que je vais appeler la psychologie expérimentale.

Et donc en fait la psychométrie est un terme qui qualifierait toutes les techniques de mesure des capacités mentales du sujet, dont la plus connue bien évidemment, c'est le développement des tests d'intelligence. Donc là j'ai ramené en fait une photographie d'Alfred Binet, qui est un des grands psychologues justement de la fin du XIXe siècle. On le voit ici avec un sujet, la méthode graphique, les enregistrements et autres en y est.

Et donc là en fait Binet, Binet-Simon, le test Binet-Simon, 1905 à peu près, c'est les premiers grands tests d'intelligence qui sont développés par les grands programmes d'ailleurs d'éducation de l'époque. Alors le terme, ce qui n'est pas inintéressant, le terme apparaît chez Binet dans son traité de psychologie expérimentale, c'est 1894. Vous allez voir que la date n'est pas inintéressante parce qu'en fait on s'aperçoit que quand il apparaît tel que l'on l'entend aujourd'hui, c'est-à-dire plutôt les tests d'intelligence, les tests de mesure et autres, quand on le prend sous cet aspect, vous allez voir que je vais en explorer un autre, que vous connaissez mieux, et d'ailleurs probablement mieux que moi, c'est en fait lié à tout un moment de la psychologie expérimentale qui essaie dans un rationalisme qu'on pourrait qualifier de tout à fait positiviste de passer au crible de la quantification,

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